Retrait des forces occidentales dans les conflits: l’Afghanistan parle à l’Afrique

La reprise de Kaboul par les talibans en raison  du départ des troupes américaines de l’Afghanistan vient remettre au goût du jour, la problématique des interventions étrangères dans certains territoires en conflit.

Vingt ans. C’est la période qu’on pourrait juger assez pour une guerre. Mais c’est aussi le temps qu’il a fallu pour voir l’Afghanistan retourner aux mains des talibans malgré l’intervention des forces américaines sur le terrain.

Intervention oui; parce qu’en deux décennies, les éléments du Pentagone ont eu le temps matériel pour combattre les “insurgés” et les réduire à néant. Aussi, de former ou de passer la main à l’armée afghane qui aujourd’hui, est devenue la risée de tous. D’ailleurs, le président américain, Joe Biden, a qualifié cette armée d’incompétente expliquant que “Nous ne pourrons pas aller faire mourir nos hommes en Afghanistan si l’armée afghane n’est pas prête pour mourir”. Il s’agit en effet d’un aveu d’échec pour Washington qui se rend compte vingt ans après sur le sol afghan, que ses militaires ne sont pas prêts à mourir pour l’armée afghane.

Pourquoi donc attendre tout ce temps? Oussama Ben Laden a pourtant été tué et le sous-sol afghan pillé au nom de la démocratie. Contre quoi? l’Afghanistan n’a jamais connu de stabilité, ou un environnement où règne cette démocratie à l’occidentale. Attentats à la voiture piégée, attaques et autres formes de violences ont continué à dicter leur loi jusqu’à ce que les talibans reviennent aux affaires suite au  retrait des forces américaines du territoire des opérations.

C’était une volonté de Donald Trump, poursuivie par son successeur à la maison Blanche, Joe Biden. Un retrait peut-être brusque; mais aussi important dans la mesure où il aura permis aux autres foyers de tensions et notamment à l’Afrique, de voir claire dans les opérations d’interventions occidentales.

La prise de Kaboul, une leçon pour l’Afrique

La récente offensive des talibans en Afghanistan ayant abouti à la chute du président Ashraf Ghani et au contrôle du pouvoir par les insurgés, a eu de nombreuses répercussions dans le monde. Que ce soit la fuite des afghans de leur propre pays malgré les assurances des talibans, la prise des dispositions par l’Europe pour contrôler et contrer le flux migratoire ou le débat autour des interventions étrangères, il y a eu à entendre.

Le sujet a fait des vagues au Mali où la France a récemment annoncé son intention de retirer la force Barkhane qui intervient dans le Sahel. L’une des préoccupations a été de savoir quel sera l’avenir du Mali si l’armée française décide de partir?

A Bamako, plusieurs acteurs  ont parlé de deux exemples diamétralement opposés tandis que d’autres, ont trouvé des ramifications qui existent entre les talibans et les autres groupes armés qui opèrent en zone sahélienne. Comme pour dire que ce qui s’est passé en Afghanistan peut avoir lieu au Mali. Dans un souci d’anticipation, nombreux sont ceux qui ont souhaité que des initiatives soient prises dès maintenant pour renforcer la capacité des Forces armées maliennes (FAMA) et du Sahel.

Et surtout d’apprendre à trouver des réponses africaines aux problèmes africains. A considérer même si l’exemple n’est pas bon; que le Sahel se retrouve sans la force Barkhane aujourd’hui, y’ aurait-il différence avec sa présence? Au constat, le bilan de cette armée internationale à dominance   française reste très mitigé ? Ce qui a récemment suscité une certaine volonté de l’opinion africaine, de voir partir la force Barkhane comme l’avait pensé le président Emmanuel Macron avant de procéder à un rétropédalage.

Kaboul est tombé c’est une vérité mais l’erreur afghane doit  inspirer les pays africains sur les interventions occidentales sur leurs territoires. Toujours se rappeler que le voisin, malgré ses bonnes intentions, ne peut garder votre maison que vous même comme le dit un adage. Une telle mission nécessite beaucoup de tacts et de stratégie. L’Union africaine devrait y trouver des mesures dans son agenda 2063 qui consiste à “faire taire les armes” dans le continent.

Yves Modeste NGUE

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