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Chronique | Diaspora ivoirienne en Allemagne : et si la démocratie commençait ici ?
Par Kouachiada | AkondaNews – juillet 2025
Il y a des gestes simples qui, bien que discrets, incarnent une maturité politique certaine. La mise en pl...
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Par Kouachiada | AkondaNews – juillet 2025
Il y a des gestes simples qui, bien que discrets, incarnent une maturité politique certaine. La mise en place, par consensus, d’une commission électorale au sein de la FAIRA e.V. (Fédération des Associations des Ivoiriens Résidant en Allemagne), en est un.
Le 13 juillet dernier, dans une atmosphère feutrée mais studieuse, des représentants de la diaspora ivoirienne se sont réunis en visioconférence pour définir collectivement les règles du jeu démocratique interne. Une réunion certes virtuelle, mais profondément réelle dans sa portée symbolique : les Ivoiriens d’Allemagne ont décidé de se doter d’un processus électoral clair, transparent et apaisé. Dans un monde où la méfiance envers les institutions gagne du terrain, et où la tentation du désengagement guette même les communautés les plus dynamiques, cette initiative mérite plus qu’un simple communiqué. Elle appelle à une réflexion plus large sur la manière dont les diasporas africaines peuvent devenir des laboratoires d’une démocratie renouvelée. Loin des joutes politiciennes, un esprit de responsabilité Ce qui frappe d’abord, c’est le ton de la démarche. Pas de surenchère, pas de procès d’intention, pas de bataille de légitimité. Juste un échange calme, rigoureux, autour de principes simples : définir les rôles, respecter les textes, désigner les personnes compétentes. Dans une époque saturée de discours clivants, cela peut paraître banal. C’est pourtant profondément politique. L’élection du président de la commission, Claude Gbocho N’da Claude (Akonda e.V.), du secrétaire Albert Konan (Entr’aide Initiative) et du scrutateur Mamadou Ballo (AIHE), s’est faite dans un climat d’écoute, d’équilibre et de respect mutuel. Trois profils engagés, issus d’associations différentes, choisis non pour leur proximité partisane mais pour leur capacité à tenir le cap. Une démocratie qui se construit en exil Ce qui se joue ici dépasse largement les frontières d’un scrutin associatif. Il s’agit, en réalité, de réapprendre à faire société ensemble, à des milliers de kilomètres de la Côte d’Ivoire. La FAIRA, créée en 2010 et enregistrée officiellement en 2015 à Berlin, est bien plus qu’un simple regroupement d’associations. C’est le reflet organisé d’une diaspora ivoirienne en quête de cohésion, de reconnaissance et de projection collective. Son ambition est double : soutenir l’intégration des Ivoiriens en Allemagne, tout en contribuant au développement de la Côte d’Ivoire. Une ambition noble, mais qui ne peut se réaliser sans un minimum de crédibilité démocratique interne. Et c’est précisément ce que cette commission électorale incarne : la capacité de la diaspora à s’auto-réguler, à s’organiser, à débattre sans se diviser. Une leçon pour les structures politiques nationales ? Faut-il y voir une leçon adressée, en creux, aux appareils politiques ivoiriens ? Peut-être. Car pendant que la FAIRA pose les bases d’un processus électoral transparent, certains partis ou institutions en Côte d’Ivoire peinent encore à organiser des élections internes sans accusations de fraude ou de favoritisme. La diaspora, souvent perçue comme périphérique, montre ici qu’elle peut être un cœur battant d’innovation démocratique. Mais attention à ne pas idéaliser. Le chemin est long, les tensions possibles, les divisions jamais très loin. C’est justement pour cela que l’initiative actuelle est précieuse. Parce qu’elle anticipe les conflits en les désamorçant dès la phase préparatoire. Parce qu’elle place la méthode au-dessus du résultat. Parce qu’elle donne au mot « élection » son sens premier : choisir, ensemble, pour avancer. Vers une maturité politique collective Il y a des actes qui ne font pas la une, mais qui disent beaucoup. Cette installation d’une commission électorale, dans le respect des statuts et par l’écoute collective, en est un. Elle montre que la maturité politique n’est pas une question de niveau de diplôme ou de proximité avec les centres de pouvoir. C’est une question de volonté, de patience et de culture de la concertation. Ce que la FAIRA esquisse aujourd’hui, c’est une autre manière de penser la gouvernance, à l’échelle diasporique mais avec des échos bien plus larges. Et si la Côte d’Ivoire de demain pouvait s’inspirer de l’Allemagne d’aujourd’hui ? Et si la démocratie ne se limitait plus à des scrutins nationaux, mais prenait racine aussi dans les choix locaux, communautaires, associatifs ? À bien y regarder, ce 13 juillet 2025, les Ivoiriens d’Allemagne ont donné une leçon silencieuse, mais puissante : la démocratie n’est pas un décor, c’est une pratique. Et elle commence ici, dans nos propres maisons. Akondanews.netTags :Dépêches
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