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La Côte d’Ivoire, à l’approche de chaque échéance électorale, se retrouve face à ses contradictions : aspirations démocratiques, fractures politiques, blessures du passé et soif de stabilité. Dans ce contexte délicat, la voix de Simone Ehivet Gbagbo résonne avec une intensité particulière. Son récent discours, présenté comme une main tendue à l’ensemble du peuple ivoirien, s’inscrit à la fois dans la continuité de son parcours militant et dans une volonté affirmée de transformer les douleurs d’hier en levier d’unité nationale.
Une vie consacrée à l’engagement politique
Née le 20 juin 1949 à Moossou, dans la région de Grand-Bassam, Simone Ehivet Gbagbo est l’une des figures les plus marquantes de la scène politique ivoirienne. Docteure en linguistique, enseignante et syndicaliste, elle s’est très tôt engagée dans le militantisme étudiant et intellectuel. Elle rencontre Laurent Gbagbo dans les années 1970, alors que celui-ci incarne déjà une figure montante de l’opposition à Félix Houphouët-Boigny.
Ensemble, ils participent à la fondation du Front Populaire Ivoirien (FPI) en 1982, un parti façonné dans la clandestinité, sous la répression d’un régime qui ne tolérait pas le multipartisme. Simone devient rapidement une voix influente au sein de ce mouvement, se distinguant par son franc-parler, sa capacité d’organisation et sa détermination.
Durant les années 1990, elle s’impose comme une femme politique à part entière. Élue députée, puis plusieurs fois candidate, elle incarne un leadership féminin rare dans un environnement politique largement dominé par les hommes. Sa réputation de « dame de fer » s’accentue pendant la présidence de Laurent Gbagbo (2000-2011), où elle occupe une place centrale dans la mobilisation des partisans et dans les décisions stratégiques du régime.
Mais son parcours est aussi marqué par les épreuves : après la crise postélectorale de 2010-2011, qui plongea la Côte d’Ivoire dans une guerre civile, elle est arrêtée, condamnée, puis détenue pendant plusieurs années. Sa libération en 2018 a été l’un des gestes forts du processus de réconciliation nationale.
Un discours qui dépasse les clivages
Dans son message récent, Simone Ehivet Gbagbo adopte un ton surprenant pour ses adversaires comme pour ses soutiens. Loin de la rhétorique d’affrontement qui a longtemps caractérisé ses interventions, elle place désormais son engagement sous le signe de l’unité nationale.
Elle rappelle que son combat de plus de quarante ans – mené aux côtés de Laurent Gbagbo – n’a jamais été la quête d’un pouvoir personnel, mais celui de la démocratie, de la dignité et de la souveraineté du peuple ivoirien. Face à l’exclusion de Laurent Gbagbo par le Conseil constitutionnel, elle affirme avoir d’abord opté pour le retrait par solidarité. Mais, dit-elle, la gravité de l’heure lui impose de dépasser cette posture : le combat ne peut plus être celui d’un individu ou d’un couple, il doit être celui du peuple tout entier.
Cette déclaration a une double portée. D’abord, elle réaffirme la loyauté et la cohérence de Simone vis-à-vis de l’héritage politique du FPI et de Laurent Gbagbo. Ensuite, elle redéfinit son engagement dans une perspective plus large, qui se veut inclusive, pacifique et tournée vers l’avenir.
Les fondements d’un appel à l’unité
Simone Ehivet Gbagbo n’élude pas la crise actuelle des institutions. Elle accuse le régime en place de confisquer le pouvoir, de piétiner la Constitution et de chercher à imposer un quatrième mandat illégitime. Mais au lieu de prôner la confrontation violente, elle appelle à la résistance pacifique, à la détermination collective et à la mobilisation citoyenne.
Son message est clair : la démocratie n’est pas une faveur octroyée par les dirigeants, mais une conquête permanente, qui exige courage et vigilance. Elle invite ainsi les partis politiques, les associations, les syndicats et les organisations religieuses à dépasser leurs divergences pour défendre un bien commun supérieur : la survie de la démocratie et la préservation de la paix.
En tendant la main à toutes les forces vives, Simone se positionne comme une figure capable de rassembler au-delà de son camp historique. Elle cherche à transformer son image – longtemps perçue comme radicale – en celle d’une médiatrice politique, capable de fédérer autour d’un projet collectif.
Une leçon d’histoire et de résilience
Ce discours prend tout son sens lorsqu’on le met en perspective avec le parcours personnel de Simone Ehivet. Peu de leaders ivoiriens ont connu autant d’épreuves : clandestinité, exil, prison, perte du pouvoir, marginalisation politique. Et pourtant, loin de s’effacer, elle choisit de revenir dans l’arène avec une posture de rassemblement.
C’est une leçon de résilience, mais aussi de pragmatisme politique. En insistant sur l’unité et la dignité, Simone s’adresse non seulement à ses partisans traditionnels, mais aussi aux indécis, aux jeunes générations, et même aux adversaires lassés des querelles interminables.
L’enjeu pour le peuple ivoirien
Au-delà de la trajectoire personnelle de Simone Ehivet Gbagbo, son discours pose une question fondamentale : quelle voie la Côte d’Ivoire veut-elle emprunter ? La répétition des crises électorales a montré les limites d’un système politique où chaque camp cherche à neutraliser l’autre. Le peuple ivoirien, qui a payé le prix fort en vies humaines et en souffrances, aspire aujourd’hui à une gouvernance plus inclusive, plus juste et plus stable.
L’appel de Simone peut ainsi être perçu comme une opportunité. Il ne s’agit pas d’un alignement automatique sur sa candidature, mais d’une invitation à repenser l’action politique autour de valeurs partagées : justice, transparence, dignité et unité. C’est un message qui cherche à réconcilier intellectuellement et politiquement les Ivoiriens avec l’idée que la démocratie appartient au peuple et non aux appareils.
Un avenir à écrire ensemble
Simone Ehivet Gbagbo a choisi de tendre la main. En se présentant non pas comme une rivale de Laurent Gbagbo, mais comme la continuatrice d’une vision partagée, elle cherche à ouvrir une voie nouvelle : celle d’une candidature au service du peuple et non d’un clan.
Pour un pays meurtri par des décennies de crises, son message unificateur peut jouer un rôle essentiel : rappeler aux Ivoiriens que leur avenir dépend de leur capacité à dépasser les divisions et à bâtir une nation unie, juste et digne. Plus qu’un discours de circonstance, son appel est une invitation à écrire ensemble une nouvelle page de l’histoire ivoirienne.
La rédaction
Akondanews.net