Guerre en Ukraine: à Kozatcha Lopan, ville frontalière, les traces à vif de l’occupation russe

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Sur le terrain, les affrontements se poursuivent avec des combats surtout dans l’est et des bombardements sur vingt-cinq localités dans l’est, le centre et le sud, selon le commandement militaire ukrainien. Au nord de Kharkiv, la petite ville de Kozatcha Lopan, la dernière avant la frontière russe, a été libérée par l’armée ukrainienne le 11 septembre.

La petite ville de Kozatcha Lopan avait été l’une des premières localités à tomber après le début de l’invasion russe en février. Dans la ville, tous n’ont pas vécu cette occupation russe de la même façon et aujourd’hui, et les esprits sont loin d’être apaisés.

Des tirs d’artillerie, des trous creusés par les obus dans la chaussée, des maisons aux toits éventrés et un barrage qui filtre les entrées et sorties de la ville. Kozatcha Lopan n’en n’a pas fini avec la guerre, plus d’un mois et demi après le départ des Russes. Un départ précipité, dans la nuit, dont se souvient Ludmila, 62 ans.

« Les Russes couraient dans tous les sens et nous criaient : “Partez tout de suite, parce que les Ukrainiens vont vous tuer, vous exécuter, vous pendre”. Ils faisaient peur aux gens pour qu’ils partent à Belgorod. Certains les ont cru, bêtement, d’autres sont partis en connaissance de cause, parce que, visiblement, ils avaient des choses à se reprocher », décrit-elle.

Localité de Lozatcha Lopan en Ukraine.
Localité de Lozatcha Lopan en Ukraine. © RFI

Des habitants qui fuient

Dans le bâtiment de la mairie, aux fenêtres obstruées de sacs de sable, des officiers des services de sécurité contrôlent les gens venus obtenir un laissez-passer pour sortir de la ville. La rue principale, qui débouche sur le poste frontière russe, est quasi déserte. Sur 5 000 habitants avant l’invasion, il n’en reste plus qu’un millier. Beaucoup sont partis ailleurs en Ukraine ou en Europe. D’autres ont fui avec les Russes.

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« Dans ma rue, beaucoup de gens sont partis dans la nuit du 10 au 11 septembre, au moins une trentaine. Les gens étaient en panique, raconte une employée municipale. Certains sont partis avec juste ce qu’ils avaient sur le dos. Je pense qu’il y avait des admirateurs de la Russie mais pas seulement. Par exemple, mon voisin, qui vit avec sa maman de 87-88 ans, il a passé tous ces 200 jours chez lui, il n’a pas collaboré avec les occupants. Et je vois qu’il a préparé des affaires et qu’il s’apprête à partir. Je lui dis “Sacha, où est-ce que tu pars ?” Il me répond : “Les Ukrainiens sont en train d’arriver, ils vont nous bombarder, on nous a dit qu’il fallait évacuer”. Je lui dis : “Mais où entraines-tu ta vielle mère ? Tes deux sœurs sont à Kharkiv”. Et lui : “On a peur”. Et figurez-vous qu’ils sont déjà revenus, en passant par les pays Baltes. Ils en ont vu du pays ! Au moins, sur la fin de sa vie, la grand-mère aura visité l’Europe ! »

Travailler pour les Russes

Travailler pour les Russes, Artiom Naoumenko, 35 ans, l’a fait, mais à son corps défendant. « J’ai trimbalé de l’eau, tous les jours entre 700 et 800 litres dans des seaux métalliques, pour qu’ils puissent prendre des bains, ces chiens enragés ! Ils se sont construit des bains dans l’abri anti bombes de l’école. Impossible d’y couper, sinon, ils te renvoyaient là-bas », dit-il.

Artiom Naoumenko, habitant de Kozatcha Lopan, a travaillé à son corps défendant pour les Russes et a été torturé.
Artiom Naoumenko, habitant de Kozatcha Lopan, a travaillé à son corps défendant pour les Russes et a été torturé. © RFI/Boris Vichith

Là-bas, c’est le sous-sol de la gare. Artiom, qui a été mobilisé sur le front du Donbass en 2015, y a été torturé pendant 6 heures.  « Ils m’ont collé du ruban adhésif sur les yeux et lié les mains. Ils m’ont d’abord tabassé, puis ils ont mis des fils électriques sur mes mains, en me criant : “Tu es un nazi.” J’ai dégusté », décrit-il.  Artiom a été dénoncé par un voisin « pour deux rations » aux dires de ses geôliers. Celui-ci est parti en Russie, mais d’autres sont encore là, regrette le jeune homme.

« Jusqu’à aujourd’hui, des gens ici soutiennent activement la Russie. Ils disent que l’Ukraine n’est pas un pays. J’ai en trois comme ça dans ma rue. Je ne veux même plus leur parler. Ils me dégoûtent, tonne-t-il. Il reste des personnes vraiment mauvaises ici, il faudrait qu’elles soient contrôlées. Je n’ai pas besoin de ce monde russe, il ne m’a rien donné de bon. » Un monde russe qui a été repoussé de l’autre côté de la frontière, à seulement 5 km de là, et dont les canons continuent à parler.

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