À Lomé, le Sahel a repris la parole

En déclarant, en substance, qu’il ne peut y avoir de Sahel sans Sahéliens, le chef de la diplomatie burkinabè a rappelé une vérité trop longtemps ignorée : aucun peuple ne peut être durablement sauvé contre lui-même, sans lui, ni à sa place.
Pendant des années, le Sahel a été raconté par d’autres, étudié par d’autres, administré par d’autres, parfois même jugé par d’autres. On y a projeté des plans, des doctrines, des budgets, des stratégies sécuritaires et humanitaires. Pourtant, malgré cette abondance de solutions extérieures, les crises ont persisté.
À Lomé, un changement de paradigme s’est exprimé. Le Sahel ne veut plus être un dossier international. Il veut redevenir un espace politique vivant, capable de penser sa sécurité, son économie, ses alliances et son avenir.
Le plus remarquable dans cette séquence est aussi le rôle du Togo. En choisissant le dialogue plutôt que l’isolement, la compréhension plutôt que le rejet, Lomé envoie un signal fort : l’Afrique de l’Ouest ne se reconstruira ni par les fractures ni par les anathèmes, mais par des passerelles intelligentes entre les blocs émergents.
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger portent aujourd’hui une vision contestée par certains, soutenue par d’autres, mais impossible à ignorer. L’AES est devenue un fait géopolitique. Ceux qui refusent de le voir prennent du retard sur l’histoire en marche.
Le mérite du ministre Karamoko Jean-Marie Traoré est d’avoir replacé le débat à son niveau réel : celui de la souveraineté, de la dignité et de la capacité africaine à produire ses propres réponses.
Le Sahel n’est pas condamné à être la ceinture des crises du continent. Il peut devenir l’atelier de sa renaissance. Encore faut-il écouter ceux qui y vivent.
À Lomé, le Sahel n’a pas demandé la parole. Il l’a reprise.
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