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Les récents développements sécuritaires en République Démocratique du Congo (RDC) mettent en lumière une ambiguïté inquiétante dans la coopération militaire entre Kinshasa et Kampala. Tandis que l’Ouganda affiche officiellement son soutien à la lutte contre les Forces Démocratiques Alliées (ADF) en Ituri et au Nord-Kivu, plusieurs indices suggèrent que son engagement cache des ambitions bien moins louables.
L’histoire des relations entre ces deux pays voisins est marquée par une constante dualité : d’un côté, une coopération affichée ; de l’autre, un jeu trouble qui alimente le chaos en RDC.
Des Visées Stratégiques sur l’Ituri : Un Parallèle avec le Rwanda ?
Depuis plusieurs années, des analystes géopolitiques et acteurs de la société civile dénoncent une volonté sous-jacente de l’Ouganda de prendre le contrôle de l’Ituri, une province riche en ressources naturelles et d’une importance stratégique. Ce schéma rappelle fortement celui du Rwanda au Nord-Kivu, où l’occupation de territoires par le M23 est devenue une réalité alarmante.
La chute de Bunagana, un poste frontalier clé entre la RDC et l’Ouganda, aux mains de l’AFC/M23, aurait dû alerter Kinshasa sur le rôle ambigu de l’Ouganda dans la région. Pourtant, malgré les avertissements répétés, la réaction du gouvernement congolais tarde à venir.
Opération Ushujaa : Un Échec Militaire et Politique
En novembre 2021, la RDC et l’Ouganda ont lancé l’opération Ushujaa (Bravoure), censée éradiquer les ADF, un groupe armé responsable de massacres et d’attaques terroristes en Ituri et au Nord-Kivu. 1 700 soldats ougandais ont été déployés aux côtés des Forces Armées de la RDC (FARDC) dans cette mission conjointe.
Trois ans plus tard, les résultats sont catastrophiques :
• Loin d’être affaiblis, les ADF ont élargi leur zone d’influence.
• Les massacres continuent, et la population reste abandonnée à son sort.
• L’Ituri est devenu un champ de bataille où règne l’insécurité totale.
Ces constats posent une question essentielle : cette coopération militaire profite-t-elle réellement à la RDC, ou sert-elle de couverture à un projet expansionniste ougandais ?
Une Hypocrisie Dangereuse : Partenaire au Nord, Déstabilisateur au Sud
L’attitude de l’Ouganda est pour le moins paradoxale. D’un côté, il se positionne en allié de la RDC dans la lutte contre le terrorisme. De l’autre, il semble tolérer, voire soutenir, les groupes armés qui sèment la terreur au Nord-Kivu.
Cette duplicité se reflète aussi dans le discours du général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Museveni, qui a récemment multiplié les menaces sur les réseaux sociaux. Ces provocations ne sont pas anodines et témoignent d’une hostilité latente qui devrait inquiéter Kinshasa.
Kinshasa Doit Agir : Une Réévaluation Urgente de la Coopération
Face à cette crise de confiance, le gouvernement congolais ne peut plus rester passif. Il est impératif de :
1. Clarifier la nature de la coopération avec l’Ouganda, en informant la population sur les objectifs réels et les résultats concrets des opérations militaires conjointes.
2. Évaluer l’impact de l’opération Ushujaa et, si nécessaire, envisager un retrait ou une redéfinition des termes de l’accord militaire.
3. Prendre une position ferme face aux ingérences extérieures, en dénonçant publiquement les manœuvres déstabilisatrices de l’Ouganda.
4. Renforcer la présence des FARDC en Ituri et au Nord-Kivu pour éviter que ces provinces ne deviennent des enclaves sous contrôle étranger.
5. Mobiliser la communauté internationale pour dénoncer et stopper toute tentative d’occupation ougandaise déguisée en assistance militaire.
Un Peuple Qui Attend des Réponses
La population congolaise mérite des explications et des actions concrètes. Pendant que les diplomates négocient et que les politiciens tergiversent, ce sont les civils qui paient le prix de cette guerre sans fin.
L’heure n’est plus aux demi-mesures. Si Kinshasa ne réagit pas rapidement, l’histoire retiendra que l’Ituri, comme le Nord-Kivu avant elle, est tombée sous contrôle étranger sous le regard impuissant d’un gouvernement qui aurait dû protéger son peuple.
Le temps de l’inaction est révolu. La souveraineté de la RDC est en jeu.
Raphael Lumoo, correspondant à Goma
Akondanews.net