Mamove, Beni, Ituri : quand l’échec sécuritaire devient une crise politique majeure

DOSSIER SPÉCIAL / ÉDITORIAL – AKONDANEWS

Image

Image

 

Image

Ce qui s’est produit à Mamove, dans le territoire de Beni, le 1er février 2026, ne relève plus du simple fait divers sécuritaire. Le massacre de civils attribué aux ADF marque une ligne rouge franchie une fois de trop dans l’est de la République démocratique du Congo. Il oblige à dépasser l’émotion et à poser une question fondamentale : l’État congolais est-il encore en mesure d’assurer sa mission première, celle de protéger ses citoyens ?

Plus de trente morts, des maisons incendiées, des familles décimées, des disparus. Le tout dans une zone officiellement sous état de siège, militarisée et intégrée à une opération conjointe avec l’Ouganda. Cette contradiction brutale — forte présence militaire, faible protection des civils — résume l’impasse actuelle.

I. Le massacre comme symptôme, non comme exception

Image

Image

Image

Image

À Mamove comme à Beni, Lubero, Irumu ou Mambasa, les attaques suivent un schéma désormais connu : incursions nocturnes, violence extrême contre les civils, retrait des assaillants, puis communication officielle et opérations de ratissage tardives. Cette répétition transforme l’horreur en routine et révèle un échec structurel, non un accident ponctuel.

La barbarie des ADF est incontestable. Mais s’y arrêter revient à occulter l’essentiel : l’incapacité chronique à anticiper, alors même que les menaces sont connues, documentées et parfois signalées par les populations locales.

II. Analyse sécuritaire : des failles profondes et persistantes

Image

Image

Image

Image

Sur le plan strictement sécuritaire, plusieurs faiblesses majeures se dégagent :

  • Renseignement défaillant : l’absence d’un dispositif efficace de renseignement communautaire empêche la détection précoce des mouvements ennemis.
  • Stratégie réactive : les opérations interviennent après les massacres, rarement en amont. Cette logique favorise une guerre d’usure asymétrique.
  • Protection des civils reléguée au second plan : la sécurisation durable des villages et axes n’est pas au cœur du dispositif.
  • Manque de redevabilité : ni l’état de siège ni les opérations conjointes ne s’accompagnent d’une évaluation publique des échecs et des responsabilités.

Résultat : les ADF conservent leur capacité de nuisance, tandis que les civils demeurent les principales victimes.

III. Chronique politique : l’État face à sa propre défaillance

Image

Image

Image

Image

Au-delà des armes et des stratégies, Mamove pose une question politique centrale. Un État qui ne protège plus devient illisible aux yeux de sa population. Dans le « Triangle de la mort », l’état de siège est vécu comme une abstraction administrative, voire comme une promesse trahie.

Les populations ne demandent pas des communiqués, mais des actes. Elles ne réclament pas des chiffres, mais une présence protectrice réelle. À défaut, la défiance s’installe, la légitimité s’érode et le discours souverain perd toute crédibilité.

IV. L’impératif d’un changement de paradigme

La lutte contre les ADF ne peut plus se limiter à une logique militaire classique. Elle exige :

  • une refonte du renseignement, fondée sur la confiance avec les communautés locales ;
  • une priorité absolue à la protection des civils ;
  • une clarification des responsabilités militaires et politiques ;
  • une évaluation transparente de l’état de siège et des opérations conjointes.

Sans ce changement de paradigme, chaque nouveau massacre viendra confirmer une vérité dérangeante : la crise sécuritaire est devenue une crise de gouvernance.

Conclusion éditoriale : Mamove, ou le test de la responsabilité

Image

Image

Image

Image

Mamove n’est pas seulement un lieu de deuil. C’est un test. Un test pour l’État congolais, pour ses institutions sécuritaires, pour sa capacité à tirer les leçons de ses échecs. Le sang des civils ne peut plus être le prix tacite d’une stratégie inefficace.

Justice, vérité et protection effective des populations ne doivent plus être des formules répétées après chaque tragédie, mais des engagements concrets, mesurables et assumés.

Faute de quoi, l’est de la RDC continuera de sombrer dans une violence cyclique, et l’État, dans une perte irréversible de crédibilité là où elle compte le plus : auprès de ses propres citoyens.

Akondanews
Dossier spécial – Éditorial & Analyse sécuritaire
Correspondance : Est de la RDC

Laisser un commentaire

Traduire»