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Kinshasa, 6 mai 2025 – Il fallait que quelqu’un parle. Que quelqu’un frappe du poing sur la table. Ce mardi, c’est Jacquemin Shabani, Vice-Premier Ministre en charge de l’Intérieur, qui a enfin osé dénoncer ce que tout le monde subit en silence : les abus éhontés de la Police de Circulation Routière (PCR), devenue pour beaucoup d’automobilistes une véritable plaie nationale.
Dans une adresse ferme au commandement de la police, le VPM a pris position contre ce que lui-même qualifie de « dérive généralisée ». Car aujourd’hui, la PCR n’est plus perçue comme une force de régulation, mais comme une machine à racket, sans foi ni loi. Extorsion systématique, brutalités, confiscation illégale de documents, amendes inventées, véhicules endommagés sans raison : c’est le quotidien de milliers de Congolais sur nos routes.
Et comme si cela ne suffisait pas, certains agents se présentent ivres, provoquent volontairement des embouteillages et imposent la « main tendue » comme mode opératoire. Tout cela au nom des fameuses « tantine » (likelemba), des « haricots des enfants » (madeso ya bana) ou encore du « rapport avec soubassement à la hiérarchie » — une façon polie de dire : corruption organisée.
Jacquemin Shabani n’y est pas allé par quatre chemins : il exige des arrestations, des sanctions exemplaires, et surtout, une rupture nette avec ce système mafieux qui a colonisé l’uniforme de la PCR. Car trop, c’est trop.
Mais il serait hypocrite de s’en tenir aux seuls policiers. La racine du mal est plus profonde. Où sont les mécanismes de dénonciation ? Pourquoi l’usager congolais n’a-t-il aucun recours lorsqu’il est abusé ? Pourquoi la loi sur la circulation routière reste-t-elle dans les tiroirs, inconnue de ceux qui devraient la défendre… et de ceux qui devraient en bénéficier ?
Pire encore : la population finit par s’habituer à l’inacceptable, à considérer ces abus comme « normaux ». Une résignation dramatique, qui ne profite qu’aux corrompus.
En lançant cette croisade, le VPM Shabani prend un risque : celui d’affronter un système enraciné. Mais il donne aussi une lueur d’espoir à ceux qui veulent croire à un État de droit sur les routes comme ailleurs. Car non, la police ne doit pas faire peur. Elle doit rassurer.
Raphaël Lumoo
Akondanews.net