MALI : Le premier ministre Choguel Maïga dénonce la France à l’Assemblée générale des Nations Unies

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A la tribune de la 76ème Assemblée générale des Nations unies, le premier ministre malien du gouvernement de transition Choguel Maïga, a accusé ouvertement le samedi 25 septembre dernier, la France d’avoir abandonner de façon unilatérale le peuple malien dans le cadre de la lutte contre le terrorisme en décidant de retirer Barkhane des théâtres des opérations au Mali.

Présente au Mali dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, la force française Barkhane avec un effectif officiel de 5.100 soldats, se prépare à quitter le sol malien, tel que annoncé par son commandant en chef, le président de la république française, Emmanuel Macron.

Les militaires français doivent ainsi quitter d’ici décembre les bases de Kidal, Tessalit et Tombouctou, dans le nord du Mali, et le nombre de troupes françaises déployées au Sahel devrait passer de plus de 5.100 hommes actuellement à 2.500 ou 3.000 d’ici 2023.

Mali, très remonté de l’annonce faite par Paris a par la voix de son premier ministre Choguel Maïga déploré un “manque de concertation” et une annonce “unilatérale” sans coordination tripartite avec l’ONU et le gouvernement malien.

Pour  le Premier ministre,  la situation sécuritaire au Mali ne s’est absolument pas améliorée malgré les forces étrangères sur le terrain et les habitants continuent à souffrir de ces menaces jihadistes. Du coup, Bamako a fait de la sécurité sa priorité numéro une, encore plus après avoir été abandonnée par les hommes de Barkhane.

Par ailleurs, au regard de la décision de Paris, sans faire cas de l’entreprise Russe Wagner, le premier ministre malien a déclaré que « La nouvelle situation née de la fin de Barkhane, plaçant le Mali devant le fait accompli et l’exposant à une espèce d’abandon en plein vol, nous conduit à explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de manière autonome avec d’autres partenaires », avant de réclamer aussi « une posture plus offensive » des 15.000 Casques bleus de la mission Minusma face à une menace jihadiste accrue au Sahel.

Toutefois, la volonté des autorités maliennes de faire recours à d’autres partenaires pour assurer la sécurité des maliens, est jugée inacceptable par la France et treize autres pays européens, impliqués pour certains dans la coalition de forces spéciales Takuba au Mali.

Une éventuelle implication de l’entreprise privé Wagner, déjà présente en Libye et en Centrafrique pour le compte de Moscou selon Paris, dans la lutte contre le terrorisme au Mali obligerait donc certains pays européens à réexaminer leur présence militaire au Mali.

L’UE très incisive sur la question d’une éventuelle présence de Wagner au Mali, n’a pas hésité à affirmer qu’une telle posture affecterait “sérieusement” ses relations avec Bamako.

En revanche les autorités russes qui réagissaient par la voix de Sergueï Lavrov, au cours d’une conférence de presse à l’ONU ont indiqué que Bamako avait approché « des sociétés privées russes » et que cela ne concernait en rien le gouvernement russe.

« Tout cela se fait sur une base légitime, entre un gouvernement légitime, reconnu par tous et des entités qui fournissent des services à travers des spécialistes étrangers », a t-il laissé entendre avant d’ajouter que « Les autorités maliennes se sont tournées vers une société militaire privée russe parce que, si je comprends bien, la France veut réduire significativement ses forces militaires qui devaient combattre les terroristes à Kidal  (nord). Les Français n’y sont pas arrivés et les terroristes continuent de régner dans cette région ».

 « Au niveau gouvernemental, la Russie contribue aux capacités de défense militaires du Mali » a aussi affirmé Sergueï Lavrov, évoquant la fourniture d’“équipements militaires techniques”. Et d’estimer que « ce serait mieux de synchroniser l’action de l’Union européenne et de la Russie dans la lutte contre le terrorisme, non seulement au Mali mais aussi dans la région du Sahel et du Sahara »

Il faut rappeler que la France, engagée depuis janvier 2013 au Sahel et qui a perdu 52 militaires au Sahel, dont le dernier vendredi 24 septembre dernier, a décidé de réorganiser sa présence militaire autour d’un dispositif plus resserré, centré sur des frappes ciblées contre les chefs djihadistes et sur l’accompagnement des armées locales et de se retirer progressivement du Mali d’ici 2023.

Le Mali doit il renier sa puissance souveraine en matière d’engagements contractuels au profit des puissances occidentales qui peinent à lutter contre le terrorisme sur son sol ?

Adingra OSSEI

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