RDC : un an après, la ville de Goma entre peur et résilience sous occupation de l’AFC/M23

Depuis le 6 février 2025, la population de la ville de Goma vit sous l’occupation du groupe rebelle AFC/M23, qualifié de mouvement terroriste par le gouvernement de Kinshasa. Un an plus tard, la capitale du Nord-Kivu oscille toujours entre peur permanente et résilience contrainte, dans un quotidien marqué par l’insécurité, la précarité et l’incertitude.

Ce jeudi 6 février 2026, Akondanews.net est allé à la rencontre d’une résidente de Goma, survivante des violents événements survenus durant la dernière semaine de janvier 2025, jusqu’à la tenue du premier meeting public organisé par les groupes rebelles sous la bannière de l’AFC/M23. Cette démonstration de force avait eu lieu au stade de l’Unité, au pied du mont Goma, alors même que des cadavres jonchaient encore les principales artères de cette ville touristique.

Le chef rebelle Corneille nanga de Goma

« Une chose qu’on ne peut souhaiter même à son pire ennemi »

Dans son témoignage, la survivante confie :

« Ce que j’ai vécu pendant la guerre dans la ville de Goma est une chose qu’on ne peut souhaiter même à son pire ennemi. La ville avait sombré dans le chaos, et chaque jour qui passait, l’espoir s’effaçait un peu plus. »

Elle évoque d’abord les coupures d’électricité imposées par les belligérants, plongeant la ville dans une obscurité totale et provoquant l’arrêt de l’approvisionnement en eau potable. Recharger un téléphone devenait une épreuve quotidienne, tandis que l’insécurité gagnait du terrain.

« Les tirs à l’arme lourde et légère résonnaient sans cesse, les pillages se multipliaient, et la mort était omniprésente. »

Des hommes en uniforme, identifiés comme des FARDC et des Wazalendo, tentaient de résister, pendant que des prisonniers évadés semaient le chaos. Les corps sans vie jonchaient les rues, transformant l’horreur en quotidien.

L’effondrement des slogans et de la solidarité

La survivante dénonce également les promesses creuses de certains acteurs politiques, observant la chute de la ville à distance :

« Tous ceux qui disaient “Goma ne tombera jamais” ont disparu. Ceux qui criaient “Goma ma base” se sont tus. Même l’esprit de solidarité du Shida yako, shida yangu (ton problème est mon problème) s’efface sous le poids de la souffrance. »

Selon elle, cette guerre a brisé la confiance, la solidarité, le travail et l’unité qui faisaient la force de Goma.

Exode, précarité et peur permanente

Des familles errent désormais sans abri, cherchant refuge dans des écoles, des églises, ou fuyant vers des pays voisins. Pour beaucoup, l’exode est devenu la seule option. Les enfants ne vont plus régulièrement à l’école, certains commerces ont rouvert dans une atmosphère lourde, et la peur s’est installée durablement.

« La souffrance de Goma est indescriptible. Beaucoup parlent de loin, parce qu’ils ont fui pour sauver leur vie. La ville a été abandonnée à son sort, livrée à la violence et à l’oubli, pendant que le monde détourne le regard. »

« Non, ça ne va pas »

À ceux qui demandent encore « Est-ce que ça va ? », la réponse est sans détour :

« Non, ça ne va pas. Et peut-être que ça n’ira jamais tant que cette guerre continue d’anéantir des vies innocentes. Ne nous demandez plus si ça va. Demandez-vous plutôt comment agir pour que cela cesse. »

La population de Goma, privée d’accès aux banques fermées, est pourtant contrainte de contribuer aux efforts de guerre à travers des taxes imposées par l’AFC/M23. Malgré tout, elle fait preuve d’une résilience forcée, tentant de survivre dans un environnement hostile.

Un appel à la conscience mondiale

Il est temps, conclut notre interlocutrice, que le monde ouvre les yeux sur cette tragédie humanitaire qui s’enracine dans le silence.

« L’histoire retiendra ceux qui ont regardé sans rien faire. »

Raphaël Lumoo, correspondant Akondanews.net

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