Interview/Situation sociopolitique en Côte d’Ivoire

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Soro Mamadou ancien maire de M’Bengué :

« Le temps de la belligérance est terminé, il faut aller à fond dans celui de la paix et du développement »

L’élection d’Adama Bictogo à la Présidence de l’Assemblée nationale, la réconciliation nationale, la rencontre annoncée entre le président Alassane Ouattara et ses deux prédécesseurs, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo, la remise du passeport de Charles Blé Goudé sont entre autres sujets d’actualité abordés par Soro Mamadou, ancien maire de M’Bengué, dans cette interview qu’il nous a accordée. Par ailleurs, il parle des actions de développement menées par le chef de l’Etat, ainsi que de sa localité, M’Bengué.

L’ex-ministre Adama Bictogo a été élu, le 7 juin 2022, Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire. Une élection marquée par le vote des députés de l’opposition en faveur du candidat du Rhdp au pouvoir. Quel commentaire ?

Je crois savoir que l’opposition a produit une déclaration qui a appelé à voter monsieur Adama Bictogo. Il y a lieu de se féliciter parce que cela veut dire que la politique de réconciliation que le président de la République, Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara, a amorcée depuis quelque temps à travers les défunts Premiers ministres Amadou Gon Coulibaly et Hamed Bakayoko, et qui continue avec le Premier ministre Patrick Achi, est en train de porter ses fruits. On peut penser et même espérer que c’est un tournant décisif pour notre pays, dans le sens de la réconciliation. Le fait que toute la classe politique appelle à voter le candidat du Rhdp, cela veut dire que la politique du président de la République est conséquente. On s’en félicite et on demande au président de la République de continuer dans ce sens, de tendre toujours la main à tous ses enfants parce qu’il est notre père à nous tous. Cela s’est traduit par le plébiscite, pratiquement, de monsieur Adama Bictogo. Je profite de l’occasion pour lui adresser mes félicitations, pour cette brillante élection à la tête de notre Assemblée nationale.

Parlant de réconciliation nationale, le ministre de la Réconciliation et de la cohésion nationale, Kouadio Konan Bertin dit KKB multiplie les actions dans ce sens.

Pensez-vous qu’il y a une chance de parvenir à cette réconciliation ?

Je pense qu’il y a une chance d’y arriver. Il y a des faits qui sont quand même parlants sur le terrain. C’est la preuve que le président de la République tend la main à tout le monde, comme il a l’habitude de le faire. Il souhaite, et nous avec lui, voir tous les enfants de la Côte d’Ivoire se retrouver pour pouvoir travailler ensemble pour l’évolution de la mère patrie. Donc les tournées que le ministre de la réconciliation fait, vont dans la ligne de la réconciliation du président de la République. D’ailleurs, ce Ministère matérialise la volonté du président de la République de voir les Ivoiriens reconciliés et unis.

Un fait continue d’alimenter l’actualité, c’est la remise de son passeport à Charles Blé Goudé, après un an d’attente à la Haye. Qu’en dites-vous ?

C’est encore une preuve de la volonté du président de la République de créer les conditions de la réconciliation nationale. Cette remise de passeport est une très bonne chose. Je me félicite et je félicite le président de la République pour cette politique de main tendue.

Les élections étant à la base des déchirures ces dernières années, ne craignez-vous pas que les vieux démons se réveillent à l’approche des municipales de 2023 et de la présidentielle de 2025 ?

Je pense que l’opposition même qui a produit une déclaration dans le sens de soutenir la candidature de monsieur Bictogo, l’a plus ou moins dit. La Côte d’Ivoire a besoin de paix, de cohésion. Ces joutes à venir, j’ose espérer qu’elles vont se passer dans des conditions apaisées. On a souffert déjà de ce qu’on a vécu par le passé, notamment en 2020. Et il est souhaitable que tout le monde aille à cette élection dans un esprit apaisé, un esprit fraternel. De telle sorte qu’à la fin, ce soit la Côte d’Ivoire qui gagne.

Il est annoncé, dans le cadre du dialogue politique et de la réconciliation, une rencontre entre les trois ‘’grands’’ de la politique ivoirienne, à savoir le président de la République Alassane Ouattara et les deux anciens chefs d’Etat Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo. Qu’en pensez-vous ?

Je pense que ce serait une excellente chose pour la Côte d’Ivoire. Cette rencontre, j’en suis convaincu, permettra de renforcer l’accalmie constatée depuis un moment dans notre pays. Ces trois hautes personnalités, qui connaissent les arcanes du pouvoir d’Etat et qui ont été opposées par moments, auront l’occasion d’éponger leurs récriminations les unes contre les autres -s’il y en avait-, pour se consacrer à l’intérêt de la Côte d’Ivoire, à la paix, au développement, pour le bonheur des Ivoiriens. Le temps de la belligérance est terminé, il faut aller à fond dans celui de la paix et du développement

Autre sujet, on constate qu’il y a beaucoup de chantiers ouverts à Abidjan et à l’intérieur du pays. Au regard de ces grands travaux infrastructurels, peut-on parler d’un boom du développement en Côte d’Ivoire ?

Il y a effectivement un boom. Il suffit simplement de voir dans la ville d’Abidjan, les nombreux embouteillages ne sont pas occasionnés par autre chose que des travaux entrepris çà et là à travers toute la ville. Et ce n’est pas Abidjan seulement. Le pays est en chantier partout. Et comme le disait le président de la République, ‘’la route précède le développement’’. On a beaucoup de nouvelles routes construites, des échangeurs mais aussi des gratte-ciels et autres. Il a aussi l’électrification tous azimuts, la construction d’universités, d’écoles, de Centres de santé, de stades modernes en vue de la coupe d’Afrique des nations (Can) de football que nous organisons l’année prochaine (2023). C’est dire qu’avec le président Ouattara, la Côte d’Ivoire est véritablement au travail.

C’est vrai que beaucoup de travaux sont effectués aussi à l’intérieur de la Côte d’Ivoire. Mais beaucoup de zones attendent encore leur part de développement, surtout au niveau du bitumage des voies. C’est le cas par exemple de la voie qui va de Korhogo à chez vous M’Bengué, longue de 75 km, qui est impraticable parce que non bitumée. Un véritable calvaire pour les populations et les automobilistes…

Nous trouvons l’attente longue mais je suis sûr que M’Bengué n’a pas été oubliée et elle ne sera pas oubliée. Je suis sûr que le goudron de M’Bengué va venir. Déjà. On ne s’attendait pas à cela, mais l’axe Niéllé-Kouto est en chantier. Avec l’aide de Dieu, je sais que le président de la République le fera. Quand on aura l’axe Korhogo-M’Bengué, M’Bengué sera véritablement un carrefour. Et je suis sûr que nous allons connaître un boom en termes de développement. Donc je ne désespère pas. La population est pressée, la population attend, la population espère voir ce goudron maintenant. Mais je pense que chaque chose en son temps. Et moi je garde l’espoir que d’ici très peu, M’Bengué aura son goudron.

Des langues disent que c’est parce que les cadres de M‘Bengué ne s’entendent pas, que le développement de la ville a du mal à décoller. Le problème n’est-il pas au niveau de la cohésion dans cette localité ?

Concernant la cohésion, je pense qu’aujourd’hui, l’objectif de tous les ressortissants de M’Bengué, c’est de voir tous les fils et filles de cette localité unis. Nous, nous restons disponibles dans le cadre de cette unité parce que M’Bengué en a besoin pour se développer. Chez nous, on a l’habitude de dire qu’on ne peut pas prendre la sauce avec un seul doigt, il faut que les doigts soient réunis. Cela veut dire que, ce qu’une seule personne peut faire, si plusieurs personnes se mettent ensemble, elles peuvent faire davantage, on peut faire mieux. En tout cas, moi en ce qui me concerne, je reste ouvert, disponible. Et je pense que c’est le cas certainement pour tous mes frères de M’Bengué. C’est vrai, quelquefois quand on regarde les choses sur le terrain, on se dit que ce sont des paroles en l’air. Mais je pense que si on le dit, c’est parce qu’on le pense aussi. Certainement, on aura l’occasion de concrétiser cela pour que M’Bengué soit vraiment unie à travers ses cadres, ses fils et ses filles. Quand on demande à chacun de jouer sa partition, on le fait de manière spontanée, sans a priori, parce que ce qui est important, c’est M’Bengué, c’est son développement. Et ce développement ne peut pas se faire sans l’union, sans la cohésion, sans l’entente entre les cadres de M’Bengué. En tout cas, moi je reste disponible et je ne ferai rien qui puisse entacher ou empêcher la réalisation de cette cohésion, de cette union.

Un sujet préoccupant en Côte d’Ivoire, c’est la sécurité, notamment aux frontières nord. Avec les crises actuelles au Mali et au Burkina, la menace djihadiste est persistante du côté ivoirien. Les jeunes étant la cible privilégiée des terroristes, quels conseils pouvez-vous leur donner pour éviter de se faire enrôler ?

Je dois déjà, par rapport à cette question, féliciter le président de la République, SE.M Alassane Ouattara, pour la politique qui a été mise en place. Vous savez que tout le long de la frontière, il y a quand même un déploiement militaire pour surveiller nos frontières. Ce déploiement est suivi de sensibilisation de la population. Je pense que les gens sont beaucoup sensibles à la question. Nous, en tout cas, quand on est en train de parler à nos jeunes, on les sensibilise. On leur demande de ne pas se laisser aller à la tentation, d’être vigilants pour ne pas que des gens viennent leur faire miroiter certains avantages pour aller sur des voies qui ne sont pas recommandées. En ce qui concerne la sensibilisation, en tout cas, on la fait. La politique entreprise par le président de la République va aussi dans ce sens. Je pense qu’il y a toujours des incursions, mais elles sont contenues. Par ailleurs, il faut saluer la décision du gouvernement de prendre en charge les jeunes des zones frontalières du nord, en leur permettant de créer des activités génératrices de revenus. Cela aura pour avantage de les occuper et de tourner le dos à toutes propositions dont le but est de tuer leurs semblables et de détruire leur pays.

Malgré les appels incessants, l’immigration clandestine, notamment par la mer, continue d’avoir la peau dure en Afrique. La Côte d’Ivoire n’y échappe malheureusement pas. Quel est votre regard sur ce phénomène ?

C’est un fléau qui n’est pas propre à la Côte d’Ivoire seule et c’est dommage. Je ne sais pas pourquoi la jeunesse pense que forcément le bonheur se trouve de l’autre côté de la mer. Notre pays, aujourd’hui, je peux me permettre de le dire, est tellement bien gouverné qu’il y a beaucoup d’opportunités qui existent sur le terrain. Je ne peux pas comprendre qu’un jeune homme se batte pour obtenir 2 millions voire trois millions de Fcfa qui peuvent lui permettre d’entreprendre une activité lucrative ici, et qu’il les utilise pour aller de l’autre côté, au péril de sa vie. C’est vraiment dommage. J’espère qu’avec la sensibilisation, de plus en plus, les gens comprendront qu’il n’est pas nécessaire d’aller vendre leur vie parce que le meilleur n’est pas forcément ailleurs. Le meilleur peut être ici et il est même ici parce que si vous pouvez avoir 3 millions de Fcfa pour payer les passeurs, vous pouvez aussi utiliser les 3 millions pour entreprendre une activité qui va vous permettre de vivre décemment. Je souhaite que la jeunesse puisse se ressaisir et comprendre que c’est nous-mêmes qui allons développer notre pays. Ils se battent pour arriver à destination et une fois là-bas, ils vivent dans la misère totale. Ce n’est pas facile. Moi je demande aux jeunes de tourner le dos à cet eldorado qui n’est finalement qu’une chimère, car il ne permet pas d’avoir ce qu’on veut forcément. La Côte d’Ivoire, aujourd’hui, nous offre quand même beaucoup d’opportunités. Je crois que le président de la République, dans son gouvernement, a un Ministère dédié à la jeunesse, à l’employabilité de la jeunesse. Et on voit un peu le résultat que ce Ministère-là produit sur le terrain. Pourquoi ne pas saisir ces opportunités plutôt que d’aller vendre sa vie ?

 

BAMBA Idrissa et Philippe Avicenne correspondant Akondanews.net

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