Education nationale : Quand les établissements scolaires défient ouvertement l’État ivoirien

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Malgré l’arrêté ministérie n°0059/MENA/DPFC du 21 juillet 2022 interdisant formellement la vente de manuels scolaires, de supports didactiques et de fascicules produits par les enseignants, certaines écoles publiques continuent de fouler au pied cette mesure. Une désobéissance flagrante à l’autorité de l’État qui inquiète parents d’élèves et observateurs du système éducatif ivoirien.

Dans plusieurs établissements scolaires, notamment du secteur public, les élèves sont toujours contraints d’acheter des fascicules rédigés par leurs propres professeurs. Ces documents, souvent vendus à des prix exorbitants, sont présentés comme indispensables à la réussite scolaire. Dans certains cas, leur achat conditionnerait même l’accès aux notes ou à la participation aux évaluations. Une pratique non seulement illégale, mais aussi profondément injuste, qui renforce les inégalités entre les élèves.

Pourtant, l’arrêté n°0059 du 21 juillet 2022 est clair : « Il est interdit, dans tous les établissements scolaires publics et privés, de vendre des manuels scolaires, des supports didactiques et fascicules produits par les enseignants aux élèves. »  Une mesure saluée à l’époque comme une avancée majeure dans la lutte contre la marchandisation de l’éducation. Hélas, deux ans plus tard, elle reste largement ignorée par une frange du corps enseignant, sous le regard complice, ou du moins silencieux, de certains chefs d’établissement.

Un fléau toléré ?

Ce non-respect de la loi soulève une question inquiétante : l’autorité du Ministère de l’Éducation nationale est-elle bafouée au sein même de ses propres structures ? Car il ne s’agit pas ici d’un phénomène isolé, mais bien d’un système parallèle, toléré et parfois encouragé, qui gangrène l’école ivoirienne. À cette problématique s’ajoute une autre pratique illégale : la monétisation des transferts d’élèves entre établissements, orchestrée par certains agents des Directions Régionales de l’Éducation Nationale (DREN). Là où le transfert devrait être une démarche administrative simple et gratuite, des montants non officiels sont exigés aux parents d’élèves, souvent sans reçu ni justification. Ces abus ajoutent une couche de souffrance supplémentaire à des familles déjà durement éprouvées par la vie chère.

Des parents à bout de souffle

Dans un contexte économique difficile, où la cherté de la vie qui se fait ressentir tous les jours, un peu plus, avec la flambée des prix des produits de première nécessité, met à rude épreuve les ménages, ces pratiques illégales sont ressenties comme une double peine. Pour de nombreux parents, l’école censée être un ascenseur social devient un gouffre financier. La promesse d’une éducation gratuite et accessible pour tous semble bien loin de la réalité vécue sur le terrain.

Appel à l’action

Face à cette situation, il est impératif que le Ministère de l’Éducation nationale, à travers ses services compétents, renforce les contrôles, sanctionne les établissements en infraction, et mette fin à l’impunité dont jouissent certains acteurs du système. La crédibilité de l’État est en jeu, tout comme l’avenir de milliers d’élèves ivoiriens. L’école ne doit pas être un marché. Elle doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un lieu de savoir, de mérite et d’équité.

L’école ivoirienne : un business juteux au détriment du savoir

L’école ivoirienne est-elle encore un lieu de transmission du savoir ou est-elle devenue une machine à cash ? C’est la question que se posent de plus en plus de parents d’élèves, pris au piège d’un système où l’éducation semble avoir cédé la place au profit. Dans plusieurs établissements, y compris les lycées publics dits « d’excellence » comme celui de Cocody, les pratiques illégales et lucratives se multiplient : vente forcée de fascicules, de supports didactiques, frais occultes lors des transferts d’élèves, pressions indirectes pour l’achat de documents prétendument indispensables… La liste est longue. Et l’encadrement pédagogique ? Il devient secondaire.

Ce phénomène, devenu systémique, est toléré, voire orchestré, par certains personnels de l’administration éducative. Des enseignants aux agents des DREN, chacun semble avoir trouvé un filon lucratif, pendant que la mission première de l’école — former des citoyens instruits, responsables et compétitifs — est reléguée au second plan. Les parents, eux, craquent sous le poids des dépenses, mais n’osent pas se révolter. Par peur de sanctions indirectes sur leurs enfants ou par résignation face à un système figé. Faire contre mauvaise fortune bon cœur est devenu une stratégie de survie, pas un choix.

Et le résultat est là : une jeunesse ivoirienne qui peine à rivaliser avec ses homologues du continent, dans les classements internationaux comme dans les concours régionaux. Parce que pendant que d’autres pays misent sur la qualité, la Côte d’Ivoire a laissé prospérer un système éducatif à deux vitesses, gangréné par l’appât du gain.

Il est temps que le Ministère de l’Éducation nationale rompe avec cette économie parallèle qui dénature l’école. L’heure n’est plus aux discours, mais à l’action ferme.

L’avenir du pays commence par ses salles de classe. Encore faut-il qu’elles cessent d’être des comptoirs commerciaux.

Indiane Kwuaku

Akondanews.net

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