Politique
Opposition ivoirienne : la rencontre Don-Mello – Blé Goudé, entre test politique et recomposition stratégique
La scène politique ivoirienne connaît depuis plusieurs mois une effervescence particulière à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025. D...
AkondaNews6 min de lecture
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La scène politique ivoirienne connaît depuis plusieurs mois une effervescence particulière à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025. Dans un paysage marqué par la méfiance, les divisions et les rivalités héritées des crises passées, l’opposition tente de donner des signes de cohésion. La rencontre tenue ce lundi entre Ahoua Don-Mello, candidat déclaré à la présidentielle, et Charles Blé Goudé, président du Congrès pour la Justice et l’Égalité des Peuples (COJEP), s’inscrit dans cette dynamique.
Si elle a été présentée comme un simple échange de courtoisie, cette réunion de deux heures au domicile de Don-Mello revêt une portée bien plus stratégique : elle illustre la volonté d’une partie de l’opposition de tester ses alliances, de clarifier ses positions et surtout d’anticiper la désignation d’un candidat commun face au camp présidentiel.
Une rencontre plus qu’une simple visite
La délégation du COJEP, conduite par Blé Goudé lui-même, s’est déplacée avec l’objectif officiel de dialoguer directement avec Don-Mello sur son programme. Mais derrière cette démarche se cache un enjeu plus vaste : savoir si ce dernier peut incarner l’option crédible d’une opposition rassemblée.
À une semaine de la convention extraordinaire prévue le 4 octobre 2025, au cours de laquelle le COJEP décidera du candidat de l’opposition à soutenir, ce face-à-face revêt une dimension d’évaluation. Don-Mello a dû, dans un exercice inédit, répondre sans détour aux questions de ses hôtes. Pendant deux heures, il a été confronté à une série d’interrogations sur ses priorités en matière de réconciliation nationale, de gouvernance, de sécurité et de démocratie.
Cet exercice, rarement pratiqué dans la sphère politique ivoirienne où prédomine encore la culture du discours vertical, marque une rupture. Il traduit une volonté de transparence et de proximité, mais aussi une capacité à accepter le débat contradictoire.
Don-Mello : deux mesures phares comme gage de rupture
Dans un contexte où les promesses électorales sont souvent perçues comme des paroles sans lendemain, Don-Mello a choisi de mettre en avant deux propositions phares, susceptibles de séduire une large frange de l’électorat ivoirien.
La première consiste à soumettre à l’Assemblée nationale un projet de loi d’amnistie générale. L’objectif est clair : solder les comptes du passé en libérant tous les prisonniers politiques – civils comme militaires – et lever les sanctions qui frappent certains candidats à la présidentielle de 2025. Par ce geste, il espère rétablir la confiance et tourner la page des exclusions qui continuent de fracturer la société ivoirienne.
La seconde mesure concerne la création d’un Conseil des Sages, instance de démocratie participative, pensée comme une plateforme de réflexion et de médiation. Composée d’anciens chefs d’État, d’anciens responsables politiques et de personnalités respectées issues du monde économique et social, cette structure aurait pour mission d’accompagner les grandes décisions nationales, d’anticiper les crises et d’apaiser les tensions. En plaçant la sagesse collective au cœur du processus décisionnel, Don-Mello tente de s’inscrire dans une logique de gouvernance inclusive.
Ces propositions, audacieuses dans un pays marqué par les clivages, se veulent un signal d’apaisement et un gage de rupture avec les pratiques du passé.
Blé Goudé en arbitre stratégique
De son côté, Charles Blé Goudé a adopté une posture prudente mais significative. S’il a salué l’exercice de transparence auquel s’est soumis Don-Mello, il s’est gardé de donner un blanc-seing immédiat. Le président du COJEP a rappelé que la décision finale reviendra aux militants, qui trancheront lors de la convention du 4 octobre.
Cette stratégie n’est pas anodine. Elle permet à Blé Goudé de renforcer sa crédibilité en interne, en apparaissant comme un dirigeant respectueux de la démocratie participative. Elle lui confère aussi un rôle de faiseur de roi, car le soutien du COJEP pourrait peser lourd dans la balance des forces de l’opposition.
Blé Goudé, souvent perçu comme un acteur imprévisible, envoie ainsi un message clair : son mouvement ne se contentera pas de suivre, mais entend jouer un rôle actif dans la recomposition de l’opposition ivoirienne.
Une opposition en quête de cohésion
La rencontre du 29 septembre ne doit pas être isolée de la dynamique plus large qui traverse l’opposition ivoirienne. Depuis plusieurs mois, les tentatives de rapprochement se multiplient. Les formations politiques, conscientes du poids du pouvoir sortant et de l’appareil d’État, cherchent à dépasser leurs divergences pour présenter un front commun.
Mais les obstacles restent nombreux : ego personnels, rivalités anciennes, visions divergentes de la gouvernance. Dans ce contexte, chaque initiative de dialogue est scrutée avec attention, car elle peut soit ouvrir la voie à une coalition solide, soit révéler de nouvelles fractures.
Le cas Don-Mello – Blé Goudé est révélateur : d’un côté, un intellectuel, ancien ministre des Infrastructures et économiste, qui veut incarner la rupture par des idées ; de l’autre, un tribun politique, figure de la jeunesse patriotique, qui cherche à transformer son capital militant en force de proposition. Leur capacité à s’entendre – ou à diverger – pourrait préfigurer le sort de l’opposition ivoirienne en 2025.
Un enjeu national et international
Les propositions mises en avant par Don-Mello, notamment l’amnistie générale et le Conseil des Sages, ne concernent pas seulement la politique intérieure. Elles résonnent également à l’échelle internationale.
L’amnistie, si elle est adoptée, pourrait améliorer l’image de la Côte d’Ivoire, encore marquée par la mémoire des crises post-électorales. Elle enverrait un signal d’apaisement à la communauté internationale, souvent préoccupée par la stabilité du pays, acteur économique majeur en Afrique de l’Ouest.
Quant au Conseil des Sages, il pourrait servir de vitrine d’innovation démocratique, dans une région où les transitions sont souvent brutales. Inspiré de traditions africaines de médiation et de palabres, cet organe pourrait devenir une institution originale, susceptible d’influencer d’autres pays confrontés aux mêmes défis.
Cependant, ces ambitions se heurtent à la réalité politique : l’acceptation de telles mesures dépendra non seulement de la volonté du futur président, mais aussi des rapports de force au Parlement et de la capacité des acteurs politiques à dépasser leurs intérêts partisans.
Vers une recomposition incertaine
La rencontre du 29 septembre pourrait, rétrospectivement, apparaître comme l’un des jalons importants de la recomposition politique en Côte d’Ivoire. Si elle débouche sur un soutien explicite du COJEP à Don-Mello, elle renforcera l’idée d’une opposition capable de transcender ses divisions. Si, au contraire, les militants choisissent un autre candidat, elle aura tout de même permis de mettre en lumière la nouvelle exigence de transparence et de débat qui s’impose désormais aux prétendants au pouvoir.
Dans tous les cas, la présidentielle de 2025 se jouera autant sur la capacité des candidats à convaincre les électeurs que sur leur aptitude à nouer des alliances stratégiques. La rencontre Don-Mello – Blé Goudé illustre ce double impératif : séduire, mais aussi fédérer.
À quelques semaines d’une échéance cruciale, la Côte d’Ivoire entre dans une phase de clarification politique. La rencontre entre Ahoua Don-Mello et Charles Blé Goudé ne constitue pas une rupture décisive, mais elle envoie un signal fort : l’opposition ivoirienne explore désormais la voie du dialogue, de l’évaluation mutuelle et, peut-être, de la convergence.
Si elle parvient à transformer ces initiatives en coalition solide, elle pourrait peser lourd dans le scrutin à venir. Si elle échoue, elle laissera au pouvoir sortant un boulevard pour consolider son emprise. Dans ce jeu complexe, chaque rencontre, chaque geste et chaque parole comptent. Celle du 29 septembre restera sans doute comme l’un de ces moments où les lignes de l’opposition ont commencé à bouger.
La rédaction
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