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Côte d'Ivoire: le parcours contestataire d’Achi Nicolas, un militant qui refuse de plier
Dans un paysage politique ivoirien où les voix discordantes peinent souvent à se frayer un chemin, l’arrestation d’Achi Nicolas, figure de proue du mi...
AkondaNews3 min de lecture
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Dans un paysage politique ivoirien où les voix discordantes peinent souvent à se frayer un chemin, l’arrestation d’Achi Nicolas, figure de proue du militantisme dans la région d’Akoupé, a relancé le débat sur la liberté d’expression et le coût de l’engagement politique. Cadre du PPA-CI et acteur majeur de la mobilisation locale, il est aujourd’hui au cœur d’une procédure judiciaire aux contours largement commentés.
Respecté pour sa constance, enraciné dans les valeurs militantes forgées depuis les années 1990, Achi Nicolas a progressivement bâti une réputation de combattant politique tenace. « Il s’est offert en holocauste pour porter le combat à un moment où rien ne présageait la libération », témoigne l’un de ses anciens compagnons de lutte, rappelant une trajectoire où fidélité rime avec résistance. Un engagement forgé dans les luttes du FPI Entré en politique durant l’effervescence des années 1990, il évolue rapidement aux côtés de figures historiques comme Damana Pickass ou Feu Blé Kessé Adolphe. Responsable de la jeunesse FPI à Adzopé, il devient l’un des animateurs majeurs de la mobilisation locale. Lorsque Yapo Atsé Benjamin se retire, la base militante d’Akoupé voit en lui son successeur naturel. Pressions et sanctions : les années de tempête De 2020 à 2023, sa fidélité au camp pro-Gbagbo lui vaut suspensions, révocations et marginalisation professionnelle. Malgré sa victoire revendiquée lors des législatives de 2021 sous l’étiquette EDS, il est officiellement classé deuxième. Un épisode vécu comme une injustice, mais qu’il transforme en moteur politique, répétant à ses proches : « La politique est un long cours ». Un climat de tension croissante À l’approche de la présidentielle de 2025, les menaces se multiplient : patrouilles autour de son domicile, tentatives d’arrestation, intimidations. Le 7 septembre, une première tentative d’interpellation échoue grâce à l’intervention de la population. « Si on touche à Achi, on touche à Akoupé », martèlent alors ses partisans. Le 15 septembre, il dépose une motion de protestation contre le quatrième mandat d’Alassane Ouattara auprès du préfet. La fédération d’Akoupé organise ensuite une rencontre qui réunit plus de 2000 militants, un record national. Trois jours plus tard, il reçoit une demande d’explication administrative, perçue comme un prélude à sa mise à l’écart. La marche interdite : point de bascule Le 11 octobre, malgré un important dispositif sécuritaire, une marche contestataire a lieu à Akoupé. Achi Nicolas y participe en tête. Cet acte de défiance sera plus tard qualifié d’« organisation d’une manifestation interdite », devenant l’un des principaux chefs d’accusation. L’arrestation du 13 octobre : une opération musclée À 4 heures du matin, cinquante hommes armés encerclent la maison familiale à Assangbadji. Interpellé sous les yeux des habitants, il est transféré à la Brigade de recherche, puis au Pôle pénal d’Abidjan. À ses proches, il laisse ces mots : « Au cas où je vous quittais, sachez que mon âme vous contente. Enterrez-moi dignement. » Une affaire devenue symbole Poursuivi pour atteinte à la sûreté de l’État, organisation de marche interdite et actes terroristes, il se retrouve au centre d’un débat national. Ses soutiens dénoncent une « volonté de briser une dynamique locale », tandis que d’autres observateurs y voient un message adressé aux leaders de l’opposition. Plus qu’un simple dossier judiciaire, l’affaire Achi Nicolas s’impose désormais comme un marqueur du climat politique ivoirien. Même incarcéré, son nom circule comme un étendard de résistance. Dans une Côte d’Ivoire toujours en quête d’équilibre démocratique, son parcours rappelle que l’engagement politique reste, pour certains, un exercice de courage dont le prix peut être lourd. Serge Kpan, Correspondant à Abidjan Akondanews.netTags :AfriqueSociété
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