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À l’approche de la 7ᵉ édition du Festival du Livre et des Arts du Denguélé (FESTILAD), prévue du 30 avril au 2 mai 2026 à Kaniasso, les préparatifs s’intensifient pour faire de cet événement un rendez-vous majeur de promotion de la lecture, des arts et de la culture dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire.

Placée sous le thème « Livre, Arts et Culture : vecteurs de protection et d’autonomisation de la jeune fille », cette édition mettra un accent particulier sur l’éducation, l’épanouissement et la valorisation du potentiel des jeunes filles à travers des activités culturelles, artistiques et éducatives.
Initiative portée par l’ONG Les Citoyens du Livre et des Arts du Denguélé (CILAD), le festival entend mobiliser les communautés, les institutions et les acteurs culturels autour des enjeux liés à l’accès à l’éducation, à la protection et à l’émancipation des jeunes filles.

Dans cet entretien, Tidiss Koné, acteur culturel engagé et promoteur de l’événement, revient sur les ambitions de cette nouvelle édition, les activités prévues et les attentes placées dans ce festival qui se veut un espace d’expression, de sensibilisation et de transmission des valeurs culturelles.
Tidiss KONÉ est un jeune auteur qui allie passion et courage pour conduire à bien l’ensemble de ses initiatives à caractère social et communautaire. Ce qui lui a valu des prix en littérature, en l’occurrence le Prix du Meilleur Jeune Écrivain Africain aux « African Talents Awards 2018 et 2022 ». Il a également été nominé aux WECANDA AWARDS 2023 dans la catégorie Arts et Divertissement.
Président-fondateur de l’ONG Les Citoyens du Livre et des Arts du Denguélé, il est à cet effet le commissaire général du Festival du Livre et des Arts du Denguélé (FESTILAD). Tidiss KONÉ, à l’état civil Bouakari Sidiki KONÉ, est un homme de lettres et de culture.

Bonjour Tidiss KONÉ, je suis Serge Kpan, Correspondant en Côte d’Ivoire pour le compte de Akondanews.net, presse en ligne basée à Hambourg en Allemagne. Vous êtes écrivain et promoteur du Festival du Livre et des Arts du Denguélé. Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Tidiss KONÉ :
Bonjour Monsieur Kpan, merci pour cette lucarne. Oui, je suis Tidiss KONÉ, enseignant de formation, par ailleurs sous-directeur au Programme de Protection des Enfants et Adolescents Vulnérables au ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant.
Écrivain, je suis l’auteur de quatre ouvrages, notamment « Au-delà des barrières », « La fille aux mille couleurs », « À qui la faute » et « Je ne dirai rien à Mariette ! ».
La 7ᵉ édition du FESTILAD se tiendra du 30 avril au 2 mai 2026 à Kaniasso.
Akonda: Quelles sont les principales ambitions de cette nouvelle édition ?
Tidiss KONÉ :
Bonjour Ancondanew, merci de nous offrir cette lucarne.
Avant de parler des principales ambitions de cette énième édition du FESTILAD, permettez-moi de rendre gloire à Dieu, le Miséricordieux, pour ses bienfaits à notre égard. Qui parle d’une 7ᵉ édition doit tout de suite se souvenir des éditions 1 à 6.

Je remercie l’ensemble des bonnes volontés qui nous accompagnent dans cette initiative depuis l’année 2019.
Pour l’édition que nous savons déjà réussie, avec toujours plus de foi en Dieu, nos ambitions sont d’abord de contribuer à la valorisation de la culture dans tout le district du Denguélé, de montrer la place du livre dans l’éducation des enfants et des jeunes, de renforcer les actions de sensibilisation pour la préservation de la dignité humaine, et surtout celle de la femme.
Nous allons également sensibiliser les jeunes, en particulier les jeunes filles, sur l’importance de leur autonomisation, tout en leur offrant une plateforme pour s’exprimer et exprimer leur créativité et leur talent.
Enfin, nous visons à créer un cadre de rencontre et de partage entre les acteurs culturels (conteurs, danseurs traditionnels et autres) et ceux de l’éducation (directeurs régionaux des ministères techniques, chefs d’établissements, enseignants, parents et élèves). Cette idée permettra d’insuffler un nouvel élan de solidarité et de progrès pour tous.

Akonda: Le thème retenu cette année est : « Livre, Arts et Culture : vecteurs de protection et d’autonomisation de la jeune fille ». Pourquoi ce choix et quel message souhaitez-vous adresser à la jeunesse, notamment aux jeunes filles ?
Tidiss KONÉ :
Le thème central autour duquel gravitent toutes les activités a été choisi pour mettre en lumière les enjeux de l’éducation et de l’autonomisation des jeunes filles.
Dans un contexte où la jeune fille est souvent confrontée à de nombreux défis, qu’ils soient sociaux, économiques ou éducatifs, ce thème vise à montrer que la culture et la lecture peuvent être des instruments puissants de libération et d’émancipation de l’être humain, en particulier de la jeune fille, encore parfois sous l’emprise de certaines traditions.
« On parle de développement et on refuse le développement ! C’est le problème de la majorité des Africains. On peut respecter notre héritage culturel tout en nous éloignant de ce qui tue en silence sous nos yeux, comme l’excision ou le mariage forcé. Il faut un peu d’équilibre dans notre manière de lire la vie des citoyens et aussi réfléchir à ne pas agir contre elles. La modernité est impérative. »
À travers ce festival, nous encourageons la jeunesse, et particulièrement les jeunes filles, à prendre conscience de leur potentiel et à se battre pour leurs droits, tout en trouvant dans les livres et les arts un moyen idoine de s’exprimer et de se protéger sans se mettre à dos toute une communauté.

Akonda: Quelles seront les principales activités qui marqueront cette édition du festival ?
Tidiss KONÉ :
Le FESTILAD 7 sera marqué par la tenue de diverses activités, dont des conférences, des ateliers de formation sur les métiers de la culture, des projections de films documentaires inspirants sur la situation de la femme et de la jeune fille, des expositions de livres et de créations culturelles, ainsi que des performances en musique, danses traditionnelles et slam.
Des rencontres entre auteurs et lecteurs, des dédicaces de livres et, bien sûr, des concours littéraires demeurent également au programme. Chaque activité est pensée pour toucher une large audience et offrir à chacun une expérience enrichissante.
Akonda: Deux bibliothèques doivent être inaugurées à Kaniasso dans le cadre du FESTILAD. Quelle importance accordez-vous à ces infrastructures pour la promotion de la lecture dans le Denguélé ?
Tidiss KONÉ:
Les deux bibliothèques qui seront inaugurées à Kaniasso sont d’une importance capitale pour la promotion de l’éducation.
Voyez-vous, comment aider un enfant à apprendre s’il n’a pas le minimum ? C’est là aussi notre problème et le sens de notre engagement. Une bibliothèque, c’est la maison des livres, donc du savoir.
Les bibliothèques représentent un véritable tremplin pour la promotion de la lecture et la démocratisation de l’accès à la culture du livre dans notre localité. Il faut lutter contre l’absence de ces cadres d’apprentissage dans nos établissements, surtout ceux situés loin des grandes capitales.

Notre mission est de favoriser la création d’espaces d’apprentissage et de loisirs éducatifs pour les jeunes, mais aussi d’encourager les habitudes de lecture et d’étude. Elles offriront aux jeunes un environnement propice à l’épanouissement intellectuel et culturel et participeront activement à l’amélioration des résultats scolaires dans les localités reculées.
Akonda: Le festival prévoit également des concours littéraires, artistiques et culinaires. En quoi ces initiatives contribuent-elles à révéler les talents et à valoriser la culture du Denguélé ?
Tidiss KONÉ :
Justement, je viens de le dire. Les concours littéraires, artistiques et culinaires sont un moyen de mettre en valeur la richesse humaine et culturelle du Denguélé, et particulièrement de Kaniasso, afin de révéler des talents cachés.
Ils permettent de donner une visibilité aux jeunes créateurs, qu’ils soient écrivains, artistes ou cuisiniers, et de les encourager à poursuivre leurs passions.
Ces initiatives contribuent également à renforcer le tissu social en créant des espaces de dialogue et de partage entre les générations et les différentes communautés, tout en valorisant les spécificités culturelles locales. Telle est l’orientation que nous donnons au FESTILAD.

Akonda: Quel impact espérez-vous pour les jeunes filles et la communauté locale à l’issue de cette 7ᵉ édition ?
Tidiss KONÉ :
Avant même la tenue de cette édition, nous sommes déjà heureux de la tournure que prend l’organisation. Kaniasso abrite cette année la Journée internationale de la Francophonie et, pour nous, c’est un bon signe. Le message passera et Kaniasso brillera tant sur le plan éducatif, artistique que culturel.
L’impact attendu est multiple. D’abord, nous souhaitons que les jeunes filles prennent conscience de leur potentiel et de leur pouvoir d’action. En leur offrant une plateforme d’expression et de valorisation de leurs talents, nous voulons les motiver à prendre part activement à la vie sociale, culturelle et économique de leur localité.
Pour la communauté locale, l’édition 2026 du FESTILAD devrait être un catalyseur de développement, en renforçant l’esprit de solidarité et en créant des opportunités pour les jeunes et les acteurs artistes-paysans, notamment dans les domaines de la culture, de l’artisanat et du tourisme.
Akonda: Quel bilan faites-vous des précédentes éditions ?
Tidiss KONÉ :
Le bilan des précédentes éditions du FESTILAD est très positif. Chaque année, nous constatons une participation croissante de la jeunesse, ainsi qu’une meilleure appropriation des activités proposées.

Le festival a également permis de renforcer la collaboration entre les différents acteurs culturels de la région et au-delà, notamment grâce à la venue d’artistes et d’auteurs de renommée nationale.
Cependant, nous sommes conscients qu’il reste encore beaucoup à faire, notamment en matière d’infrastructures et d’accompagnement des jeunes créateurs.
Avec le FESTILAD, plusieurs aspects de notre richesse culturelle sont mis en valeur : le mont Denguélé, la voie des fromagers, le centre culturel, les mosquées de style soudanais, les cases mythiques, le lac de la savane de la zone et surtout les trésors humains.
Nous avons pu équiper plus de neuf bibliothèques qui sont aujourd’hui fonctionnelles dans le Denguélé.
Akonda : Enfin, quel appel lancez-vous aux partenaires, aux populations et à la jeunesse à l’approche du FESTILAD 7, surtout quand on sait que vous manquez de soutiens financiers, pourtant importants pour le succès d’un projet ?
Tidiss KONÉ :
À l’approche du FESTILAD 7, je remercie les jeunes bénévoles qui maintiennent le festival en vie malgré nos difficultés.
Je profite de l’occasion pour encourager nos élus et cadres à avoir un esprit citoyen et à s’impliquer dans la réussite de toutes les activités ayant un impact considérable sur l’éducation, la formation et la sensibilisation des jeunes.
Quant aux partenaires nationaux et internationaux, ainsi qu’aux populations, je souhaite leur adhésion totale à la mise en place de projets en faveur des jeunes dans le Denguélé.
Le festival est une belle occasion de renforcer nos liens et de célébrer ensemble notre héritage culturel.
J’invite la jeunesse à saisir cette opportunité pour exprimer ses talents et s’engager dans des actions positives pour son avenir.
Nous sommes convaincus que cette édition 2026, qui se tient à Kaniasso, sera l’une des meilleures, pour ne pas dire la meilleure depuis les débuts du festival, notamment avec l’implication de Monsieur Anzoumanan Almamay DIARRASSOUBA, maire de cette belle commune déjà engagée dans le train du développement.

Notre gratitude va à ceux qui nous ont accompagnés durant les éditions passées et à ceux qui manifestent la volonté de contribuer au succès de cette nouvelle édition.
Qu’ils continuent de nous faire confiance et de nous accompagner avec des idées et des actions afin de permettre aux acteurs culturels de chez nous de se professionnaliser et de vivre pleinement de leur art.
Je veux donc laisser entendre ce passage de l’une de mes productions littéraires inédites :
« L’homme culturel n’est pas celui qui fait le “retour” dans la culture, mais celui qui y a recours pour panser les déchirures humaines du présent et penser un meilleur lendemain pour tous. »
Faut-il le rappeler, au fil des éditions, le FESTILAD s’impose progressivement comme une plateforme de promotion de la lecture, des arts et du dialogue communautaire dans la région du Denguélé.
À travers des activités éducatives, culturelles et de sensibilisation, l’initiative vise non seulement à révéler les talents des jeunes, mais aussi à encourager une prise de conscience collective autour de la protection et de l’autonomisation de la jeune fille.
Serge Kpan, Correspondant à Abidjan
Akondanews.net