Qu’est-ce qui différencie l’université de l’entreprise?

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Bien que la problématique de l’insertion des diplômés se pose différemment selon les contextes, il faut dire que, dans l’ensemble, il est quasi impossible pour l’étudiant fraîchement émoulu de l’université de se faire embaucher immédiatement après sa formation.

Selon les employeurs, les entrants manquent d’expérience en plus de recevoir une formation inadaptée, ce qui met en péril leur capacité d’adaptation.
Il est certes vrai que l’environnement universitaire se distingue de l’entreprise par le but poursuivi par l’une et l’autre entité.

En effet, si l’université œuvre à l’extension des connaissances au moyen de l’enseignement et la recherche, le but de l’entreprise, au contraire, est de « réaliser un projet productif, avec ses dimensions économiques et sociétales, qui soit durable dans un environnement concurrentiel »
Pour autant, à y voir de plus près, il apparaît que la différence dans les visées ne saurait exclure « la mise en place d’une collaboration nécessaire sous des formes variées ».
D’ailleurs, de tels projets de collaboration et de partenariats sont légion dans les pays développés.

En tout cas, s’il y a un domaine particulier de l’université sur lequel l’entreprise pourrait s’appuyer pour accroître sa productivité et son avantage concurrentiel, c’est bien celui de l’innovation car, à l’origine, l’université avait trois (3) missions: la recherche, le développement et l’innovation auxquelles s’est récemment ajoutée la participation au développement de la culture scientifique.
Sous cet aspect, l’université qui possède les outils de la recherche et le développement peut impulser l’innovation au sein de l’entreprise et cette dernière, à son tour, de par les moyens financiers qu’elle pourrait mettre à disposition pour financer la recherche.
En outre, de par ses activités, l’entreprise apporte une meilleure connaissance des besoins et les tendances du marché, notamment de l’emploi.

A ce titre, elle offre la possibilité de mieux orienter l’enseignement et la formation afin d’améliorer les contacts étudiants-entreprises et faciliter ainsi leur recrutement.
Mais, alors, si l’université demeure une clé pour la croissance des entreprises, pourquoi les employeurs rechignent-ils à donner leur chance aux étudiants diplômés? On dit parfois qu’un jeune diplômé est débordant d’énergie et prêt à tout donner pour se faire un nom lorsqu’il débute sa carrière. Dans ce cas, pour quelles raisons, les employeurs refusent de tirer parti de ce dynamisme bouillonnant dont débordent les jeunes diplômés?
Par ailleurs, les compétences non-cognitives ou soft Skills sont-elles acquises seulement dans un contexte professionnel, puisque c’est leur absence chez les jeunes diplômés que les employeurs évoquent constamment?

Bref, il y a beaucoup d’idées préconçues auxquelles il faut ouvrir les yeux des employeurs car, force est de constater qu’à travers les diverses attitudes et capacités propres aux études universitaires que l’étudiant est contraint de développer pour « survivre » ainsi que les divers travaux et projets auxquels il est soumis pour l’obtention de son diplôme, ce sont autant de compétences, à la fois techniques et non-techniques, et d’atouts comportementaux indéniables qui font de lui une valeur apte à l’emploi.
Il faudra, parfois, bien entendu, opérer quelques petits ajustements, ce qui est normal, mais, dans l’ensemble, il possède les capacités essentielles pour s’adapter à son nouveau rôle, du moins pour les postes ne demandant pas de qualifications pointues.
Ceci étant donc, les employeurs ne devraient pas minimiser ou même sous-estimer les compétences des entrants sur le marché de l’emploi; ils gagneraient plutôt à en profiter.

Oussou Kouamé Rémi, Enseignant-chercheur à l’Université Alassane Ouattara-Bouaké et Doyen du Campus 2 de l’université internationale Clairefontaine- Expert en emploi et employabilité de l’étudiant

Akondanews.net

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