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Crise électrique : au-delà des accusations politiques, le défi structurel d’un modèle sous tension

Les coupures d’électricité qui ressurgissent en Côte d’Ivoire ne relèvent pas uniquement d’un affrontement politique entre opposition et pouvoir. Derr...
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Crise électrique : au-delà des accusations politiques, le défi structurel d’un modèle sous tension

Les coupures d’électricité qui ressurgissent en Côte d’Ivoire ne relèvent pas uniquement d’un affrontement politique entre opposition et pouvoir. Derrière les critiques virulentes portées par Assalé Tiémoko contre le régime de Alassane Ouattara, se dessine une problématique plus profonde : celle d’un système énergétique confronté à ses limites structurelles, entre croissance rapide de la demande, fragilité des réseaux et arbitrages économiques complexes

Une crise récurrente dans un pays pourtant producteur La Côte d’Ivoire est souvent présentée comme un modèle énergétique en Afrique de l’Ouest. Le pays exporte de l’électricité vers plusieurs États voisins et a considérablement accru ses capacités de production au cours de la dernière décennie. Pourtant, les délestages persistent. Ce paradoxe apparent s’explique par une réalité technique : produire davantage ne garantit pas une distribution fiable. Le système électrique repose sur trois piliers – production, transport, distribution – et c’est précisément le maillon intermédiaire, celui du transport à haute tension, qui concentre les vulnérabilités. Les épisodes de chaleur extrême, de plus en plus fréquents, accentuent la pression sur les infrastructures. Les lignes surchargées, les postes de transformation saturés et les équipements vieillissants deviennent alors des points critiques, provoquant des interruptions en cascade. Une demande en forte croissance, mal anticipée Depuis les années 2010, la Côte d’Ivoire connaît une croissance économique soutenue et une urbanisation accélérée. Cette dynamique a mécaniquement entraîné une explosion de la demande en électricité, aussi bien pour les ménages que pour les industries. Or, dans de nombreux cas, l’expansion des réseaux n’a pas suivi le même rythme. Les investissements ont été largement orientés vers la production – notamment les centrales thermiques et hydroélectriques – au détriment de la modernisation du réseau de transport et de distribution. Ce déséquilibre crée une situation où l’électricité est disponible en théorie, mais difficilement acheminée de manière stable jusqu’aux consommateurs. Le poids des choix politiques et économiques Les critiques formulées dans l’espace public, notamment celles d’Assalé Tiémoko, mettent en lumière un enjeu central : la gouvernance du secteur énergétique. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara en 2010, la stratégie énergétique a reposé sur plusieurs axes : • augmentation rapide de la capacité de production ; • ouverture aux investissements privés ; • maintien d’un rôle régional de fournisseur d’électricité. Cependant, ces choix s’accompagnent de contraintes budgétaires et financières importantes. L’endettement public, qui a fortement augmenté, pose la question de l’allocation des ressources : quelle part réelle a été consacrée à la modernisation des infrastructures critiques ? Dans un contexte où les tarifs de l’électricité ont connu des hausses, la perception d’un décalage entre les efforts demandés aux citoyens et la qualité du service alimente le mécontentement. Une crise de crédibilité plus que de capacité Au-delà des aspects techniques, la crise actuelle est aussi une crise de confiance. Le discours politique a longtemps présenté la question énergétique comme un problème résolu, voire comme un succès national. Le retour des délestages fragilise cette narration. Il met en évidence une forme de dissonance entre les promesses passées et la réalité actuelle, ce que certains analystes qualifient de « populisme énergétique » : une tendance à simplifier des problématiques complexes pour des gains politiques immédiats. Dans ce contexte, les critiques d’Assalé Tiémoko trouvent un écho particulier, non pas seulement pour leur virulence, mais parce qu’elles s’inscrivent dans une expérience quotidienne vécue par les populations. Les défis techniques à relever Pour sortir durablement de cette situation, plusieurs leviers apparaissent incontournables : • Modernisation du réseau de transport : remplacement des équipements obsolètes, renforcement des lignes à haute tension, digitalisation du système de gestion. • Planification énergétique intégrée : meilleure coordination entre production, transport et distribution. • Diversification du mix énergétique : développement des énergies renouvelables, notamment solaire, pour réduire la pression sur le réseau. • Maintenance préventive : passage d’une logique de réaction à une logique d’anticipation des pannes. Ces chantiers nécessitent des investissements lourds et une gouvernance rigoureuse, loin des logiques de court terme. Une équation politique et sociale délicate L’électricité n’est pas un secteur comme les autres. Elle touche directement au quotidien des citoyens, à la compétitivité des entreprises et à la stabilité sociale. Chaque coupure devient un signal politique. Elle alimente les frustrations, fragilise la légitimité des autorités et offre un terrain fertile aux critiques de l’opposition. Dans un pays où les échéances électorales restent des moments sensibles, la question énergétique pourrait rapidement se transformer en enjeu central du débat public. Vers un tournant nécessaire ? La persistance des délestages en Côte d’Ivoire ne peut plus être analysée uniquement à travers le prisme des rivalités politiques. Elle révèle les limites d’un modèle de développement énergétique qui a privilégié la capacité de production au détriment de la résilience du système. Le véritable enjeu, désormais, est celui de la transformation structurelle : investir dans des infrastructures durables, renforcer la transparence dans la gestion du secteur et rétablir la confiance entre l’État et les citoyens. Car au-delà des discours et des accusations, une réalité s’impose : sans un réseau fiable et moderne, aucune performance énergétique ne peut être durablement revendiquée. La rédaction Akondanews.net
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