Monde /Sommet Afrique-France : Nouveau format de coopération avec la jeunesse africaine

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Du 7 au 9 octobre s’est ouvert à Montpellier, le nouveau format Afrique-France où place a été faite pour la première fois de l’histoire des sommets France-Afrique à la jeunesse africaine, représentée par des acteurs du changement (entrepreneurs, intellectuels, chercheurs, artistes, sportifs, créateurs, influenceurs…).

Selon les organisateurs de ce sommet, le Nouveau Sommet Afrique-France veut questionner et redéfinir les fondamentaux de la relation entre la France et le continent africain en écoutant la jeunesse, en répondant à ses interrogations et en créant un nouvel espace de dialogue orienté vers l’avenir.

Les Dialogues Afrique-France, animés par Achille Mbembe (philosophe, politologue, historien) et un comité de personnalités africaines ont mis en « confrontation directe » le vendredi 8 octobre dernier le président français Emmanuel Macron et des jeunes africains issus de onze pays d’afrique en présence de plusieurs invités sur plusieurs questions liées au franc CFA, au Sahel, à la France-Afrique, à l’aide au développement, au sort des migrants dans la Méditerranée, à la restitution des œuvres d’arts pillées au Bénin, à la réduction du nombre de visas pour les ressortissants du Maghreb.

Au titre des interventions au cours du panel, il faut noter que Ragnimwendé Eldaa Koama,du Burkina-Faso a laissé entendre à Macron que « si la relation entre les pays d’Afrique et la France était une marmite, sachez qu’elle est très sale, cette marmite. Elle est sale de reconnaissance légère des exactions commises, elle est sale de corruption, de non transparence, de vocabulaire dévalorisant, elle est sale, monsieur le Président ! Je vous invite à la récurer » avant d’ajouter parlant de l’aide au développement que « Cela fait près d’un siècle que votre aide au développement se balade en Afrique. Ça ne marche pas. Sachez que l’Afrique se développera par elle-même, par le potentiel local et celui de la diaspora et certainement dans l’interdépendance avec les autres nations de la planète, mais surtout à travers des collaborations saines, transparentes, constructives. Il y a des têtes bien faites, il y a des investisseurs aussi en Afrique. Nous innovons déjà en Afrique. Et si ce n’est pas constructif dans cette relation qu’on imagine, on n’en veut pas ».

Pour l’activiste malienne Adam Dicko abordant la responsabilité de la France au Sahel et  dénonçant un discours “paternaliste” de Macron, sans langue de bois a déclaré à Macron. « Monsieur le Président, vous dites tout le temps que sans l’intervention de la France, il n’y aurait pas de gouvernement au Mali. Sachez bien que sans l’Afrique, la France n’existerait pas. Nous sommes liés par l’histoire et vous devez cesser de faire croire que vous voulez aider les Africains. Nous devons plutôt parler de partenariat. L’Afrique n’est pas un continent de misère ou de chômage, mais un continent jeune, optimiste, enthousiaste », assène-t-elle.

Sur la question de l’intervention française au Mali, elle a dit  que « la présence de la France au Sahel est la conséquence de l’intervention de la France en Libye qui à l’époque a ignoré l’Union africaine ».

 « Bousculé », comme l’a reconnu Emmanuel Macron par les nombreuses interventions des jeunes africains, il s’est fait fort d’apporter quelques réponses qui ont laissé l’ensemble des panelistes sur leur faim, précisément sur le soutien de la France aux dictateurs africains et le pardon à adresser aux africains.

Tout en reconnaissant « la responsabilité immense de la France dans le commerce triangulaire et la colonisation », le président Macron s’est de nouveau refusé à demander pardon, privilégiant « un travail de vérité » et non de « honte de soi et de repentance ». « Nous avons une dette envers l’Afrique », « un continent qui fascine le monde entier, qui parfois en effraie d’autres », dit-il.

En ce qui concerne le Mali, il a réitéré une position déjà exprimée par les autorités françaises relative au retrait de la force militaire Barkhane.

« La France n’a pas vocation à rester dans la durée au Mali. C’est pour ça que nous sommes en train de fermer des bases. À Tessalit ou à Kidal (nord du Mali), notre travail n’est pas d’avoir des bases militaires. Ce que je veux, c’est qu’on retire les bases militaires le plus vite possible, mais ça suppose un retour d’un État fort et des projets d’investissement, pour que les jeunes ne se tournent pas, dès que les groupes terroristes reviennent, vers le pire », précise-t-il.

Sur la question du 3ème mandat, le chef d’Etat français interpelle directement le représentant de la Guinée.

« Le 3e mandat dans votre pays, je l’avais condamné avant, au moment et après des élections. Je l’avais condamné publiquement dans toutes mes déclarations », dit-il. Et d’ajouter « qu’est-ce je pouvais faire d’autre ? Nous ne pouvions pas faire d’intervention ou d’ingérence. On a réduit beaucoup la coopération gouvernement-gouvernement pour la remettre vers des ONG, des associations et autres. Sur le coup d’Etat, on a soutenu la position de la CEDEAO ».

Se voulant un cadre d’échanges constructifs, le panel a tenu ses promesses en réussissant à mettre en difficulté Emmanuel Macron et à faire bouger les lignes pour la définition de nouveaux paradigmes de coopération entre Paris et ses ex colonies.

Par ailleurs, plusieurs frustrations ont été notées en marge de ce sommet, à en croire certains jeunes africains. « Nous sommes coincés entre un discours condescendant occidental qui veut éduquer les Africains et un discours de nos gouvernements affirmant que les Occidentaux veulent imposer leurs valeurs », a déploré une jeune étudiante de l’université Aix-Marseille, Habiba Issa Moussa, d’origine nigérienne.

Tandis que pour  la Burkinabè Sibila  Samiratou Ouedraogo « les questions essentielles ici, ce n’est pas l’entrepreneuriat ou le sport, c’est la politique ! » fustigeant « la relation de dépendance » de l’Afrique à la France.

Évoquant la décision récente de Paris de réduire drastiquement le nombre de visas pour les Algériens, les Marocains et les Tunisiens, Mehdi Alioua, professeur de Sciences politiques à Rabat, a déploré une « punition collective » et dénoncé la politique des visas comme un « système d’humiliation et de vexation », sous les applaudissements de l’assistance.

Emmanuel Macron, bien avant la tenue du panel, sur le stand consacré aux restitutions d’œuvres pillées, le chef de l’État a annoncé que la France redonnerait fin octobre au Bénin 26 œuvres d’art provenant du « Trésor de Béhanzin », pillé au palais d’Abomey en 1892 pendant les guerres coloniales. De ce fait, il entend mettre en œuvre un engagement pris en novembre 2018, dans le cadre de cette « nouvelle relation » que la France entend nouer avec le continent et dont les restitutions constituent l’un des points saillants.

A l’issue du Sommet, le président français a promis, la création d’un fonds destiné à soutenir les initiatives de promotion de la démocratie, des programmes permettant une plus grande mobilité étudiante, ou la mise en place d’un « forum euro-africain sur les migrations ».

Le Nouveau Sommet Afrique-France, qui s’est tenu sans la présence de chefs d’Etats africains, intervient dans un contexte fortement marqué par un « désamour » entre Paris et nombre de pays africains ces dernières semaines et où de plus en plus, les jeunesses africaines entendent tourner la page des « vieilles gardes » qui embastillent l’avenir des nouvelles générations pétries de talents et d’ambitions pour le rayonnement du continent africain.

Sauf que, Paris n’entend pas de si tôt abandonner ses ex colonies qu’il continue de piller avec la complicité de ses hommes liges qu’il installe au sommet de l’Etat par moment par coups de canons.

Du Sommet France-Afrique au nouveau Sommet Afrique-France, l’on peut aisément comprendre qu’il s’agit d’un jeu de mots avec de nouveaux acteurs plus « rebelles » et « passionnés » que la France sert au continent africain.

Pour rappel, le panel de jeunes Africains qui ont interpellé le chef de l’État français avait été sélectionné à l’issue de dialogues menés pendant des mois à travers le continent par l’intellectuel camerounais Achille Mbembe et son équipe. Aussi, les différentes résolutions seront remises au président français.

La France saura t-elle changer de paradigmes et donner suite aux « injonctions » de la jeunesse africaine ?

Adingra OSSEI

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