INTERVIEW: Watchard Kedjebo à l’opposition ivoirienne : « Quand on a gouverné, on doit parfois faire profil bas et avoir la sagesse et non être amnésique »

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Rentré d’exile en juin 2016 après un long séjour au Ghana, à la suite de la crise postélectorale de 2011, Kouassi Ferdinand alias Watchard Kejebo, ex cadre du PDCI-RDA et membre de la galaxie patriotique qui a mobilisé des milliers d’ivoiriens dans le cadre de la résistance patriotique des années 2002 à 2011, est depuis août 2018, cadre et membre du Bureau politique du RHDP.  Dans une interview exclusive accordée à la rédaction  d’akondanews.net, Watchard Kedjebo , revient sur les raisons de la création du Congrès pour la Consolidation de la République et le Développement ( Concorde) ,les thématiques saillantes de la  5ème   phase du Dialogue politique ivoirien, la cherté de la vie,  avant d’interpeller l’opposition ivoirienne à plus de responsabilité et de réalisme pour la paix et la construction de la nation ivoirienne.

Ci-dessous l’intégralité de l’interview réalisée par Adingra OSSEI.

Akondanews.net : En août  2018, à l’hôtel Tiama naissait officiellement le Congrès pour la Consolidation de la République et le Développement (Concorde), dont l’ambassadeur Alcide Djedje en ai le président et vous Secrétaire général, concrètement, qu’est ce qui a justifié la création de cette formation politique aujourd’hui inféodée au RHDP, parti au pouvoir ?

W.K : Concorde est née d’une interpellation profonde, d’une prise de conscience, par le leader Alcide Djédjé, qui tirant les leçons de la grave crise que nous avons vécu en 2011, suite à l’appel du président Ahoussou Jeanot qui se trouvait à l’époque au Golf Hôtel qui a dit « Alcide, il y’a trop de morts dans les rues ». Cette interpellation va nous faire prendre plus conscience et partant de là, nous avons décidé au sortir de tout ce que nous avons vécu de mettre notre intelligence  et nos forces ensemble pour proposer de faire la politique autrement. Nous avons proposé à travers « Concorde » une nouvelle recette politique indiquant qu’on peut avoir des contradictions idéologiques, des désaccords, mais le plus important est de penser à consolider, protéger le pays et sauvegarder les acquis de la République.

Indiquons par ailleurs que « Concorde » qui vient apporter un sang nouveau au marigot politique ivoirien, prend tout son sens, c’est-à-dire l’Entente, l’Union, la Convivialité entre tous les ivoiriens et pour rester fidèle à l’esprit du parti, nous avons donc pour  slogan « Faire la politique autrement ».

Toutefois, beaucoup d’entre nos ex camarades et compagnons de lutte du FPI et de la galaxie patriotique ont crié à la trahison, mais le temps a fait ses effets et aujourd’hui « Concorde » a prouvé. En fait il fallait que « Concorde » soit pour être le sang nouveau du RHDP.

Akondanews.net : quel état des lieux faites vous aujourd’hui de l’implantation de « Concorde »

W.K : D’abord sachez que « Concorde » n’existe plus car étant fondu dans le RHDP comme les autres partis politiques membres. Mais je vous répondrai que « Concorde » a pris toute sa place car étant animé par des hommes d’expérience qui maitrisent parfaitement le terrain politique ivoirien. Sur toute l’étendue du territoire national, en si peu de temps, sans moyens, nous avons pu implanter « Concorde ». Partout en Afrique, en Europe et aux Etats-Unis nous avons implanté « Concorde » qui d’ailleurs a été un sang nouveau pour le RHDP.

Akondanews.net : Concrètement quel est le poids politique de « Concorde » sur l’échiquier politique ivoirien ?

W.K : Nous avons 31 délégations régionales, des comités de bases, des délégués départementaux, des délégués sous-préfectoraux, communaux sur toute l’étendue du territoire national d’une part. Nous avons des représentations partout en Afrique (Ghana, Gambie, Bénin, Togo,  Guinée, Mali, Burkina –Faso…), en Europe (France, Belgique, canada, Allemagne…) et aux USA d’autre part.  Mais je tiens à préciser une énième fois que « Concorde » appartient aujourd’hui et ce, depuis sa création à la grande famille du RHDP. Nous y sommes de façon volontaire, par conviction et sans pression aucune. Nous y sommes car nous sommes pus que convaincu du leadership du Président Alassane Ouattara qui porte une grande vision qui est celle de rassembler tous les ivoiriens autour de la mère patrie.

Akondanews.net : Comment comptez- vous convaincre les ivoiriens à croire à l’idéal que vous portez?

W.K : Vous savez, la paix ne se construit pas seule, mais à deux,  à plusieurs. En ce qui nous concerne, nous décidé de mettre notre leadership à la disposition de la nation. Hier, nous étions adversaires, mais aujourd’hui, le temps a fait ses effets. S’il n’y a pas de bonne volonté en face, vous n’obtiendrez jamais la paix. Nous avons décidé de mettre notre leadership au service de la nation, tant qu’on verra les autres comme des ennemis, ça ne marchera pas. Hier nous étions adversaires, mais aujourd’hui nous sommes ensemble pour donner un exemple afin que les ivoiriens puissent se retrouver et se réconcilier avec eux-mêmes ainsi qu’avec la nation.

C’est une obligation pour les enfants d’une nation de se réconcilier et beaucoup de nations sont passées par ces épreuves. Dans un premier temps, il s’agissait pour nous de montrer aux autres qu’il n’y a pas ‘animosité entre nous, c’est une apparence idéologique. Ce sont des conceptions idéologiques, mais face à l’intérêt de la nation, nous avons décidé de faire le pas pour le rassemblement.

En Côte d’Ivoire, nous sommes tous unanimes  du leadership du Président Alassane Ouattara, même ses adversaires se rendent comptent de sa volonté farouche de rassembler, d‘unir les ivoiriens.

Watchard Kedjebo se dresse contre la désobéissance civile à Diabo

Akondanews.net : Au RHDP, comment appréhendez-vous la question de la réconciliation nationale au regard du contexte politico-social du pays ?

W.K : En ce qui concerne la réconciliation nationale, je voudrais vous dire que depuis sa prise de fonction, son Excellence, monsieur Alassane Ouattara n’a cessé de multiplier les initiatives dans ce sens. Coup sur coup, il a créé plusieurs structures (CDVR, CPD…) et récemment la création la création du Ministère de la réconciliation nationale. La 5ème  phase du Dialogue politique s’est achevée le 04 mars dernier sous la signature historique de plusieurs partis politiques et organisations de la société civile. Le Dialogue a abordé plusieurs thématiques dont celle relative à la réconciliation nationale avant de déboucher à la remise des recommandations au Président Alassane Ouattara.

Personne ne peut nier la volonté irréversible du Président de la République de vouloir remettre les ivoiriens ensemble, à ce titre, il reste le vrai apôtre de Félix Houphouët Boigny.

Akondanews.net : Les ivoiriens dans leur ensemble ne voient pas les choses de la même façon, surtout qu’il ya encore des ivoiriens en exile, des prisonniers politiques et militaires et le cas Blé Goudé Charles qui acquitté par la CPI peine toujours à rentrer dans son pays. Qu’en pensez-vous ?

W.K : La réconciliation nationale est une réalité sous la présidence du Président Alassane Ouattara. Elle est effective et il faut qu’on évite la démagogie.

Je suis étonné, moi-même qui vous parle, je suis un ex exilé. Le Président Ouattara a tendu et continu de tendre la main à tous, même aux exilés, mais tout est une question de processus. Que l’opposition ivoirienne ait une dose de responsabilité, il ne faut pas qu’on ruse avec les problèmes qui sont si importants pour la vie de la nation. Au Dialogue, cette opposition a été mise à nu.

En dehors de Blé Goudé et Soro Guillaume, tous les leaders politiques ivoiriens sont rentrés, même le plus illustre d’entre eux ; Laurent Gbagbo est rentré au pays et est allé saluer le Président Alassane Ouattara dans une ambiance bon enfant. Nous sommes rentrés et des milliers sont rentrés à part ceux qui y sont encore pour des raisons personnelles.

La paix se fait dans la vérité, sans hypocrisie aucune. Quand le Président Alassane Ouattara prend une ordonnance pour amnistier, qu’est ce que ca traduit ?

Pour les prisonniers militaires ou politiques,  sachez que pour ceux y sont encore, c’est à la justice que revient la décision finale, la justice s’en charge et le Président de la république laisse la justice faire son travail en toute indépendance, dans le respect de la séparation des pouvoirs.

De plus, sachez qu’aujourd’hui, personne n’a son compte gelé, qu’ils disent la vérité à leurs militants. Je crois qu’il faut fermement saluer le leadership du Président Ouattara qui travaille inlassablement à la réconciliation nationale qui est un acquis. La paix est là et il nous appartient de la consolider par la volonté des uns et des autres.

Akondanews.net : La 5ème  phase du Dialogue politique ivoirien qui s’est achevée le 4 mars 2022, a fait des recommandations dans biens de domaines, de façon succincte que devons-nous savoir ?

W.K : Les recommandations du Dialogue politique ivoirien se sont singulièrement axées autour de trois principales thématiques, à savoir : La réconciliation nationale, les mesures d’apaisement de la vie politique ivoirienne et le cadre juridique et institutionnel.

Concernant la réconciliation nationale, nous avons estimé que le cadre ‘échange entre les acteurs politiques ivoiriens  devrait être pérennisé. Pour les mesures d’apaisement, il faut retenir que la question de la libération des prisonniers politiques a été soulevée et je crois que les choses vont suivre, la séparation des pouvoirs oblige le Président de la République à laisser travailler le pouvoir judiciaire.

On a aussi plaidé pour le retour illico de Charles Blé Goudé et la visite du chef de cabinet du Président de la République au frère en témoigne l’avancement des choses. On souhaite que le Président de la République continue les rencontres de haut niveau, mais sachez que c’est à lui seul que revient l’appréciation des rencontres jugées de haut niveau.

La responsabilité des leaders politiques a été engagée et une charte de responsabilité est en cours pour encadrer dorénavant la conduite des uns et des autres au cours des élections. Parce que la Côte d’Ivoire ne veut plus vivre des violences politiques suscitées  par des acteurs politiques et qui au final entrainent des morts, des blessés et des mutilés à vie.

Quant au cadre juridique et institutionnel, il faut retenir que le cadre existe bel et bien et les élections passées étaient inclusive et démocratique, sauf que l’opposition s’est elle-même autocensurée du processus. Monsieur Bédié était candidat ainsi que monsieur Affi N’Guessan, mais ils se sont volontairement retirés du processus. On ne peut pas tailler la loi à la mesure de certaines personnes. Le cadre  juridique est réel et il faut qu’on se l’approprie. Les gens doivent passer de vrais messages à leurs bases et non rester constamment dans la démagogie. Appeler à la désobéissance civile et mettre en place une CNT revient à quoi ? A part tenter un Coup d’Etat.

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Akondanews.net : Le cadre juridique, n’est il pas aussi la révision du listing électoral, le découpage électoral, la réforme de la CEI jugée partiale et déséquilibrée ?

W.K : Cette question a été aussi l’objet de débat au cours du Dialogue politique et nous sommes convaincus que cette  Commission électorale indépendante (CEI) reste la meilleure par rapport à toutes celles que la Côte d’Ivoire ait connues et étant un Etat souverain, nous n’avons pas d’injonction à recevoir de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP).

La CEI est composée de toutes les parties, nous avons même fait des ouvertures en proposant une vice présidence au PDCI-RDA et c’est une première fois que nous avons une CEI dirigée par une personne intègre, partiale, un excellent magistrat qui a une notoriété et qui n’a pas de carte de militant d’un parti politique.

Quand on a gouverné, on doit parfois faire profil bas et avoir la sagesse et non être amnésique. La CEI est équilibrée et impartiale. La révision du listing se fera, la recomposition de la CEI a commencé et bientôt on amorcera la révision du listing électoral, l’enrôlement des nouveaux majeurs aussi sera pour bientôt. A chaque étape, un calendrier.

Akondanews.net : êtes-vous convaincu de la crédibilité du système électoral ivoirien ?

W.K : Le système électoral ivoirien est très crédible. J’ai été proche du Président Laurent Gbagbo et j’ai pendant longtemps été dans les instances du PDCI-RDA, de ce fait, je suis mieux placé que quiconque pour affirmer haut et fort que le système électoral actuel est le meilleur et reste crédible. Je fais la politique depuis près de 40 ans et j’ai vu beaucoup de choses.

Avant, c’était le ministère de l’intérieur à travers les préfectures qui organisait les élections, après d’autres systèmes ont été inventés et aujourd’hui sachez que le système est consensuel, représentatif et crédible.

Akondanews.net : En Côte d’Ivoire, les crises politiques ne sont-elles pas du fait du schisme entre les trois grands leaders politiques ?

W.K : Ce sont plutôt des contradictions qui malheureusement n’ont pas été bien gérées par le passé, depuis la mort de feu Félix Houphouët Boigny. Mais tenez vous bien, le Président Alassane Ouattara est le digne successeur de Félix Houphouët Boigny et comme je l’ai dit tantôt, il est vraiment l’apôtre et les nombreux ralliements au RHDP établissent clairement ce fait.

Akondanews.net : Ces trois leaders ne devraient-ils pas se retirer au profit d’une nouvelle génération ?

W.K : Le 5 mars 2020 à Yamoussoukro, devant l’opinion nationale et internationale, le Président Alassane Ouattara a annoncé publiquement qu’il souhaitait qu’une nouvelle génération se prépare à prendre la relève. Et cette déclaration a surpris plus d’un, même nous les militants du RHDP. C’est donc la volonté du Président Alassane de se retirer pour une nouvelle génération.

Pour lui, c’est connu, mais quid des autres ? le Président a été clair en demandant aux gens de sa génération de se mettre de côté pour passer la main à une nouvelle génération. Pour l’heure, nous au RHDP, notre référent politique reste le Président Ouattara, nous le suivons, c’est lui notre leader.

Akondanews.net : Mais quelles sont les raisons fondamentales qui l’ont fait rétropédaler ? Alors que le parti avait désigné  Amadou Gon Coulibaly comme candidat du RHDP aux dernières élections présidentielles.

W.K : Il n’a jamais rétropédalé, le Président a été clair à Katiola lors de sa visite, il a dit «  je souhaite qu’on passe la main à une autre génération, mais si les gens de ma génération ne se retire pas, alors, je serai candidat. » Mais sachez qu’outre cet aspect, il peut être candidat au regard des dispositions de la nouvelle constitution du pays. Nous demandons donc à l’opposition ivoirienne de jouer la carte e la bonne foi et d’arrêter ses enfantillages.

Akondanews.net : N’a-t-il pas rétropédalé du fait du décès du candidat désigné (Amadou Gon Coulibaly) par le parti ?

W.K : Le candidat a bel et bien été désigné par notre parti et le Président en tant que chef n’a pas voulu que la cohésion s’effrite au sein du parti qui certes regorge de valeureux cadres mais, n’étant pas préparé pour les élections présidentielles de 2020, il fallait pour le Président,  la mort dans l’âme d’accepter la volonté des militants et des ivoiriens une énième candidature.

Le seul que le parti avait préparé à l’époque pour la relève était Amadou Gon Coulibaly, on n’avait pas assez de temps pour préparer en si peu de temps un autre candidat, car préparer quelqu’un pour la relève ne se fait pas en une semaine, alors que Gon l’a été pendant plusieurs années aux côtés du Président Ouattara.

Le Président qui a beaucoup de considérations pour la Côte d’Ivoire qui est comme la prunelle de ses yeux a décidé de ne pas prendre de risques et nous militants du RHDP avions décidé qu’il soit le candidat de notre formation et aujourd’hui encore, nous sommes prêts à lui redemander de se représenter pour achever ses œuvres.

Akondanews.net : L’actualité c’est aussi cherté de la vie, que fait concrètement le gouvernement ivoirien pour juguler cette situation pour le grand bonheur des ivoiriens qui tirent le diable par la queue ?

W.K : La cherté de la vie est une réalité due à la flambée des prix sur les marchés mondiaux. La récente crise en Ukraine et celle de la Covid 19 expliquent en partie la situation que nous vivons. La cherté de la vie en Côte d’Ivoire n’est pas une situation nouvelle dans ce pays, tous les gouvernements ont tenté de la juguler, même sous Laurent Gbagbo on parlait déjà du « sachet de la ménagère » au lieu du « panier de la ménagère ». Elle n’est pas liée à la politique, ce sont des flambées mondiales. Le monde étant planétaire et les Etats liés entre eux, il faut reconnaître que les deux crises citées tantôt affectent énormément nos économies et la situation sociale telle que la cherté de la vie.

Par ailleurs, il faut saluer le gouvernement du Premier ministre Patrick Achi pour tout l’effort qu’il déploie pour contenir la situation.

Akondanews.net : Nous sommes au terme de notre interview, votre mot de fin.

W.K : Je voudrais dire merci à tous les ivoiriens qui ne doivent pas désespérer. Inviter tous nos amis sur toute l’étendue du territoire national à la mobilisation pour un franc succès  des vastes tournées lancées par la direction du RHDP sous l’impulsion du Président Alassane Ouattara à l’effet de donner le pouvoir à la base. Dire merci aux ivoiriens que nous n’avons plus le droit d’échouer, nous avons un seul pays et au nom de notre nation, nous devons faire fi de toutes les autres contradictions. Il faut qu’on se rassemble et qu’on aille vers le développement propulsé par le Président Alassane Ouattara.

Adingra OSSEI

Akondanews.net

 

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