CÔTE D’IVOIRE/Réintégration des exilés, passeport de Blé Goudé : Décrypter le jeu du pouvoir.

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S’il y a une affaire qui défraie l’actualité ces derniers jours, c’est la réintégration dans son ministère d’origine de M. Koné Katinan, membre du Conseil stratégique Politique du Parti des Peuples Africains-Côte d’Ivoire, et porte-parole dudit parti, ancien ministre du Budget du gouvernement Aké N’gbo et récemment rentré d’exil.

La célérité avec laquelle son dossier a été traité et sa réintégration faite, fait encore couler beaucoup d’encre, et nombreux sont ceux qui mettent en doute sa dénégation quant à un éventuel deal passé avec le pouvoir en place. Certains y voient même, une trahison en complicité avec le président de son parti.

Pour rappel, depuis quelques années, des fonctionnaires partis en exil du fait de la crise postélectorale de 2011, sont revenus au pays et ont fait des demandes aux fins de réintégrer leurs ministères d’origine. Mais ceux-ci connaissent des fortunes diverses :

– Les uns ont été intégrés et affectés à des tâches.

– Les autres réintégrés, sans qu’il ne leur soit donné des attributions, encore moins de bureau. De ce fait, ils vont au service errer comme une âme en peine avant de renter le soir à la maison.

– Nombreux encore, sont ceux qui n’ont pas encore eu de suite à leurs demandes, contraints de rester à la maison, en attendant des jours meilleurs.

Toutes ces situations qui relèvent de l’administration et partant du pouvoir, qui peut réintégrer ces fonctionnaires ou pas, au regard de son pouvoir discrétionnaire, ont jeté le doute et la confusion dans l’esprit de bon nombre d’ivoiriens, notamment les militants des partis politiques, qui aussi étrange que cela puisse paraître, s’accusent les uns les autres de trahison, de traitrise ou de collaboration, dès lors qu’un cas venait à connaître une issue heureuse.

Plutôt que de mettre la pression sur le gouvernement et le pouvoir en place, à l’effet de mettre fin à ces réintégrations à géométrie variable, ces militants se complaisent à  traiter les différents leaders politiques, de tous les noms d’oiseaux, comme si ceux-ci disposent d’un quelconque pouvoir de décision. C’est à y perdre son latin !

Ces militants ne mènent pas loin la réflexion pour se rendre compte du jeu trouble auquel s’adonne le pouvoir. Celui-ci, par ces actions à géométrie variable, a réussi l’exploit d’exacerber le clivage déjà existant entre les partis d’opposition et à semer, doute et  confusion dans l’esprit des militants. Ces derniers, mûs beaucoup plus par leurs émotions que par leur raison, ne voient pas le jeu de division et de diversion du pouvoir en opérant comme il le fait.

Peut-on objectivement s’en prendre à Gbagbo, à Bédié, à Affi, ou à  Mamadou Koulibaly, pour la non-réintégration des fonctionnaires rentrés d’exil, alors que ceux-ci ne disposent pas des manettes de décision ? N’est-ce pas à l’administration et à son chef suprême qu’il faut s’en prendre ? N’est-ce pas à « celui qui a mangé la tête de la panthère qu’il faut réclamer les dents » ?

Il faut savoir raison garder et poser les problèmes à ceux qui disposent pour le moment du pouvoir de décision.

Ces réactions incompréhensibles de s’attaquer à des leaders politiques qui ne disposent pas du pouvoir de décision, ont également été observées dans ce qu’il est convenu d’appeler «  l’affaire passeport de Blé Goudé ».

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, des personnes imputent au président Laurent Gbagbo, la non-délivrance d’un passeport à son ancien ministre, Charles Blé Goudé, alors que la demande a été faite depuis des mois, l’empêchant ainsi de rentrer en Côte d’Ivoire.

Ce fut également le lieu d’un échange d’ « amabilités » et de « noms d’oiseaux », jusqu’à ce que le communiqué du conseil des ministres vienne éclairer la lanterne des uns et des autres, quant au niveau où se situe le problème du passeport de Blé Goudé.

Pour le pouvoir, l’objectif est atteint, car après ces échanges souvent d’une rare violence, on peut douter que la confiance entre les militants des partis politiques de l’opposition, revienne de si tôt. Dommage, là où il aurait seulement suffi de lire entre les lignes !

Mais s’il y a eu un soir en Eburnie, il y aura assurément un matin et l’ivraie sera séparée du vrai.

NAZAIRE KADIA, ANALYSTE POLITIQUE

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