Tchad: La transition démocratique se fait toujours attendre un an après la mort du président Idriss Deby

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Alors que le pays attend le dialogue national inclusif annoncé, la population s’interroge elle sur les projets de Mahamat Idriss Déby, qui dirige le Conseil militaire de transition (CMT) créé dans l’urgence et toujours aux affaires. Même les enquêtes initiées n’ont pas pu révéler un an après, les circonstances réelles de la disparition tragique du maréchal président Idriss Deby Itno.

Embuscade ou règlement de comptes?

véritable mystère et boule de gomme autour de cet ultime combat qu’Idriss Déby Itno n’aurait jamais dû livrer. Rien ne filtre comme cause de sa mort un an après sa mise sous terre. Toutes les préoccupations autour de la question devront encore attendre le jour où les résultats des enquêtes ordonnées par les nouvelles autorités, seront rendues publiques. Les Ndjamenois observent désormais d’un œil inquiet le déroulement de la transition, dont ils espèrent qu’elle permettra de sauvegarder la stabilité du pays, et de libérer les énergies de la jeunesse.

Le dialogue national inclusif attend toujours de voir le jour. Actuellement prévu pour le 10 mai 2022 après avoir été repoussé à plusieurs reprises,cette rencontre souhaitée par tous les acteurs, devrait marquer le basculement vers un Tchad nouveau, via des élections dont les résultats seront acceptables par tous. Depuis le 13 mars dernier, une médiation dite de pré-dialogue a lieu au Qatar, rassemblant des représentants du gouvernement et plus de 250 opposants, issus d’une cinquantaine de groupes rebelles. Jusqu’ici, ces groupes refusent toute négociation directe avec les autorités de transition et échangent par le biais de leur intermédiaire qatari. Au début du mois d’avril, l’un de ces groupes le Conseil de commandement militaire pour le salut de la République (CCMSR) a claqué la porte, accusant le gouvernement d’avoir invité à Doha de faux opposants pour “noyer” leurs revendications et imposer un accord à son avantage. Dans le même temps, la principale plate-forme de l’opposition tchadienne a elle aussi annoncé la suspension de toutes les négociations avec le pouvoir. De leur côté, les autorités de transition affirment qu’il est essentiel d’inclure un maximum de participants pour aboutir au dialogue le plus inclusif possible.

Initiatives bloquées

Depuis son arrivée au pouvoir, le nouveau dirigeant du Tchad a initié plusieurs réformes afin de faciliter le dialogue avec les forces d’opposition, telles que la levée de l’interdiction de manifester ainsi que deux lois d’amnistie générale pour les rebelles et opposants tchadiens. Des orientations qui peinent à se concrétiser et heurtent, le processus de transition toujours en retards. L’Union africaine avait exigé la tenue d’un scrutin présidentiel dans les dix-huit mois et la garantie que les membres du Conseil militaire ne s’y présenteront pas. Mais très tôt , Mahamat Idriss Déby affirmait ne pas exclure une prolongation de cette période. À ce jour, le flou reste maintenu quant à son éventuelle participation au futur scrutin.
D’autres préoccupations immédiates occupent les habitants de Ndjamena. Les prix de l’huile et du pain augmentent, le carburant est difficile à trouver, les délestages sont quotidiens. Les jeunes diplômés se heurtent par dizaines de milliers à un marché de l’emploi sclérosé. Les enfants mendiants se multiplient aux carrefours et dans les marchés. Les frustrations régionales persistent, les tensions communautaires et foncières évoluent et aboutissent parfois à des tueries, comme à Abéché fin janvier ou à Sandana fin février.
Si l’on ajoute à ces tensions manifestes, la propension des Tchadiens à faire feu de tout bois pour régler de simples différends politiques, on pourrait se demander si le Général Mahamat Idriss Déby, malgré son volontarisme et ses nombreuses initiatives allant dans le sens de la désescalade et du désamorçage de la bombe politico-sociale, pourra conduire le bateau de la transition à bon port. Rien n’est moins sûr, quand on sait qu’il devra quitter le « Palais rose » en décembre prochain, si les différents acteurs s’accordent sur les conditions d’organisation du scrutin à venir. Dans le cas contraire, il va continuer à diriger le pays pendant 18 autres mois, avec le risque évident de déclencher de violentes manifestations ou de nouvelles rébellions  pour le chasser du pouvoir. Cette dernière hypothèse est d’autant plus plausible que même dans l’entourage familial du Général Mahamat Déby, certains seraient prêts à nouer des alliances et à conclure des accords  d’opportunité  dans le but de renverser le régime et de piller les maigres ressources du pays.
En somme, un an après la disparition tragique du président maréchal Idriss Deby Itno, le Tchad reste à la croisée des chemins et dans un pareil contexte, il sera difficile de retrouver rapidement la paix souhaitée de tous les vœux.

En rappel, Idriss Déby Itno a été mortellement blessé au front le 18 avril 2021 alors qu’il rendait visite aux soldats tchadiens engagés dans la lutte contre le terrorisme. Celui qui aura dirigé le Tchad depuis 1990 a succombé le 20 avril 2021 à l’âge de 68 ans.

Yves Modeste Ngue

Akondanews.net

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