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UKRAINE : À LONDRES, L'EUROPE JOUE SA DERNIÈRE MAIN

Macron, Merz, Starmer et Zelensky rĂ©unis Ă  Downing Street. DerriĂšre le front uni, la question qui divise : jusqu'oĂč l'Europe peut-elle soutenir la guerre sans se fragiliser elle-mĂȘme ? Pour l'Afrique, la vraie question est ailleurs : combien de temps encore ses dirigeants attendront-ils pour cesser de subir ?

AKONDANEWS4 min de lecture
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UKRAINE : À LONDRES, L'EUROPE JOUE SA DERNIÈRE MAIN

Le symbole était fort. Ce dimanche 8 juin, Volodymyr Zelensky a rencontré à Downing Street Emmanuel Macron, le chancelier allemand Friedrich Merz et le Premier ministre britannique Keir Starmer pour un sommet qualifié de « crucial » par les chancelleries européennes. Objectif officiel : « faire le point sur le soutien à une paix juste et durable en Ukraine et sur le continent européen ». Objectif réel : recalibrer une stratégie que la durée du conflit commence à épuiser politiquement, économiquement et moralement.

L'initiative dite « Coalition of the Willing » — portĂ©e par Paris et Londres, rĂ©unissant une vingtaine de pays prĂȘts Ă  dĂ©ployer une force multinationale en Ukraine au lendemain d'un Ă©ventuel accord de paix — est au cƓur des discussions. La prochaine rĂ©union de cette coalition est prĂ©vue Ă  Paris les 13 et 14 juillet, ce qui donnera la mesure des engagements effectivement pris Ă  Londres.

DerriÚre la solidarité affichée pour les caméras, les fractures internes à l'Europe demeurent profondes. Les économies du vieux continent supportent depuis plus de quatre ans le poids d'un conflit qui a renchéri l'énergie, alimenté l'inflation et contraint les budgets nationaux à des arbitrages douloureux. Les opinions publiques, notamment en Allemagne, en France et en Italie, montrent des signes croissants de lassitude. Les gouvernements se retrouvent pris en étau entre leur devoir de solidarité avec Kiev et une base électorale qui commence à compter le coût humain et financier d'une guerre qui s'étire.

L'Afrique ne regarde pas de loin — elle paie dĂ©jĂ 

Il serait commode de prĂ©senter ce sommet comme une affaire purement europĂ©enne, sans lien direct avec les rĂ©alitĂ©s africaines. Ce serait un mensonge par omission. Depuis fĂ©vrier 2022, le prix du pain a flambĂ© dans les marchĂ©s de Dakar Ă  Nairobi, de Bamako Ă  Kinshasa. Les flux d'aide internationale ont Ă©tĂ© massivement rĂ©orientĂ©s vers l'Europe. Les Ă©quilibres diplomatiques mondiaux ont Ă©tĂ© redessinĂ©s, et le continent africain — une fois de plus — s'est retrouvĂ© ballottĂ© entre des blocs qui ne lui demandaient pas son avis.

Ce n'est pas une nouveautĂ©. Les guerres des grandes puissances ont toujours eu des consĂ©quences directes sur l'Afrique, souvent avant mĂȘme d'en avoir sur les populations europĂ©ennes elles-mĂȘmes. Guerre froide, chocs pĂ©troliers, crises financiĂšres mondiales, pandĂ©mies : Ă  chaque convulsion du systĂšme international, ce sont les Ă©conomies africaines, les plus exposĂ©es et les moins armĂ©es, qui encaissent le premier coup. Le conflit ukrainien n'a fait que confirmer une vĂ©ritĂ© que le continent connaĂźt depuis des dĂ©cennies.

La vraie interpellation : subir encore, ou agir maintenant ?

Ce qui est inacceptable, ce n'est plus d'ĂȘtre affectĂ© — c'est de continuer Ă  l'ĂȘtre sans en tirer la moindre leçon. La guerre en Ukraine a mis Ă  nu une vulnĂ©rabilitĂ© que les dirigeants africains connaissaient mais n'avaient pas jugĂ© urgent de corriger : la dĂ©pendance alimentaire. Des dizaines de pays africains importaient, au dĂ©clenchement du conflit, plus de 50 % de leur blĂ© de Russie et d'Ukraine. Quand le grenier mondial s'est fermĂ©, aucun stock stratĂ©gique n'Ă©tait suffisant. Aucune alternative rĂ©gionale n'Ă©tait prĂȘte. Les populations ont payĂ© avec leur assiette ce que leurs dirigeants n'avaient pas anticipĂ© avec leur politique.

La question que doit poser l'Afrique aujourd'hui n'est pas rhĂ©torique. Elle est immĂ©diate et pratique : que font les gouvernements africains, maintenant, pour que la prochaine crise — qu'elle vienne du Moyen-Orient, de la mer de Chine ou d'ailleurs — ne retrouve pas le continent dans le mĂȘme Ă©tat de dĂ©pendance et d'imprĂ©paration ?

L'Afrique dispose des terres arables, des ressources en eau, de l'ensoleillement et d'une main-d'Ɠuvre jeune et nombreuse pour nourrir ses propres populations sans dĂ©pendre du blĂ© russe, ukrainien ou amĂ©ricain. Ce n'est pas un rĂȘve lointain — c'est une rĂ©alitĂ© agricole que seule l'absence de volontĂ© politique maintient hors de portĂ©e. Investir dans la souverainetĂ© alimentaire, dans les infrastructures de stockage, dans les filiĂšres cĂ©rĂ©aliĂšres locales, dans les politiques agricoles de long terme : voilĂ  ce que ce conflit, quatre ans aprĂšs son dĂ©clenchement, devrait avoir mis Ă  l'agenda de chaque sommet de l'Union africaine.

L'Europe, elle, tire aujourd'hui ses leçons dans la douleur. Elle rĂ©arme, rĂ©industrialise et rĂ©duit ses dĂ©pendances Ă©nergĂ©tiques et alimentaires sous la contrainte de la guerre. L'Afrique, elle, a encore la possibilitĂ© de le faire dans la luciditĂ© — avant que la prochaine crise ne la contraigne Ă  les apprendre une fois de plus au prix fort.

Le sommet de Londres de ce dimanche appartient aux EuropĂ©ens. Mais le message qu'il envoie au reste du monde est universel : les nations qui anticipent, qui investissent dans leur autonomie et qui agissent avant d'ĂȘtre acculĂ©es sont celles qui gardent la maĂźtrise de leur destin. Les autres attendent. Et en attendant, elles subissent.

RĂ©daction Akondanews.net — Abidjan

Tags :AnalyseGéostratégie

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