Les élections de mi-mandat américaines : sous la vaguelette républicaine, des fractures abyssales

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Il aura fallu attendre plus d’une semaine pour que la majorité républicaine à la Chambre des Représentants soit confirmée.

Sur 435 sièges, 429 étaient attribués le 16 novembre au soir donnant la majorité minimale (218) au Parti Républicain. On votait aussi pour renouveler un tiers du Sénat (la chambre haute) qui devrait rester aux mains du parti démocrate. Cette année encore, la plus puissante démocratie du monde a montré un triste visage : certains États comme l’Arizona et le Nevada ont mis plus d’une semaine à compter les bulletins dans un climat de confusion. La Floride, et ses 7 millions d’électeurs (plus que la somme des 2 États susnommés), a publié ses résultats dans les heures suivant le scrutin…

Ces élections de mi-mandat (« midterm ») sont une grande déconvenue pour le Parti républicain. Tous les sondages le donnaient largement gagnant pour prendre le contrôle des deux chambres. Il a remporté le vote populaire avec 51.4% contre 47.1% chez son adversaire démocrate. On était dans la situation exactement inverse il y a 2 ans : le parti de Joe Biden avait remporté 51.3% des scrutins. Ces « midterms » sont traditionnellement une revanche pour le parti défait lors de la présidentielle précédente. On attendait un tsunami rouge (couleur des Républicains) alors que la cote de popularité de Joe Biden est catastrophique : un sondage de CNN indiquait avant le vote que 73% des Américains étaient mécontents du bilan de leur président…

L’explication de cette contre-performance tient à plusieurs facteurs selon Michael Barone . Le découpage électoral joue un rôle prépondérant : c’est une priorité du parti au pouvoir pour favoriser les chances de réélection. L’argent aussi : le milliardaire Georges Soros est le premier donateur du parti démocrate en 2022, avantageant les plus radicaux (300 millions de dollars de dons). La présence encombrante de Donald Trump, qui a affiché son soutien à plusieurs candidats, a été une aubaine pour les démocrates qui ont pu jouer la partition de la diabolisation à outrance. L’ancien président a été aussi un épouvantail repoussant les votes d’indépendants ou de républicains modérés. Le parti de Joe Biden a également misé sur les divisions idéologiques en se présentant comme garant du droit à l’avortement après que la Cour Suprême, dominée par des juges conservateurs, a annulé en juin une jurisprudence vieille de 50 ans en confiant aux États le droit de légiférer sur ce sujet. Cette victoire des conservateurs a servi les libéraux pour rameuter les votes de leur camp.

Cette vaguelette de l’opposition ne doit pas cacher les divisions toujours plus profondes dans le pays. Raciales d’abord… Les Blancs (73% des électeurs) ont voté à 58% pour les Républicains. Les Noirs ont voté à 86% pour les Démocrates. Globalement, les minorités raciales ont voté à 68% pour les Démocrates. Une fracture des générations aussi : on aurait eu une vague républicaine si seuls les plus de 30 ans avaient voté. Or, la « génération Z » des 18 – 29 ans – qui a connu le wokisme des universités – a massivement porté ses voix sur les Démocrates : 70% !. La promesse de Joe Biden de financer les études universitaires a été un effet d’annonce efficace pour cette tranche d’âge alors même qu’elle a peu de chances d’être approuvée. Les femmes célibataires ont voté à 68% pour la gauche quand 56% des femmes mariées ont voté Républicain. Une fracture sociologique s’accentue entre les grandes métropoles libérales et le reste du pays… Le soutien à l’Ukraine est le seul point qui rassemble une majorité d’Américains, et renforce la position de la Maison Blanche.

Cette victoire très décevante pour les Républicains démontre les divisions au sein du parti. Plusieurs candidats au Sénat soutenus par Donald Trump ont perdu parce que Mitch McConnell, chef du groupe républicain à la chambre haute, a refusé de contribuer au financement de leurs campagnes. Les cas du Nevada et de la Pennsylvanie sont parlants : les candidats républicains avaient des fonds bien inférieurs à ceux de leurs adversaires. La suite s’annonce compliquée car Donald Trump a annoncé le 15 novembre son intention de se représenter en 2024 malgré les résultats décevants de ses poulains. Il veut devancer ses ennemis au sein de l’appareil du parti et surtout contrer la star montante : Ron DeSantis, le gouverneur de Floride réélu triomphalement. Ce dernier a fait basculer un État traditionnellement « pivot » (disputé entre les 2 partis majeurs) en bastion républicain. Plus jeune et moins outrancier que Trump, il n’a pas encore d’assise nationale.

Le parti démocrate a quant à lui remporté une victoire « à la Pyrrhus »… Il a réussi à limiter ses pertes mais le renversement du vote populaire a de quoi l’inquiéter pour 2024. Il est aussi très divisé entre radicaux wokistes et modérés. C’est une gérontocratie à sa tête avec un président aux capacités déclinantes qui parle de se représenter… Comment le « débrancher » alors qu’aucune figure capable de rassembler n’émerge pour l’instant ? Enfin, le scandale de la faillite de FTX (crypto-monnaie), deuxième financier du parti, vient d’éclater…

Source: JSDL (Ludovic Lavaucelle)
Akondanews.net

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