Rwanda: Antoine Anfré, nouvel ambassadeur de France

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Alors que Paris n’avait plus depuis six ans d’ambassadeur au Rwanda, le gouvernement rwandais a approuvé depuis le samedi 12 juin l’accréditation d’Antoine Anfré proposé par Paris. Signe supplémentaire de la normalisation des rapports entre ces deux pays longtemps après 27 ans de crise diplomatique suite au génocide rwandais de 1994 dans lequel Paris vient de reconnaître ses « responsabilités » non sans présenter d’excuses.

Dans la dynamique du réchauffement des relations entre Paris et Kigali pleinement amorcé depuis le 27 mai dernier par la présence historique d’Emmanuel Macron au Rwanda, au cours de laquelle il a reconnu la ‘’ responsabilité accablante’’ de la France dans le génocide au Rwanda et marqué son souhait de réinstaller un ambassadeur de France dans le pays, Kigali vient de valider l’accréditation du nouveau ambassadeur de la France sur son sol.

Diplômé de Science Po et de l’ENA, le nouveau ambassadeur de France, Antoine Anfré, 58 ans est un connaisseur des dossiers africains. Ancien ambassadeur de France au Niger (2014-2015), il est familier aux dossiers de la région des Grands Lacs et particulièrement du Rwanda car ayant été Premier secrétaire de l’ambassade de France à Kampala entre 1987 et 1991.

Antoine Anfré, est donc à Ouganda  en 1990 au moment de la création du Front patriotique rwandais en qualité de Premier secrétaire de l’ambassade française, et son nom apparaît à plusieurs reprises dans le rapport d’une commission d’historiens français dirigée par Vincent Duclert, remis en mars au président Macron et qui a conclu aux ‘’responsabilités lourdes et accablantes’’ de la France dans le génocide rwandais.

En effet, parlant d’Antoine Anfré, Vincent Duclert mentionne deux des  «notes personnelles » de celui-ci jugées très critiques rédigées en 1991 à l’égard du président Habyarimana, à l’époque soutenu par l’Élysée. Antoine Anfré y dénonce notamment les dérives ethniques et son refus de voir les réfugiés tutsis rentrer au pays, tout en insistant sur le «droit de tout individu à une citoyenneté et une patrie ». Le rédacteur Rwanda affirme alors entre autres que Juvenal Habyarimana est méprisé par ses homologues de la région.

« Sa feuille de route me paraît claire : il s’agit d’apurer le passé et le passif bilatéral entre Paris et Kigali, mettre en musique les promesses de ruptures d’Emmanuel Macron en la matière. Il va devoir veiller également à des enjeux régionaux. Et puis enfin, en matière d’économie, contribuer à cet effort voulu par Emmanuel Macron de sortir du défunt pré-carré francophone pour investir plus à l’Est.» Indique Vincent Duclert sur les ondes de RFI.

Pour le réchauffement des relations diplomatiques entre Paris et Kigali, Emmanuel Macron a donc fait appel à un expérimenté des questions africaines, particulièrement de la région des Grands Lacs qui travaillera à une reprise active de la coopération entre ces deux pays aux moyens du « soft power » et qui mettra en avant sa capacité d’anticipation et d’appréciation des questions cruciales tenant à la préservation de la bonne « santé » des rapports entre Paris et Kigali.

Par ailleurs, il faut indiquer que le dernier ambassadeur de France en poste au Rwanda, Michel Flesch a quitté Kigali en septembre 2015 et depuis lors, les intérêts français étaient gérés par un chargé d’affaires. Jérémie Blin, qui a pris ses fonctions en juillet 2019, avec pour mission d’accélérer le processus de rapprochement avec Kigali.

Quels sont les enjeux géostratégiques et économiques du réchauffement des relations diplomatiques entre Paris et Kigali ?

Adingra OSSEI

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