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En ce 4 février 2026, Journée mondiale contre le cancer, la sonnette d’alarme retentit en Côte d’Ivoire. Alors que le pays commémore cet événement sous le thème « Unis par l’unique », les derniers chiffres révèlent une progression inquiétante de la maladie. Face à une prévision de 43 000 nouveaux cas par an d’ici cinq ans, la Coalition des Organisations de Lutte contre le cancer (COLCC) presse les autorités et la société à agir pour transformer des systèmes de santé et des vies.

Me Fatou Fadika
Abidjan, le 4 février 2026, « Unis par nos objectifs, uniques par nos besoins. » Ce credo, choisi pour la deuxième année consécutive pour la Journée mondiale contre le cancer, résonne avec une acuité particulière en Côte d’Ivoire. Derrière cette formule se niche une réalité humaine : des milliers de patients, chacun avec son histoire singulière, mais unis par une même quête – réduire l’impact dévastateur de la maladie et accéder à des soins de qualité. Une quête qui, à l’échelle nationale, se heurte à des défis colossaux.
Une courbe épidémiologique alarmante
Les statistiques, froides et implacables, dessinent une urgence de santé publique. De 12 002 nouveaux cas en 2012, le pays est passé à 21 352 en 2022, selon les données communiquées par la COLCC. Une progression vertigineuse qui, si aucune stratégie « cohérente » n’est mise en œuvre, pourrait voir ce chiffre plus que doubler pour atteindre 43 601 nouveaux cas annuels d’ici cinq ans. « Ces chiffres parlent d’eux-mêmes et relèvent l’urgence des actions », martèle la coalition.
Les cancers les plus fréquents restent, chez les hommes, celui de la prostate, et chez les femmes, ceux du sein et du col de l’utérus, suivis par les cancers du foie, du côlon et du rectum. Vieillissement, facteurs génétiques, mais aussi modes de vie, tabac, alcool, alimentation déséquilibrée, sédentarité, sont pointés du doigt.
Entre efforts étatiques et goulets d’étranglement
Les autorités ivoiriennes ne sont pas inactives. Sous l’impulsion du président Alassane Ouattara et du ministre de la Santé, Pierre Dimba, des initiatives hospitalières ont été lancées et des investissements consentis pour améliorer le plateau technique. Parallèlement, la société civile se mobilise sur le terrain pour la sensibilisation et le dépistage.
Pourtant, le constat est sans appel : « Malgré tous les efforts déployés, les chiffres du cancer nous interpellent. » L’accès aux services de dépistage précoce, de diagnostic et de traitement reste un parcours du combattant pour une grande partie de la population. Le fossé avec les pays riches est criant : seulement 30% des enfants atteints de cancer survivent en Côte d’Ivoire, contre 80% dans les pays à revenu élevé.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) met en garde : cette charge croissante pèsera de manière « excessive » sur des systèmes de santé aux ressources limitées et sur les familles, souvent confrontées à des coûts « catastrophiques ».
Deux appels clés pour infléchir la courbe
À l’occasion de cette journée mondiale, la COLCC adresse deux demandes prioritaires aux pouvoirs publics.
Premièrement, l’intégration du dépistage et du traitement des lésions précancéreuses du col de l’utérus dans la Couverture Maladie Universelle (CMU). Une mesure cruciale pour viser l’élimination de ce cancer, avec un objectif de moins de 4 cas pour 100 000 femmes.
Deuxièmement, la création d’un fonds national dédié à la lutte contre le cancer. « Ce fonds permettra de financer les activités de lutte contre le cancer », plaide la coalition, soulignant la nécessité de renforcer les capacités des professionnels de santé au niveau des districts, d’améliorer la surveillance et d’investir dans les innovations numériques pour faciliter l’accès aux soins.
« Unis par l’unique » : un engagement à poursuivre
Au-delà des politiques publiques, c’est un changement de regard sur la maladie que la société civile continue de porter. « Nous continuerons nos actions pour réduire la stigmatisation entourant le cancer, pour contribuer à une meilleure compréhension de cette maladie », affirme la COLCC. Car derrière les chiffres, il y a des visages, des parcours, des besoins uniques. Le thème « Unis par l’unique » est un rappel : la bataille se gagnera par une alliance renforcée entre l’État, les soignants, la société civile et chaque citoyen.
« Parvenir à une Côte d’Ivoire où le cancer n’est plus un fardeau est possible, grâce à notre engagement individuel et collectif », conclut la coalition. Un message d’espoir, mais surtout un appel pressant à l’action, alors que l’horizon 2030, avec son objectif de réduire d’un tiers la mortalité prématurée due aux maladies non transmissibles, se rapproche inexorablement.
Abossia de Ferké
Akondanews.net