Le ciel d’Anono paraît aujourd’hui plus sombre, comme s’il pleurait la perte d’un de ses piliers, Nanan Amounan Ahouagou Dominique, ancien chef du village et gardien des traditions et de l’éducation, disparu le 31 mars 2025. Âgé de 80 ans, il avait occupé les rôles de conseiller pédagogique et chef du groupe Gnandoh Agban. Sa disparition laisse un vide rempli par l’émotion collective. Le chef Djorogo Nangui Sévérin, qui lui a succédé, exprime une douleur mêlée de gratitude : « Il était le lien entre nos racines et l’avenir », résumant l’impact d’un homme dont l’influence dépasse les frontières du village.
Les cérémonies en son honneur ont reflété l’ampleur de son influence. Les 4 et 5 mai 2025, sa résidence proche de la chefferie a vu affluer des condoléances, tandis que les veillées religieuses ont réuni différentes croyances en un rare élan d’harmonie. La communauté Harris d’Anono, ainsi que les chorales catholique Saint François Xavier et protestante méthodiste d’Abia Koumassi, ont successivement conduit les prières. Une veillée œcuménique rassemblant des centaines de personnes a ensuite eu lieu à l’église Saint François Xavier le 8 mai. La tradition a repris avec une veillée jusqu’à l’aube, animée par des contes et chants ancestraux célébrant l’héritage du défunt.
Le 9 mai, sous un ciel ensoleillé, la levée du corps devant l’église a permis un adieu public. Une messe de requiem, suivie de l’inhumation au cimetière du village, a marqué le passage de Nanan Amounan Ahouagou Dominique vers le monde des ancêtres. Une messe d’action de grâce finale, prévue le 11 mai, viendra conclure ce cycle de célébrations, témoignage d’une reconnaissance infinie.
Les nombreux hommages reçus dessinent le portrait d’un homme aux multiples talents. M. Alloué Jacques, doyen du village, se rappelle de lui comme d’un « conseiller dont les mots apaisaient les tensions ». Les familles Akouedo et Lokoman rappellent son rôle de médiateur infatigable, tandis que ses enfants, de divers lieux tels qu’Abidjan, la France ou les États-Unis, soulignent son rôle de « père exigeant mais juste ». Les autorités religieuses et coutumières, unanimes, saluent un modèle dont « les choix éclairés ont protégé Anono des dérives de la modernité ».
Bien que les cloches de l’église Saint François Xavier aient sonné la fin d’une existence terrestre, l’esprit de Nanan Amounan Ahouagou Dominique demeure vivace à Anono. Les domaines qu’il a cultivés – l’éducation, le dialogue, le respect des aînés – portent déjà leurs fruits. Le chef Djorogo Nangui Sévérin le résume par une métaphore poétique : « Son départ est comme une graine de maïs enterrée : invisible, mais porteuse de futures récoltes. »
Le dimanche 11 mai, lors de la messe d’action de grâce, la communauté exprimera moins un adieu qu’un remerciement. Car, comme le disent les anciens sous l’arbre à palabres : « *Un chef ne disparaît jamais vraiment – il devient une étoile pour guider les siens.* »
Serge Kpan, Correspondant à Abidjan
Akondanews.net