Le Mali et la redefinition des rapports entre la France et l’Afrique

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L’expulsion de l’ambassadeur français en poste au Mali par la junte militaire au pouvoir est un acte politique majeur qui inaugure une nouvelle ère dans les relations entre la France et l’Afrique. Cet acte inédit exprime un courage politique sans précédent et entre en parfaite résonance avec l’aspiration des peuples africains de voir leurs Etats changer les rapports qu’ils entretiennent avec la France.

Plus rien ne devrait se passer comme avant, la France doit apprendre à respecter les Etats africains et à s’abstenir des ingérences intempestives dans leur souveraineté nationale.

Le principe sacro-saint de l’égalité des Etats doit prévaloir sur l’arrogance et le mépris que la France affiche vis-à-vis des pays africains, fussent-ils ses anciennes colonies. La taille, l’histoire et la puissance ne peuvent constituer les critères au regard desquels les Etats, qui sont égaux auprès des Nations Unies, devraient mériter ou non le respect et la considération.

Depuis la fin de la colonisation, la France n’a jamais pu se rendre à l’évidence que l’Afrique a évolué et qu’elle doit adapter ses rapports avec les États africains au contexte mouvant et au changement des mentalités qui s’opère au sein des élites et de la jeunesse. Au lieu de reconsidérer ses positions à l’endroit de l’Afrique et s’inscrire dans un véritable aggiornamento, la France a préféré le subterfuge qui consiste à s’allier aux institutions régionales (CEDEAO, UEMOA…), à les manipuler pour faire passer ses desseins, à maintenir le statu quo (les bases militaires, le franc CFA, un discours inapproprié) et à coopter des organisations de la société civile africaine dans une kermesse qu’elle essaie de substituer aux sommets France-Afrique, devenus ringards et anachroniques.

L’avènement au pouvoir du président Emmanuel Macron et la nomination à la tête de la diplomatie française de Jean-Yves Le Drian ont renforcé cette vision de la France paternaliste et méprisante vis-à-vis de l’Afrique. Le chef de la diplomatie française parle au pays africains comme à des départements de la France, et moins encore, puisqu’il peut les agonir d’injures à loisir, en se fichant éperdument de leur souveraineté nationale. Il ne s’est pas embarrassé de dire que « La France a fait pression sur le président Talon » dans le dossier des condamnés pour actes de terrorisme.

Pourtant, Jean-Yves Le Drian sait qu’il n’a pas le droit de commenter les décisions de justice d’un autre Etat, cela relève de la souveraineté nationale. Dans la même veine, il a qualifié la junte au pouvoir au Mali de « pouvoir illégitime qui prend des décisions irresponsables.» Ces propos irrespectueux et même avilissants sont venus renchérir ceux tenus précédemment par le président Macron qui a déclaré urbi et orbi que « la légitimité du chef de la junte et de son premier ministre est quasi-nulle. » Ces sorties ont enfoncé le clou des menaces proférées contre le Mali par la ministre française des armées, Florence Parly, qui a fulminé contre la volonté de la junte de se rapprocher de la Russie, comme si le Mali n’avait pas le droit de choisir ses partenaires.

Cet acharnement contre le pouvoir malien, dont les entités principales sont traitées de tous les noms d’oiseaux, est inadmissible quand on sait que le président Macron a fait une chaude accolade au fils D’Idriss Déby, alors que celui-ci a été porté au pouvoir au Tchad, en violation de la constitution. Est-il possible d’accepter cette politique de deux poids deux mesures ? Nul n’ignore que l’Elysée soutient les dictateurs africains à qui elle déroule le tapis rouge sans aucune gêne.

Tout le monde sait aussi que la France définit sa politique en fonction de ses intérêts et non dans le respect des peuples et des règles qui régissent les rapports entre Etats. Elle est tout simplement restée fidèle à la maxime du premier ministre britannique Disraeli, repris par le gal de Gaulle, qui dit : « Les Etats n’ont pas d’amis ils n’ont que des intérêts. » La politique que la France met en œuvre en Afrique est polluée par cette idée malsaine des élites françaises qui croient dur comme fer que le continent noir n’est pas l’égal de l’Europe et qu’en l’espèce il ne mérite pas de respect. Cette perception de l’Afrique et de sa politique par la France a été à maintes occasions exprimée par les présidents successifs de la République française.

Par Fulbert Sassou ATTISSO

 Ecrivain et consultant en communication

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