Téléphonie mobile en Côte d’Ivoire : pourquoi les opérateurs effacent-ils les soldes que leurs filiales conservent en Europe

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Par notre rédaction – Abidjan, mars 2025

Le dernier communiqué de l’Autorité de Régulation des Télécommunications/TIC de Côte d’Ivoire (ARTCI), publié le 29 mars 2025, a suscité l’incompréhension et la colère de nombreux usagers. Il confirme que les consommateurs ivoiriens disposent d’un dernier délai, jusqu’au 30 avril, pour utiliser les avantages (data, minutes, SMS) acquis avant une réforme réglementaire prise en août 2024. Passée cette date, les opérateurs seront autorisés à supprimer les stocks non-utilisés.

Une décision d’autant plus mal perçue que ces « avantages » ont été payés, accumulés, souvent pour des services que les utilisateurs n’ont pas pu consommer à cause de la qualité de la couverture réseau, des interruptions ou simplement par habitude d’épargne numérique. Beaucoup y voient une mesure punitive, voire confiscatoire.

Des pratiques très différentes en Europe
Pourtant, cette logique de « suppression automatique » des soldes ne semble pas être la norme… en Europe. Les mêmes groupes, lorsqu’ils opèrent en France, en Allemagne ou ailleurs, adoptent des pratiques bien différentes.

En France, par exemple, l’opérateur Free permet à ses abonnés de conserver leur crédit non consommé indéfiniment sur son offre à 2€. Orange propose, dans certaines formules prépayées, le report du solde de data au mois suivant. Chez SFR ou Bouygues, les données inutilisées peuvent être rebasculées dans le cycle suivant si l’utilisateur recharge avant l’expiration. En Allemagne, Vodafone et Deutsche Telekom ont intégré depuis plusieurs années des forfaits avec rollover automatique, souvent sans condition.

Autrement dit, en Europe, les consommateurs paient pour un service qu’ils conservent. En Afrique, et particulièrement en Côte d’Ivoire, ils paient… et s’exposent à tout perdre.

Des consommateurs moins protégés 

Pourquoi cette différence ? Les groupes télécoms internationaux invoquent des contextes économiques et réglementaires différents. Mais il est difficile de ne pas y voir une stratégie de maximisation des profits là où les consommateurs sont moins protégés et les autorités de régulation moins offensives.

Car si l’ARTCI affirme dans son communiqué vouloir assurer une « transition harmonieuse » et « un cadre concurrentiel sain », force est de constater qu’elle se contente ici d’entériner une décision favorable aux opérateurs, sans exigence de compensation pour les clients lésés. Ni remboursement, ni conversion en autre service, ni transparence sur les montants collectifs en jeu. Le silence sur ces aspects essentiels laisse planer une impression d’impunité.

Dans un contexte où la digitalisation des services publics progresse, où l’on encourage les paiements mobiles et les démarches administratives en ligne, ces suppressions unilatérales créent un climat de défiance. Le numérique repose sur la confiance. L’internaute doit croire que ses données sont protégées, ses transactions sécurisées… et ses droits respectés.

Vers un réveil réglementaire ? 

D’autres pays africains commencent à se saisir du problème. Au Kenya, la Communication Authority a imposé des règles plus strictes sur la transparence des offres prépayées. En Afrique du Sud, les pratiques de non-remboursement des soldes ont été partiellement encadrées, sous la pression des associations de consommateurs.

La Côte d’Ivoire, locomotive économique de l’UEMOA, ne peut rester à la traîne. Elle se doit de fixer des règles à la hauteur de ses ambitions numériques.

Les consommateurs africains ne sauraient être traités comme des clients de seconde zone. Il est grand temps que les standards appliqués à Paris, Berlin ou Madrid deviennent la norme à Abidjan, Dakar ou Nairobi. À défaut, c’est la confiance dans l’économie numérique qui s’effrite, et avec elle, l’ambition d’un continent souverain dans sa régulation des télécommunications.

La rédaction

Akondanews.net, dimanche.,30 mars 2025

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