Sanctions et embargo: le cas malien divise l’Afrique et la communauté internationale

La Cedeao a décidé de geler les avoirs maliens au sein de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), de couper les aides financières, de fermer les frontières entre le Mali et les États membres de l’organisation, de suspendre les transactions avec Bamako, à l’exception des produits médicaux et de première nécessité, les produits pétroliers et l’électricité, le gel des actifs et des avoirs de la République du Mali dans toutes les banques centrales des pays membres de la Cédéao, du gel des avoirs du gouvernement et des entreprises d’États maliens dans toutes les banques commerciales de la Cédéao.

Telles sont les sanctions issues de la  réunion extraordinaire à Accra au Ghana le dimanche 9 janvier, des chefs d’Etat de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest (Cedeao). Des mesures de coercition qui divisent les Africains et la communauté internationale.

D’abord dans la sous-région ouest africaine, l’on parle de plus en plus de la guerre d’une « Cedeao des dirigeants » contre la « Cedeao des peuples » relativement à ces sanctions jugées « inhumaines » et « impertinentes » par la plupart des opposants politiques et des leaders de la société civile. Dans le concert des nations ces mesures ne passent pas du tout. La France ancienne puissance coloniale qui a l’initiative des textes de résolution pour le Mali a vu son texte rejeté par deux autres puissances, la Russie, première partenaire du Mali dans cette crise et dans la lutte contre le terrorisme des djihadistes et la Chine partenaire traditionnelle de la Russie et en passe de devenir partenaire privilégiée du Mali dans cette partie du continent.

Nanan Akufo-Addo

Dans l’article du journal Le Point Afrique on lit ceci « (Nations unies) La Russie et la Chine ont bloqué mardi, selon des diplomates, l’adoption d’un texte du Conseil de sécurité de l’ONU soutenant les sanctions décidées par une instance africaine contre la junte au Mali, où une transition vers un pouvoir civil qui durerait cinq ans a été rejetée par les États-Unis. (…) Proposé par la France, ce texte visait à obtenir une position unie du Conseil à l’égard des militaires à la tête du Mali qui ne prévoient plus d’élections le 27 février, comme ils s’y étaient initialement engagés. Lundi, la Russie avait réclamé de la « compréhension » à l’égard des autorités maliennes, au lendemain des sanctions inédites – fermeture des frontières, mesures économiques et financières lourdes – prises par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. (Cedeao). » Ecrit Le Point Afrique dans son édition de mardi 11 janvier publiée sur son site internet à 14h48mn encore disponible.

Outre ces deux puissances mondiales que sont la Fédération de Russie et la République Populaire de Chine, détentrices du droit de véto au Conseil de sécurité des Nations Unies, d’autres dirigeants des pays s’insurgent contre l’activisme de la France qui visiblement se cache derrière les sanctions prises par la Cedeao contre le Mali. Le Point Afrique fait le pont des déceptions sur le continent « ‘’Nous sommes déçus’’, a déclaré à des médias l’ambassadeur du Kenya, Martin Kimani, à l’issue d’une réunion du Conseil de sécurité suivie de consultations à huis clos par ses 15 membres. Il a précisé que les pays africains dans l’instance (outre le Kenya, le Gabon et le Ghana) avaient jugé le texte proposé ‘’relativement doux’’. Selon une source diplomatique, la déclaration se bornait à parler d’un ‘’soutien aux efforts de médiation de la Cedeao’’». Ecrit Le Point Afrique.

Dans le milieu politique africain, la consternation le dispute à l’indignation. En Côte d’Ivoire l’ancien président de la République, Laurent Gbagbo, a donné de la voix. Dans une déclaration publiée en fin d’après-midi du mardi 11 janvier, le président du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) s’est retrouvé dans son élément en tant que formation politique qui prône le rapprochement des peuples du continent noir, c’est-à-dire le panafricanisme. « Le PPACI, conformément à la philosophie de dialogue prôné par son président, Son Excellence le Président Laurent Gbagbo et de son orientation panafricaniste résolue : Se tient fermement aux côtés du peuple frère du Mali à qui il exprime toute sa solidarité ; Trouve excessives et impertinentes les mesures de rétorsion prises par la CEDEAO contre le peuple malien ; (…) Trouve particulièrement inacceptable et dangereuse l’instrumentalisation des institutions monétaires et bancaires communautaires pour régler des questions politiques internes aux pays membres … »

Cette déclaration du parti de Laurent signée de Justin Koné Katinan 2è vice-président du Conseil stratégique et politique et Porte-parole du PPA-CI est un cinglant désaveu de l’institution sous régionale qu’est la Cedeao. La sortie du parti de Gbagbo est la résultante des atermoiements des chefs d’Etat des pays membres de la Cedeao qui se sont toujours ligués derrière la France ex-puissance coloniale pour punir les dirigeants progressistes et souverainistes. Laurent Gbagbo lui-même, de 2002 à 2010, en a fait les frais. Nouveau chantre du panafricanisme, il a fait l’amer constat quand il était président de la République de Côte d’Ivoire, de ces sorties coercitives de la Cedeao à l’instigation de la France.

Simplice Allard

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