Quand l’Afrique se bombarde elle-même : l’échec moral des dirigeants sous influence

Quand l’Afrique se bombarde elle-même : l’échec moral des dirigeants sous influenc

 

Ce qui s’est produit entre le Nigeria et le Bénin ne peut être relativisé, minimisé ou noyé dans un jargon sécuritaire. Un État africain a bombardé un autre État africain. Des soldats africains sont morts sous des bombes larguées par une armée africaine. Et cette réalité, brutale, doit être regardée en face.

Car derrière cet acte militaire se cache un échec plus grave encore : l’échec moral et politique de dirigeants qui acceptent que la force armée de leurs pays serve des logiques étrangères plutôt que les intérêts de leurs peuples et du continent.

Le Nigeria, géant démographique et militaire de l’Afrique, porteur historique d’une promesse panafricaine, vient de franchir une ligne dangereuse. En agissant sans consultation parlementaire claire, sans débat national, et dans un contexte régional explosif, le pouvoir exécutif nigérian a transformé une armée nationale en outil de déstabilisation régionale. Ce n’est pas seulement une faute stratégique ; c’est une trahison de l’esprit africain.

Il faut le dire sans détour : l’Afrique ne souffre pas d’un excès de souveraineté, mais de son absence. Et cette absence est entretenue par un système bien connu, où la France et d’autres puissances occidentales n’agissent plus frontalement, mais par délégation. Elles n’occupent plus, elles orientent. Elles ne bombardent plus, elles font bombarder. Elles ne décident plus ouvertement, elles influencent dans l’ombre.

Dans ce dispositif, certains États africains de la sous-région jouent un rôle trouble. Par leur silence, leur alignement ou leur calcul, ils participent à une normalisation de l’inacceptable : la guerre fratricide au nom de la « stabilité ». Une stabilité qui ne protège ni les peuples, ni les frontières, ni l’avenir, mais seulement des intérêts économiques, militaires et géopolitiques extérieurs.

La CEDEAO, une fois de plus, brille par son impuissance. Incapable d’anticiper, incapable d’arbitrer, incapable de condamner clairement, elle confirme ce que beaucoup pensent déjà : elle est devenue un cadre administratif sans vision politique africaine autonome. Une organisation régionale qui laisse ses membres se bombarder mutuellement a perdu sa raison d’être historique.

Mais ce drame révèle aussi autre chose : un réveil. Au Nigeria, des parlementaires protestent. Des citoyens s’indignent. Des voix refusent que leur pays soit réduit au rôle de gendarme régional au service d’agendas extérieurs. Cette fracture entre les peuples et certains dirigeants est désormais visible. Et elle est irréversible.

L’Afrique n’est plus celle des années 1960. Les peuples savent. Ils observent. Ils comprennent que leurs véritables ennemis ne sont pas leurs voisins, mais les systèmes qui les opposent pour mieux les contrôler. Ils comprennent que chaque bombe larguée sur un pays frère est une victoire pour ceux qui n’ont jamais voulu d’une Afrique unie, forte et souveraine.

Ce qui se joue aujourd’hui est simple : soit l’Afrique continue à se tirer dessus sous influence, soit elle rompt enfin avec cette logique mortifère. Il n’y a plus de troisième voie confortable. La neutralité est une complicité. Le silence est un choix.

Le Nigeria, comme d’autres avant lui, devra répondre de ses actes. Non pas devant les chancelleries occidentales, mais devant l’histoire africaine. Car la vraie puissance d’un État ne se mesure pas à sa capacité à bombarder, mais à son courage à refuser l’instrumentalisation, à protéger ses voisins et à rester fidèle à la mémoire collective du continent.

L’Afrique doit choisir. Et ce choix ne peut plus être reporté. Parce qu’un continent qui accepte que ses armées soient utilisées contre ses propres peuples signe lui-même son abdication.

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