Vaincre ou Mourir, telle est la question

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Une lettre les sépare, une époque les unit : le r de révolution et aussi de résistance. Charrette et Charette, l’échafaud et l’embuscade, la Terreur et l’insurrection.

Le 21 janvier 1793, il y a 230 ans, la Convention exécutait le roi Louis XVI. Sa chute précipite la fin d’un monde ; la République se baptise dans son sang et va y noyer ses ennemis au nom de la liberté. La guerre aux monarchies d’Europe l’oblige à recruter de force. La conscription chasse jusqu’au fond des campagnes. En Vendée, on se rebelle pour garder les hommes aux champs. Le peuple va se chercher un chef, ancien officier de marine : François Athanase de Charette de la Contrie est sorti de son château. Il va entrer dans l’histoire.

Son panache blanc devient la hantise des Bleus, pourtant la meilleure armée de l’époque. Mais comme tout héros tragique, il finira seul face à la cruauté des hommes et à la marche du monde. Vaincu par la République mais respecté par Kléber, Charette est trahi par les siens, le comte d’Artois et les Émigrés attendus d’Angleterre. Ne débarquant pas à Quiberon, le futur Charles X voue l’insurrection vendéenne à l’échec militaire. Arrêté, le guérilléros empanaché meurt fusillé à Nantes.

Cette épopée, qui la connaît ? « Je suis loin d’être un saint mais je n’irai pas en enfer car l’enfer j’en viens », s’écrie Charette, magistralement interprété par Hugo Becker. La République et ses écoles l’ignorent toujours mais le cinéma l’honore enfin. Vaincre ou Mourir est le premier long-métrage du Puy-du-Fou. L’œuvre exploite le succès du Dernier panache, spectacle élu « Meilleure Création du Monde » en 2017. À tout instant, on perçoit l’esprit de la marque : « Dans le sillage du parc de loisirs (…), le film semble être surtout un prétexte à grand spectacle avec un message idéologique assez clair, catholique et critique des dimensions criminelles et terroristes de l’idéologie révolutionnaire », observe Claire Libercourt sur Contrepoints.

S’il s’agit d’un film d’action, on ne peut le limiter au sens que confère cette classification vague. Ici, ce qui bouge sert ce qui dure ; des valeurs immuables s’incarnent dans la geste des hommes. Une sorte de renversement symbolique s’opère : dans l’hagiographie révolutionnaire, les Vendéens sont des « brigands » et une « race maudite ». Avec Vaincre ou Mourir, les victimes deviennent des héros.

Ainsi, la sortie en salles, mercredi dernier, ne passe pas inaperçue. À l’affût dans le bocage médiatique, la baïonnette de Libé éperonne le « Puy du Fourbe » et dans ses colonnes infernales s’en prend au « modèle réactionnaire et biaisé » imprégnant le parc à thème. En France, pays de clivage, la légitimité des uns passe par l’humiliation des autres. Ce trait d’intolérance se durcit. Des critiques s’emballent, croient distinguer la main invisible de Vincent Bolloré, propriétaire de Canal, acteur de premier plan du cinéma français. On ressort ses citations : « Je me sers de mes médias pour mener un combat civilisationnel », des mots rapportés dans une biographie dédiée au milliardaire. L’attaque sent le complotisme et l’AFP y cède quand elle épingle un film « à la gloire de la contre-révolution et du royalisme », comme si la République était menacée par un retour à l’Ancien Régime. L’agence mentionne l’identité du distributeur, Saje, spécialiste de films « chrétiens », comme si cette allégeance rendait l’œuvre suspecte.

Vaincre ou Mourir rêve d’attirer 100 000 spectateurs et si cette polémique peut y contribuer, celle-ci se justifie-t-elle ? Nicolas de Villiers se défend de toute « volonté politique » et plaide pour la liberté de création. Le patron du Puy-du-Fou se réjouit que Tirailleurs d’Omar Sy fasse un carton. Pourquoi dénier à une autre mémoire, fort lésée de surcroît, le droit de se raconter ? La Révolution n’est-elle digne que d’éloges ? Ceux qui luttèrent contre son fanatisme sont-ils condamnés aux geôles de l’oubli ?

L’insurrection vendéenne est la première révolte prolétarienne du XIXe siècle. Ses paysans armés de fourches se voient certes comme « les derniers remparts d’une royauté de 1000 ans », ainsi que le dit un personnage. Mais ce peuple en lutte incarne aussi une résistance plus profonde, celle d’un mode de vie que des bourgeois parisiens, plein de morgue et d’orgueil, veulent éradiquer pour réinitialiser la société et « régénérer » l’homme, comme le pensait alors un abbé Grégoire.

Vaincre ou Mourir n’est peut-être pas un grand film (tourné en 18 jours avec un budget de 3,5 M) mais au détour des embuscades, le spectateur sentira sans doute le souffle de The Patriot. Le courage de Charette lui fera-t-il penser à la hargne d’un Mel Gibson laminant les Anglais ?

Sans être une ébauche, ce long métrage inaugure la volonté du Puy-du-Fou de compter dans l’industrie du divertissement, môle de nos représentations culturelles. D’autres films exhumeront des épisodes dont le cinéma ne parle jamais et que les jeunes générations méritent de connaître.

Source: LSDJ(Louis Daufresne)

Akondanews.net

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