Vivre et mourir en Taloncratie

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Je vis dans un pays où une seule personne sur 13 millions possède 95% des ressources de la nation. Cet homme se nomme Patrice Talon. Milliardaire en CFA, millionnaire par centaines en euros.

Ses chanteurs d’atalakou le surnomment le businessman de génie, le golden boy, le bâtisseur de l’État.

Les plus lucides le considèrent comme le pilleur des ressources de la nation, le plus grand prédateur économique que notre pays ait connu.

Dans ce même pays, le régime n’est pas la démocratie mais la Taloncratie. Tu peux être de gauche ou de droite, à l’image de l’Union Progressiste ou du Bloc Républicain, ou même des partis d’oppositions contrôlées, tant que tu te soumets, tel un esclave à lui, tu peux politiquement rester en vie et faire une jolie carrière. Les lâches qualifieront d’ailleurs leur soumission pathétique à ce système, de stratégique, la lâcheté étant répandue malheureusement dans mon amour de pays.

Dans le cas contraire si tu t’opposes trop frontalement, c’est la prison (comme la jeune fille de la vingtaine à peine, Nadine Okoumassoun, ou encore Joel Aivo, jetés en taule tels des moutons à l’abattoir lors de la Tabaski), ou l’exil, comme Komi Koutché, Soglo Lehady et tout ce qui s’en suit.

Dans ce pays, la pauvreté est une religion.

Les familles ont pour beaucoup du mal à se faire plus d’un repas par jour, mais le Président te dira que l’on est développé, car il y construit quelques routes (pas grave si une grande partie des habitants n’ont pas de quoi s’acheter une voiture, au moins ces quelques routes font bien quand les étrangers ahuris visitent le pays.)

Pas grave aussi si ces quelques infrastructures sont payées non pas grâce aux milliards de CFA (qui devaient revenir au peuple) que monsieur Talon s’est accaparé, mais aux emprunts qu’il fait CONSTAMMENT auprès d’étrangers, et qu’il nous fait nous-mêmes rembourser via des taxes imposées.

Les médias de mon pays? Je n’en parle même pas! C’est quasi un concours à qui fera le plus grand nombre de louanges au Président. L’information ne compte pas, à l’exception de la nouvelle tribune, ou de Sikka TV (même si sur cette dernière on peut attaquer le Président, mais on n’a pas le droit d’attaquer le néocolonialisme français, vu que son patron Ajavon Sébastien, y vit, en France…).

Notre Président, une fois toutes les années bissextiles, se déclare panafricaniste, constatant la popularité de ce courant au 21ème siècle.

Il va même jusqu’à participer à des congrès panafricains bidons ou les intervenants sont tous inconnus au bataillon du monde panafricain.

Mais quand il s’agit de pratiquer le panafricanisme politique et économique, comme le dit ma chère sœur et camarade dans ce combat, la légende féminine du panafricanisme contemporain Nathalie Yamb , « le Président n’est plus là ».

Quand le haut fonctionnaire Yves Ogan dénonce à l’assemblée nationale le Franc CFA, les autorités de mon pays le virent et l’écrasent comme un cafard (elles lui proposeront sans doute prochainement un poste pour ensuite acheter son silence). Quand l’un de ses fils (ma petite personne) lutte âprement contre le néocolonialisme et se fait expulser de Côte d’Ivoire, qui le place en garde à vue comme un gangster à son retour au pays et le fait menacer par son homme de main Sacca Lafia? Patrice Talon pardi!

Panafricain, il ne l’est pas trop non plus quand il privilégie, pour fournir certains marchés, les Chinois et autres Asiatiques à son frère Aliko Dangote, et tant d’autres opérateurs économiques africains…

Le talonisme est un royalisme déguisé et grossier qui s’ignore.

La loi aussi, c’est lui. D’ailleurs la loi du Talon n’est pas très éloignée de la loi du Talion, œil pour œil, dent pour dent, deuil pour deuil, sang pour sang, sauf que cette loi est utilisée uniquement pour réprimer ses concitoyens, car quand il s’agit d’être dans la rétribution face à l’Occident, notre cher président accapareur des richesses est absent (sauf si ça peut arranger ses business comme face à Bolloré).

Et malgré ce système prédateur, cancérigène, uniquement favorable à son clan, vous avez quelques gorilles mercenaires sans cœur et de toutes les couleurs qui viennent chanter en chœur que « oui oui, le Président développe le pays, il y a de plus en plus d’infrastructures ».

Les cimetières aussi sont remplis de ciments et d’infrastructures mais les corps qui y gisent sont éteints, et les cœurs meurtris. C’est un peu ce qui se passe dans mon pays.

À ceux qui me disent, Kemi n’as-tu pas peur de dire ce que tu penses, face à un régime aussi violent politiquement parlant? Je leur réponds, une fleur née en enfer ne peut avoir peur des flammes.

L’enfer de la négrophobie, de la violence de la suprématie blanche, des brutalités policières en tout genre, et des persécutions du régime français et de ses employés, les présidents noirs de la Francafrique des années plus tard, TOUT CELA m’a forgé. Je n’ai peur que de Dieu. Tout ce qui se passera contre moi, la jeunesse africaine le saura. En temps réel.

Quant aux klebés (les partisans de Patrice Talon payés pour attaquer et discréditer constamment sur le net ceux qui osent critiquer leur patron Talon), comprenez bien que vos attaques ineptes à mon encontre ne peuvent que me faire sourire. Vous êtes les esclaves volontaires d’un capitalisme destructeur. Vous aurez aussi, devant l’Histoire, à rendre des comptes.

Ps: Bonne fête de la DÉPENDANCE à toutes les nations africaines francophones. Et à mes chers aînés présidents africains, continuez à encaisser les coups de reins du néocolonialisme français, vous avez l’air d’aimer ça…

Kemi Seba

 

 

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