Zimbabwe : Le trafic illégal d’eau potable, un business rentable

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Harare, le 22.02.2022, Harare devient rapidement l’épicentre des problèmes hydriques du Zimbabwe, alors qu’un grand nombre de personnes se tourne vers le commerce illégal de l’eau, face à la clémence apparente de l’État.
Denis Dandaro, 39 ans, était agriculteur jusqu’à récemment, labourant la terre pour en tirer son rendement agricole. Mais maintenant, il a un puits dans le même champ près de sa résidence de Bloomingdale à Harare, la capitale du Zimbabwe, où il vend de l’eau, ce qui, selon lui, est plus rentable.
L’eau potable était autrefois un produit gratuit accessible à tous, mais de nombreuses personnes se sont tournées vers ce nouveau commerce illégal, telles que Dandaro qui gagne de l’argent en vendant de l’eau dans ce pays enclavé d’Afrique australe.
En raison de la vétusté des infrastructures hydrauliques, avec notamment des conduits d’eau en mauvais état et d’autres cassées, en plus d’une démographie croissante du pays, l’eau courante est devenue une denrée rare, au fil des ans, dans la plupart des villes.

Harare est en passe de devenir l’épicentre des problèmes d’eau potable du Zimbabwe, un grand nombre d’hommes d’affaires se tournant vers son trafic illégal face à la clémence apparente de la Justice du pays. Selon l’Instrument statutaire 90 du Zimbabwe de 2013, personne << ne peut vendre des eaux souterraines ou de surface en vrac>>, à moins d’être enregistré auprès de l’Autorité nationale de l’eau du Zimbabwe, et quiconque enfreint ces restrictions légales encourt une amende de 8 à 6 mois de prison.
Les habitants de Mabvuku, Kuwadzana et Mufakose, particulièrement touchés par la pénurie d’eau potable, ont presque oublié l’habitude de boire au robinet.
<< Parce qu’il n’y a pas d’eau courante ici, nous l’achetons. Je viens d’acheter 5 000 litres d’eau>>, déclare Benito Mukaro, un habitant de Mabvuku, à l’Agence Anadolu. Cet habitant montre devant chez lui un camion-citerne remplissant un réservoir vide à travers un tuyau d’arrosage.
De nombreux citadins sont confrontés au stress hydrique et sont ainsi obligés d’acheter de l’eau pour leur usage domestique, pour le bonheur des vendeurs comme Dandaro.
<<Un camion-citerne contient 20 000 litres d’eau, et pour 5 000 litres d’eau, je fournis fréquemment à chaque ménage>>, explique ce dernier, ajoutant qu’il gagne environ 2 400 dollars par mois après avoir payé ses huit employés grâce à son nouveau business. La pénurie d’eau frappant les foyers et le secteur industriel du Zimbabwe, de nombreux habitants ont été contraints d’installer chez eux des réservoirs d’eau, connus sous le nom de réservoirs Jojo, pour stocker le précieux liquide.

une femme remplissant le seau d’eau d´un puits de la ville

Garikai Chamugona, 40 ans, de Tynwald South, vend de l’eau aux citadins depuis plusieurs années. L’occasion fesant le larron, il a saisi l’opportunité des pénuries fréquentes. Cet opportuniste en affaires a foré plus de 15 puits lui fournissant l’eau qu’il vend. Il indique que cette nouvelle entreprise a changé sa vie et qu’il est maintenant satisfait de la façon dont il gagne de l’argent en vendant de l’eau. Garikai Chamugona vend 5 000 litres d’eau pour 20 $ et ne livre pas la marchandise. <<Tout ce que je fais, c’est fournir de l’eau aux revendeurs. Ils viennent avec leurs preneurs d’eau et une fois qu’ils m’achètent, ils livrent leurs clients>>, précise Chamugona à l’Agence Anadolu.

Infrastructure hydraulique vétuste

Au fil des ans, les villes du Zimbabwe ont été victimes de pénuries persistantes d’eau. Les experts en développement imputent cette situation à l’insuffisance des infrastructures hydrauliques du pays.
<<Les barrages et les lacs ont longtemps été négligés ici et, par conséquent, ils se remplissent d’envasement à chaque saison des pluies en raison des mauvaises pratiques agricoles dans les villes et les villages>>, explique à l’Agence Anadolu Pegina Maphosa, experte indépendante en développement à Harare. <<L’eau qui pénètre dans les plans d’eau à chaque saison des pluies est rapidement gaspillée>>, observe la spécialiste.
Pour sa part, Claris Madhuku, le directeur de la Plateforme pour le développement de la jeunesse, une organisation de la société civile, critique l’inaction du gouvernement face à la pénurie croissante d’eau dans les villes. <<Des sécheresses permanentes ont continué d’affecter le lac Chivero, qui fournit de l’eau aux habitants de Harare>>, constate-t-il, ajoutant que les responsables du gouvernement et des collectivités locales n’ont pas fourni de solutions. <<Il y a aussi un manque persistant d’entretien des anciennes infrastructures hydrauliques, ainsi qu’un manque de capacité pour se procurer les produits chimiques essentiels pour traiter les sources d’eau>>, analyse l’expert Madhuku pour l’Agence Anadolu.

Raphael LUMOO
Akondanews.net

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