Départ de Kobenan Kouassi Adjoumani : fin de cycle politique ou nécessité d’un audit du ministère de l’Agriculture ?

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La non-reconduction de Kobenan Kouassi Adjoumani au poste de ministre de l’Agriculture dans le premier gouvernement du quatrième mandat d’Alassane Ouattara ne peut être réduite à un simple jeu de chaises musicales ou à une recomposition technique de l’exécutif. Après plus de vingt années de présence quasi ininterrompue au sommet de l’État, son départ pose une question plus profonde : celle du bilan réel d’un ministère stratégique resté longtemps sous la même direction, et, par ricochet, celle de la nécessité d’un audit indépendant.

Officiellement, rien ne justifie une sanction. Aucun scandale, aucune mise en cause personnelle, aucune procédure disciplinaire. Le discours dominant évoque une « fin de cycle », une volonté de renouvellement, presque naturelle. Pourtant, dans un pays où l’agriculture demeure le principal pourvoyeur d’emplois et l’un des piliers de la stabilité sociale, l’absence de débat public sur les résultats concrets du ministère interroge.

Un ministère stratégique, des résultats discutés

Durant les années Adjoumani, l’agriculture ivoirienne a certes connu des avancées : modernisation partielle de certaines filières, programmes d’appui aux producteurs, discours volontariste sur la transformation locale. Mais ces annonces ont coexisté avec des réalités plus contrastées :

  • pauvreté persistante en milieu rural,
  • dépendance continue aux cultures d’exportation,
  • faiblesse de la transformation industrielle locale,
  • tensions foncières non résolues, parfois aggravées,
  • et opacité récurrente autour de certains programmes et subventions agricoles.

Dans ce contexte, le départ d’un ministre resté aussi longtemps en poste ne devrait-il pas s’accompagner, non pas d’un silence institutionnel, mais d’un exercice de redevabilité démocratique ?

La question qui dérange : pourquoi pas un audit ?

La véritable interrogation n’est donc pas de savoir si Kobenan Kouassi Adjoumani a été « écarté » ou non, mais plutôt pourquoi aucun audit global du ministère de l’Agriculture n’est évoqué après deux décennies de gestion quasi continue par les mêmes équipes.

Un audit n’est pas une accusation. C’est un outil de gouvernance moderne.
Il permettrait notamment de répondre à des questions légitimes :

  • Quels ont été les impacts réels des politiques agricoles sur les revenus des paysans ?
  • Comment ont été alloués et utilisés les fonds publics et les financements internationaux ?
  • Quels programmes ont fonctionné, lesquels ont échoué, et pourquoi ?
  • Quelles responsabilités institutionnelles peuvent être dégagées, au-delà des personnes ?

Dans une Côte d’Ivoire qui se veut émergente et exemplaire en matière de gouvernance, l’absence d’évaluation approfondie d’un ministère aussi central apparaît comme une anomalie démocratique.

Renouveler sans évaluer : un risque politique

En présentant ce départ uniquement comme un « renouvellement », le pouvoir prend le risque d’entretenir une culture politique où les cycles se ferment sans jamais être véritablement évalués. Or, sans audit ni bilan public, le changement de ministre peut vite ressembler à une continuité masquée, où les mêmes pratiques se perpétuent sous d’autres visages.

La longévité de Kobenan Kouassi Adjoumani aurait pu être l’occasion d’un grand débat national sur la politique agricole, ses réussites, ses limites et ses angles morts. Cette occasion semble, pour l’instant, manquée.

Fin de cycle ou occasion manquée de vérité ?

En quittant le Conseil des ministres, Kobenan Kouassi Adjoumani incarne effectivement la fin d’une époque. Mais une fin de cycle politique ne devrait pas se conclure par le silence. Elle devrait ouvrir un temps de vérité, de bilan et de clarification.

La vraie question demeure donc entière :
le gouvernement est-il prêt à aller au bout de la logique de renouvellement en acceptant un audit indépendant du ministère de l’Agriculture ?

Car sans évaluation rigoureuse du passé, le futur annoncé risque de n’être qu’un recyclage, et non la rupture stratégique que le monde rural ivoirien attend depuis longtemps.

La Rédaction

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