Le LMD à l’ivoirienne contribue-t-il au développement professionnel de l’étudiant ?

Le nouveau système éducatif licence, master et doctorat (LMD) a officiellement été adopté dans les universités publiques ivoiriennes en 2012 bien que cette réforme ait été introduite depuis 2009. Qu’est-ce que le LMD et que dit-il en substance?
Le LMD est une réforme pédagogique qui vise « l’harmonisation du schéma des études post-Bac avec plusieurs pays à travers le monde »

Une de ses caractéristiques est qu’elle organise les études supérieures en trois cycles, c’est-à-dire licence-master-doctorat et chaque cycle correspond à un grade universitaire.
En outre, l’obtention des diplômes est liée au nombre de semestres d’études accomplis depuis l’entrée dans l’enseignement supérieur, chaque semestre étant composé de 30 crédits ECTS (European Credits Tranfer System) « capitalisables et transférables » d’un pays à l’autre.
Ainsi, la licence se prépare en six semestres, soit l’obtention de 180 ECTS tandis que le master se valide en quatre semestres avec 120 ECTS.
Le système LMD qui a vocation à devenir le référentiel international commun de la totalité de l’offre de formation supérieure a ainsi permis l’uniformisation des différents cycles d’étude et la reconnaissance des diplômes entre les pays tout en facilitant la mobilité des étudiants dans le reste du monde.
Sur la base des unités d’enseignement (UE) en tant « matière ou ensemble de matières choisies pour leur cohérence… », le LMD est un dispositif taillé pour favoriser la professionnalisation des cursus universitaires en cherchant à répondre à la fois à la demande économique ambiante et à celle des étudiants qui souhaitant « optimiser leur investissement ».
Pour autant, à la lumière de ce qui se passe dans les universités publiques ivoiriennes, il y a fort à parier que cette réforme est à des années lumières de ses normes.
Il est vrai que même si les textes fondateurs de cette réforme paraissent en 2002 et que son application sur le terrain tâtonne parfois, même dans les systèmes éducatifs les plus avancés, il se pose une question pour les universités ivoiriennes: pourquoi opter pour un système pour lequel on n’a pas été préparé?
Car, à la vérité, s’il y a eu changement en comparaison du système dit traditionnel, c’est seulement les unités de valeur (UV) qui ont été remplacées par les EU, pour ne citer que cette distorsion.
Pour le reste, ce sont des emplois du temps surchargés qui laissent peu de temps à l’étudiant pour s’adonner à des activités extracurriculaires pourtant nécessaires pour l’enrichissement de ses expériences, le manque d’équipements et d’infrastructures, l’absence de financement, le tout ne favorisant nullement l’employabilité de l’étudiant diplômé.
Par ailleurs, l’un des principes du LMD était d’associer étroitement le monde productif non à l’élaboration des contenus curriculaires mais encore à la dispensation de certains cours qui ressortent du domaine professionnel mais il n’en est rien.
L’examen de certaines maquettes, en effet, fait, certes, apparaître des cours à vocation opérationnelle dans des cours comme «l’entrepreneuriat », « l’entretien d’embauche », etc., ce qui dénote visiblement de l’intention de l’université de collaborer avec le monde professionnel mais, dans la pratique, ce sont des sujets qui sont toujours et encore dispensés par les enseignants-chercheurs eux-mêmes.
Or l’ouverture de l’université sur le monde socio-économique est indispensable à plus d’un titre car outre le transfert de connaissances de l’université à l’entreprise et le financement des activités de recherches dont l’université peut bénéficier de la part de l’entreprise, la collaboration de l’alma mater avec le monde du travail, à quelque niveau ou stade que ce soit, aura l’avantage unique d’offrir aux étudiants d’immenses opportunités d’apprentissage expérientiel, d’acquisition de compétences opérationnelles afin d’améliorer leur employabilité et favoriser leur insertion professionnelle; ce qui constitue le but ultime pour lequel ils sont formés.

Oussou Kouamé Rémi, Enseignant-chercheur à l’Université Alassane Ouattara-Bouaké et Doyen du Campus 2 de l’université internationale Clairefontaine- Expert en emploi et employabilité de l’étudiant

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