Barrage de la Renaissance, la pomme de discorde entre trois États

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Alors que l’Éthiopie est engagée dans la construction du plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique, ses voisins du Soudan et notamment de l’Égypte dénoncent la non prise en compte d’un certain nombre de dispositions. Conséquence, le projet divise.

L’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan n’accordent pas leur violon sur la construction du barrage de la Renaissance. Un projet initié par Addis Abeba pour apporter une réponse au besoin électrique qui augmente.

Situé dans l’État régional de Benishangul-Gumuz , l’infrastructure  réalisée sur le Nil bleu démarre en mai 2013. Dotée d’une puissance de 6.450 Mw , son lit de rivière a une hauteur de 170 m et une longueur de 1800 m avec une altitude de 656 m pour la crête. Son réservoir a une capacité de 79 km3 et le projet dont l’exportation de l’électricité devrait fournir à l’Éthiopie 730 millions d’euros par an, est prévu être mis en service en 2022. Et donc, il s’agit d’une cause nationale selon les autorités d’Addis Abeba.

Seulement, il est reproché à l’Ethiopie de n’avoir  ni consulté les pays de l’aval ni pris en compte les études d’impacts de son infrastructure.

Pas d’accord sur le mécanisme

L’Egypte dont  90% d’eau provient du Nil craint que le barrage ne crée une pénurie d’eau pour ses 100 millions d’habitants dans les années à venir. En 2018, le Caire a proposé la Banque mondiale comme médiateur du conflit et a souhaité discuter directement avec l’Ethiopie en excluant le Soudan des négociations. Un arbitrage qu’Addis Abeba a refusé justifiant que la Banque mondiale n’avait pas voulu financer le projet.

Par ailleurs, le pays du président Abdel Fatah AL SISSI a toujours préféré les Etats-Unis pour ce différend. Une autre initiative rejetée par le pays où siège l’Union Africaine.

Pour remonter à l’histoire, un traité signé en mai 1902 engage l’Ethiopie à ne pas construire un ouvrage hydraulique sur le Nil bleu ou le Sobat sans l’accord des autorités britanniques qui dirigeaient l’Egypte. Plus tard en 2015, les trois pays engagés dans le conflit, signent un accord de principe sur la répartition de l’eau et sur le barrage. Un groupe de recherche scientifique indépendant est appelé pour évaluer les incidences environnementales des calendriers de construction proposés par ces pays.

Aujourd’hui, la démarche des Etats  bloque le travail des chercheurs pourtant engagés pour vérifier la sûreté du barrage et les conditions de mise en service de son lac.

Le Caire souhaite un remplissage lent et exige une garantie de débit de 41 milliards de M3 d’eau par an. Une autre crainte est de voir décimer les trois quarts du Soudan par les eaux avec une répercussion en Egypte à travers la mise en service de cette infrastructure qui à terme, va causer le déplacement de 20 mille personnes.

Un accord a toutefois été trouvé vers la fin du mandat du président Trump aux Etats–Unis. Mais au moment de la signature, l’Ethiopie s’est absentée; certainement en raison de son refus de l’arbitrage de la maison blanche. Face à l’impasse auquel se sont rendues les négociations, l’espoir est de voir le problème être résolu pacifiquement. Et c’est à ce niveau que l’Union Africaine doit véritablement agir, ainsi que plusieurs pays amis afin d’éviter que les incompréhensions nourries autour de ce projet ne dégénèrent en un conflit qui pourrait menacer la sécurité de la région. Le dialogue reste encore la meilleure arme à utiliser pour trouver un équilibre entre les différentes parties.

YVES MODESTE NGUE

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