Sommet Afrique-France : Mise en scène ou acceptation réelle d’un passé actif ?

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En prenant l’engagement d’« assumer » le passé historique qui existe dans la relation Afrique-France, Emmanuel Macron a voulu se montrer sincère devant la jeunesse africaine invitée à Montpellier pour débattre d’une nouvelle orientation de la Françafrique au moment où le discours africain envers Paris est rempli d’amertume.

Même si la forme des travaux de Montpellier a été contestée par la majorité des africains du fait de l’absence des dirigeants ou d’une certaine illégitimité taxée à certains interlocuteurs, le fond aura séduit le grand public à plus d’un titre. Le président Français Emmanuel Macron, tout seul face aux jeunes africains dans un sommet international « France-Afrique » rebaptisé « Afrique France » pour la circonstance, n’est certainement pas ce que beaucoup attendaient bien que ce soit une promesse faite par l’actuel locataire de l’Elysée à Ouagadougou au Burkina Faso en 2017. Peu avant la rencontre, il y’a eu de nombreuses critiques sur l’intention de la France à vouloir contourner les Chefs d’Etat africains avec qui elle ne s’accorde plus trop dernièrement pour se retourner vers une jeunesse dont elle veut désormais se servir. L’écrivaine Calixte Beyala a parlé d’une « tentative de corruption de la jeunesse par la France » avant de noter l’échec de celle-ci. Echec parce que quelque chose n’aurait pas marché quelque part. La prise de parole des interlocuteurs, le ton utilisé et les sujets mis sur scène poussent à croire qu’en s’inscrivant dans la logique de Calixte Beyala, la France et son président ont eu tout, sauf ce qu’ils attendaient. Si Paris s’attendait à un discours de mendicité, ce qui lui a été servi par les 11 jeunes africains sélectionnés, était le contraire. Contrairement à leurs dirigeants, ces derniers ont saisi l’unique occasion à eux donné pour demander à la France d’arrêter ; non sans lui signifier que cela sera le cas qu’elle le veuille ou non. Le nouveau chapitre voulu dans la relation entre l’Afrique et la France par le président Macron et rappelé par le maire de Montpellier Michael de la Fosse, se veut plus concret selon ces jeunes.

Le rappel des sujets sensibles et ennuyeux pour les africains

Parler de la relation entre l’Afrique et la France revient à se rappeler des épisodes sombres de l’histoire de la colonisation et même plusieurs années avant. Mais également, de tous les déboires qui continuent de hanter cette relation malgré la reconnaissance des indépendances des peuples africains. Au rang de ces problèmes, la question du franc Cfa que le jeune Sénégalais Chair Fall demande au président Macron d’«Interdire la garde de la réserve dans son pays ». Comme lui, Arthur de Côte d’Ivoire, a clairement expliqué la vision voulue par la jeunesse africaine en 2030 : « Une monnaie propre pour l’Afrique », « les armées autonomes » entre autre. D’ailleurs qu’« on ne développe pas mais on se développe » comme l’a rappelé Elda Rai Muende du Burkina Faso en citant l’écrivain Joseph KIZERBO, ou la malienne Adam Diko pour qui, la « rupture complète de cette posture de paternaliste » est urgente en vue du « départ de quelque chose de nouveau ». Ici, l’aide au développement a été remise en cause avec un appel à un véritable partenariat. Même la prise de position de la France sur certains pays en rapport avec quelques intérêts qui puissent exister, n’aura pas échappé aux jeunes invités à Montpellier. C’est par ailleurs à ce titre qu’Aliou Ba de la République de Guinée a rappelé au président Français que les africains savent ce qu’il faut faire et n’ont pas besoin d’une orientation quelconque tout en invitant Paris à éviter de « traiter les problèmes au cas par cas » pour faire allusion aux récents coups d’Etat militaires dans le continent ayant été adoubés pour certains et pour d’autres condamnés. Le Chef de l’Etat français a aussi été invité à ne plus collaborer avec des dirigeants africains qualifiés de dictateurs par les africains pour leur volonté de s’éterniser au pouvoir. Une position de va-en guerre contre certains dirigeants et qui fait penser à une autre volonté de la société civile invitée à Montpellier.

Le positionnement de la société civile ?

En invitant le président Emmanuel Macron à tourner le dos à certains chefs d’Etat africains, les jeunes de la société civile invités aux travaux du 28ème sommet de la relation Afrique- France, confirment clairement leur volonté de se séparer de ces leaders. Ceci dit, ils seraient prêts à tout ils l’ont dit d’ailleurs pour tourner la page. Il est donc clair, que l’appel lancé au président français pour travailler avec la société civile africaine, constitue tout simplement, un positionnement de cette dernière. Toute chose qui pourrait expliquer le ton et les expressions employés lors des échanges comme pour dire à la France que nous, nous sommes prêts à faire différemment ; une main tendue de nouveau à Paris qui pourtant sait et très bien, exploiter les opportunités du genre. S’il faille donc modifier les choses, la jeunesse du sommet Afrique-France d’octobre 2021 à Montpellier fera-t-elle les choses de façon différente comme le veulent les africains qu’ils ont représenté ou s’alignera sur les pas de ses dirigeants aujourd’hui mis en accusation? Il est difficile de répondre pour le moment alors que les maitres africains tiennent encore les commandes en attendant leur entrée en scène. Le lynchage que les 11 jeunes ont subi sur les réseaux sociaux est aussi un message à capitaliser pour l’avenir de la relation Afrique-France qui selon le président Emmanuel Macron, devrait « donner la possibilité aux africains de créer et de participer à la création internationale » une « route vers l’investissement solidaire » qu’il entend désormais prôner en lieu et place de l’aide au développement.

YVES MODESTE NGUE

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