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En 2019, une étude universitaire recensait environ 268 sites d’orpaillage clandestins sur le territoire ivoirien. L’été dernier, la gendarmerie en a annoncé la destruction de… 867 en une seule opération. Un chiffre vertigineux qui révèle l’explosion incontrôlable de cette pratique, dont les conséquences débordent désormais les frontières. La pollution engendrée par les chercheurs d’or au Ghana contamine aujourd’hui les cours d’eau partagés, transformant un défi sécuritaire national en un problème diplomatique et environnemental régional.

Les statistiques, à elles seules, racontent une histoire édifiante. Il y a cinq ans, un géographe de l’Université de Korhogo évaluait à 268 le nombre de sites d’extraction artisanale d’or disséminés dans les campagnes ivoiriennes. Une activité alors déjà préoccupante. Mais les chiffres publiés en juillet 2023 par la gendarmerie nationale ont fait l’effet d’une déflagration : 867 sites détruits en quelques mois.

Ce bond numérique ne signale pas une erreur de comptage, mais bien l’ampleur d’une prolifération devenue incontrôlable. « La destruction d’un nombre de sites trois fois supérieur au total estimé en 2019 montre que nous faisons face à un phénomène exponentiel, analyse un expert minier contacté par Akondanews.net . Les opérations de gendarmerie, aussi massives soient-elles, semblent ne pas pouvoir enrayer la dynamique, tant l’attrait économique de l’or est fort. »
D’une économie de survie à une industrie parallèle
Ce qui était autrefois une activité de subsistance discrète s’est mué en une véritable économie parallèle, hautement organisée et bravant ouvertement les autorités. Les sites, souvent contrôlés par des réseaux, grignotent les forêts classées et les terres agricoles, utilisant des produits hautement toxiques comme le mercure.

« Le plus inquiétant, c’est que ce n’est même plus un phénomène clandestin », souligne une source au sein de la société civile environnementale. « On voit les zones dévastées depuis les routes. C’est devenu une industrie à ciel ouvert, avec son propre système logistique et ses règles. L’État a perdu le contrôle de pans entiers de son territoire. »
La crise franchit les frontières : le Ghana voisin pointé du doigt
Mais la donne a encore changé d’échelle récemment. Le problème est désormais régional. Les communautés vivant autour de la lagune Aby et du fleuve Bia, à l’est du pays de la Côte d’Ivoire dans la région du Sud Comoé, dénoncent une pollution transfrontalière massive.

« Les orpailleurs qui exploitent l’or du côté ghanéen rejettent leurs effluents sans aucun traitement. Les déchets chimiques contaminent les affluents qui se jettent dans la Bia et dans la lagune Aby, qui sont nos sources de vie », témoigne un chef communautaire de Tiapoum. La pêche et l’agriculture seraient gravement menacées par cette pollution, créant un contentieux environnemental naissant entre Abidjan et Accra.
Un dossier multidimensionnel sur la table du gouvernement
Face à cette escalade, les autorités ivoiriennes se retrouvent avec un dossier explosif aux multiples facettes sur la table : insécurité, perte de revenus pour l’État, désastre écologique, et maintenant tensions diplomatiques.
« Il est urgent d’inscrire ce problème à l’agenda international », estime notre expert. « La réponse ne peut plus être uniquement sécuritaire et nationale. Il faut une coopération renforcée avec le Ghana pour surveiller les bassins versants communs, harmoniser la législation et lutter contre les réseaux transfrontaliers. En parallèle, il faut proposer des alternatives économiques crédibles aux jeunes tentés par l’orpaillage. »
Alors que la demande mondiale d’or ne faiblit pas, la course au métal jaune en Afrique de l’Ouest génère ainsi des conflits locaux de plus en plus complexes, où l’urgence environnementale rejoint désormais l’urgence diplomatique. Les prochains mois diront si la coordination régionale parvient à endiguer un fléau que la répression seule n’a pas réussi à contenir.
Abossia de Ferké
Akondanews.net