La CÔTE D’IVOIRE va mal parce que l’école ivoirienne va mal.

Madame le Professeur Mariétou KONÉ, le jeudi 1er juin 2021 dernier, vous avez posté sur les réseaux sociaux la rencontre que vous aviez eue avec votre homologue du Sénégal.

Cette rencontre avait un but clair. Je vous laisser parler :

« Dans le cadre des états généraux de l’école ivoirienne, j’ai entamé une série de consultations avec les acteurs locaux et internationaux.

Ce jeudi, à Dakar,  j’ai eu une séance de travail avec mon homologue sénégalais Mamadou Talla.

Je me réjouis de la qualité de nos échanges et des résultats des travaux thématiques des équipes ivoirienne et sénégalaise ». Pr Mariatou Koné.

En lisant ce communiqué, vous semblez donner espoir en ce qui concerne le devenir de l’école Ivoirienne.

C’est pourquoi, en tant qu’enseignant, je me permets de faire cette publication afin d’apporter ma modeste contribution et certainement ouvrir le débat sur cette l’école ivoirienne en agonie.

1. UNE SITUATION PEU RÉLUISANTE DE L’ÉCOLE AVANT VOUS.

Même si l’on dit que comparaison n’est pas raison, il sera impossible de faire les états généraux de l’école sans faire au préalable l’état des lieux. Pour le faire, je vais m’appuyer sur deux documents de la Direction des Stratégies, de la Planification et des Statistiques (DSPS), celui de poche 2018-2019 et le rapport d’analyse statistique du système éducatif ivoirien 2020.

Madame la ministre Mariétou KONÉ, vous savez comme moi que l’école Ivoirienne va mal.  Regardons ensemble quelques données publiées dans le document de la Direction des Stratégies, de la Planification et des Statistiques (DSPS). Dans ce document (téléchargeable portant le titre de Statistiques Scolaires de Poche 2018-2019), à la page 4, il y a le mot de votre prédécesseur (l’ex-ministre) Mme Kandia CAMARA. Ce qui signifie qu’elle était informée de ce qui suit.

En effet, à la page 29, il est noté que  “1 141 942 élèves du primaire ne disposent pas d’extrait d’acte de naissance en 2018-2019 [Ce qui représente 28,52 % d’élèves] contre 1 080 240 cas en 2017-2018”.

Ce qui représente une augmentation de 5,4 % en une année.

À la page 48, il est mentionné ceci:

*73% d’écoles (soit 66% d’ élèves) sont sans électricité.

*56,4% d’écoles (soit 51% d’élèves) sont sans latrines (WC) fonctionnelles.

*62% d’écoles (soit 54,9% d’ élèves) sont sans points d’eau.

*83,7% d’écoles (soit 81,7% d’ élèves) sont sans lave-mains.

Si le secondaire général est mieux loti que le primaire, il n’en demeure pas moins le nombre d’élèves par enseignant est élevé 34 (61.338 enseignants pour instruire 2.110.499 élèves). Le nord est mal équipé. Deux exemples.

KABADOUGOU

Il y a 40 % d’écoles qui ont une clôture, 40% qui une salle multimédia, 90% qui ont un point d’eau, 75% qui ont des toilettes élève 95% qui ont l’électricité.

WORODOUGOU

Il y a 38 % d’écoles qui ont une clôture, 19% qui une salle multimédia, 61% qui ont un point d’eau, 52% qui ont des toilettes élève 47,6% qui ont l’électricité.

Or dans le second document de DSPS, (rapport d’analyse statistique : système éducatif ivoirien 2020), l’on nous apprend, à la page 17 ceci: « Le budget alloué au secteur Éducation-Formation en 2018 en Côte d’Ivoire s’élève à plus de 1 285 milliards de F CFA, soit 19% du budget global du pays. »

Question à quoi a réellement servi cette somme ?

Dans ce même document, à la page 36, il est indiqué les régions administratives du Folon, de Boukani, du Bafing et du Guémon ont une insuffisance de leurs capacités à accueillir tous les enfants au secondaire inférieur à 50%. Et pourtant, nous observons, à la page 46, sur 191 collèges construits de 2015 à 2019, il eut:

7 dans le Boukani, 5 dans le Bafing et le Guemon, 2 dans le Folon. Par contre dans la région du Poro, c’est 17 collèges qui y furent construits. L’idée ici n’est pas de dire pourquoi, on a construit 17 dans le Poro, mais plutôt de dire qu’il fallait construire au moins 20 dans les 4 régions dont j’ai fait cas au-dessus. C’est une question d’équité.

On ne va pas rester sur ce qui fut fait. Nous allons, nous orienter vers les perspectives. Et votre idée et volonté de faire des états généraux trouvent, dans ce sens, mon assentiment. C’est pourquoi je me permets de vous faire ces quelques propositions, si elles n’ont pas encore été évoquées.

Des élèves pendant une manifestation

2.  MES MODESTES PROPOSITIONS POUR LES FUTURS ÉTATS GÉNÉRAUX DE L’ÉCOLE IVOIRIENNE.

Mme la ministre Mariétou KONÉ, au risque de me répéter, vous savez comme moi que l’école traduit l’état d’une société dans laquelle elle prend naissance. Donc, faire ces états généraux en restant cloîtrée dans le cadre strict de votre ministère ne fera que tourner en rond. Ainsi, outre les partenaires habituels (parents d’élèves, enseignants, personnels non-enseignants dans les écoles, les élèves, tous les syndicats), vous devez associer d’autres ministères: de la Santé, de l’Intérieur, de la Défense, du Budget et de la Fonction Publique.

Pourquoi donc cela ? C’est connu de tous, la Côte d’Ivoire est devenue une plaque tournante de la drogue. C’est un fléau qui est aussi voire plus dangereux que le terrorisme. Des mesures fortes s’imposent:

*Fermer tous les fumoirs sur tout le territoire national. Et, en même temps, lutter résolument contre ceux qui font entrer la drogue dans le pays (les nationaux et leurs complices étrangers).

*Créer des centres de désintoxication et d’apprentissage de métiers pour les jeunes scolarisables faisant partie des “Microbes”.

*Faire un audit des budgets alloués à l’éducation nationale, ainsi que les COGES.

* Revaloriser le salaire des enseignants.

*Élaborer un calendrier régulier clair de rencontre et d’échange avec les partenaires sociaux.

*Mettre en avant les langues maternelles, par un système d’immersion régionale, à travers un bilinguisme (français/Agni, français/Abbey, français/bheté, français/Baoulé, français/koulango, français/Sénoufo, français/Tagbana, etc).

*Donner la priorité à un contenu national et africaine: les résistances africaines à l’esclavage et au colonialisme, parler des os d’Ishango, des pyramides du Soudan et d’Égypte, etc..

CONCLUSION

Madame la ministre Mariétou KONÉ, vous vous apprêtez à lancer les états généraux de l’école ivoirienne, ce qui est une excellente chose. L’école, on le sait, constitue l’Avenir d’une Nation. Donc, cela concerne tous les IVOIRIENS sans exception. J’ose croire que ce ne sera pas une affaire de RDR:RHDP, mais de tout le monde. Et qu’à votre niveau ce n’est pas encore une  réforme qui va porter votre nom mais que ce sera une VÉRITABLE RÉFORME DONT LE BUT EST LE DEVENIR DE LA NATION. N’oublions pas les propos du président Ahmed Sékou TOURÉ « La vie d’un individu va 0 à 100 ans, celle d’une nation de 0 à l’infini ».

Fait le 4 juillet 2021

Tapé GROUBERA,

Enseignant

Président du Mouvement pour la Renaissance de l’Afrique (moraf)

Auteur du livre CES AFRICAINS ENNEMIS DES AFRICAINS.

Mail :moraf.afrique@gmail.com

AKONDA NEWS

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