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À Mamove, dans le territoire de Beni, les civils continuent de mourir dans un silence qui confine à la complicité. Le massacre survenu le dimanche 1er février 2026, attribué aux rebelles ADF, n’est ni un fait isolé ni une surprise. Il est le symptôme brutal d’un effondrement prolongé de la protection des populations dans l’est de la République démocratique du Congo.
Plus de 30 corps ramassés, des dizaines de maisons incendiées, des familles entières plongées dans l’angoisse de l’attente, à la recherche de proches portés disparus. Et pourtant, Mamove se situe dans une zone officiellement militarisée, sous état de siège, avec une présence conjointe des FARDC et des forces ougandaises dans le cadre de l’opération SHUJAA. Face à ces réalités, une question s’impose avec gravité : à quoi sert la militarisation si les civils continuent d’être massacrés ?
À force de répétition, l’horreur perd son caractère exceptionnel pour devenir une routine macabre. Beni, Lubero, Irumu, Mambasa : les noms changent, le scénario reste le même. Attaques nocturnes, villages incendiés, populations livrées à elles-mêmes, puis communiqués officiels, promesses de poursuites et annonces d’opérations “de ratissage” après coup. Toujours trop tard.
La responsabilité ne peut plus être diluée dans la seule barbarie des ADF. Elle engage aussi l’échec du renseignement, l’absence de dispositifs d’alerte communautaire efficaces, et surtout une incapacité chronique à anticiper des attaques pourtant annoncées par des signaux répétés. Lorsque les menaces sont connues, mais que rien n’est fait pour les neutraliser en amont, l’inaction devient une faute lourde.
Les populations du “Triangle de la mort” vivent dans un état de siège inversé : ce sont les civils qui sont enfermés dans la peur, pendant que les groupes armés circulent, frappent et disparaissent. Cette réalité alimente un sentiment d’abandon profond et une rupture de confiance avec les institutions censées protéger la vie humaine.
Il est temps de dire clairement que la lutte contre les ADF ne peut plus se résumer à une communication sécuritaire. Elle exige une refonte stratégique, fondée sur l’intelligence locale, la protection réelle des civils, la responsabilité des commandements militaires et une évaluation honnête des échecs. Sans cela, l’état de siège restera un slogan vide, et les opérations militaires, une réponse tardive à des drames déjà consommés.
Le sang versé à Mamove ne doit pas être un chiffre de plus dans une statistique de l’horreur. Justice, vérité et protection effective des populations doivent cesser d’être des promesses rituelles prononcées après chaque massacre. À défaut, l’État congolais continuera de perdre ce qui lui reste de légitimité là où elle est pourtant la plus vitale : la protection de ses citoyens.
Akondanews
Correspondance spéciale, Est de la RDC