Espaces aériens, plus de souveraineté en Afrique pour notre développement économique !

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Pour beaucoup de pays d’Afrique, renforcer leur souveraineté sur leur espace aérien est un enjeu politique crucial, mais aussi de développement économique. C’est encore d’autant plus vrai pour les pays dit de la zone ASECNA.

Créée en 1959, et réorganisée en 1974, Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) réunit 18 Pays et gère en leur place leurs espaces aériens, des aéroports, et en partie la sécurité aérienne. Cette organisation de modèle communautaire compte parmi ses membres…. la France, mais bien sûr l’organisation n’agit pas sur le sol français. Héritage post colonial, dont on voit mal la justification actuelle et encore moins les bénéfices pour les états africains membres.

Le contrôle ainsi exercé ne peut avoir que pour but de favoriser les intérêts des entreprises françaises, voir occidentales, mais présente des avantages évidents en terme de renseignements, de surveillance et de sécurité.

Le Sénégal a par exemple déjà tenté de se retirer de l’ASNECA, et a en tout cas sorti tous ses aéroports secondaires de la convention. Le Sénégal a repris le contrôle en partie de sa souveraineté en la matière.

Mais au-delà de cet abandon de souveraineté évident pour de nombreux pays de l’espace africain francophone, se trouve des enjeux économiques importants.

Tout d’abord parce que l’ASECNA perçoit au nom des pays l’ensemble des redevances qui doit être payé pour chaque avion utilisant l’espace aérien d’un pays. Ces ressources financières importantes ne sont donc pas perçues par les finances des états.

Or l’ASECNA collecte au maximum 50 % en moyenne de ce que les États africains membres devraient percevoir réellement en raison de défaillances dans le monitoring de leur espace aérien et de délais excessifs (entre 30 et 60 jours, sinon plus) dans la perception des redevances.

L’enjeu est clair, pour nos pays, où chaque jour nous combattons pour trouver les voies d’un développement économique plus solide et à long terme, il existe des ressources auxquelles nous avons droit mais qui nous échappent. Ces ressources pourraient participer au développement et à la sécurité des populations.

Quelques chiffres devraient suffire à convaincre. Si l’ASECNA ne publie pas les chiffres de la perception des redevances, de nombreux experts, grâce à des outils technologiques sont en mesure d’estimer ces chiffres. Par exemple, pour l’espace aérien couvrant le Sénégal, l’essentiel de la Mauritanie et de la Côte d’Ivoire, les redevances actuelles sont estimées à 6,5 Millions de dollars sur les 30 derniers jours. Retrouver le trafic aérien équivalent à la pré-crise Covid 19 devrait ajouter 6 Millions supplémentaires par mois. Surtout une capacité de contrôle effectif de tous les survols pourrait ajouter 4,5 Millions de dollars, quand enfin améliorer et moderniser les outils devraient ajouter 18,5 Millions au total ! De 6,5 Millions de dollars à un total de 31 Millions, voilà simplement établit le gigantesque écart !

Les normes de l’OACI dictent que les frais de survol doivent être réinvestis dans les infrastructures. Il est donc pour le moins étonnant que la perception de ces frais ne soit pas considérée comme une priorité pour l’ASECNA.

Nos états souvent trop dépendants des bailleurs internationaux ou de l’appui financier de puissances étrangères, se voient privés de ressources et de capacités permettant d’assurer plus de sécurité et une plus grande attractivité de leurs installations aéroportuaires. C’est tout un pan de notre développement économique de long terme qui est sacrifié !

C’est d’autant incompréhensible et dommageable que des technologies accessibles existent. Elles sont digitalisées et donc ne nécessitant pas de gros investissements structurels. Ces technologies et services pourraient même s’articuler avec l’ASECNA, si tant est que cette organisation sorte de ses influences et d’un certain corporatisme.

Dans le même temps, constatons que bon nombre des pays africains de la zone ASECNA se voient vendre des équipements anciens et coûteux. Alors que le saut de modernisation et de digitalisation est possible, et qu’il se fait malgré tout dans d’autres secteurs économiques du continent, on pense par exemple au secteur financier et bancaire.

En sortant d’un système établit de dépendance pour retrouver des pans entier de souveraineté, nous avons des possibilités de développement économique plus important. En réformant et en modernisant activement, nos pays peuvent trouver des ressources supplémentaires, auxquels ils ont droit, pour dessiner un destin collectif meilleur.

Alain Bouabré

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