Côte d’Ivoire : Dix ans de pillages des deniers publics et toujours des promesses de sanctions

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Présidant, ce mercredi 26 janvier 2022, au Palais de la Présidence de la République, un Conseil des Ministres, Alassane Ouattara a encore fait ce qu’il sait faire le mieux. A savoir, multiplier des promesses devant ses ouailles et ministres à l’attention du peuple de Côte d’Ivoire. Un peuple inquiet d’assister impuissant au pillage de ses ressources.

Dans une de ses adresses sur la gestion et les audits des entreprises publiques figurant dans le Portefeuille de l’Etat, le président du Rhdp se réjouit des « résultats obtenus » dans la gouvernance de nombreuses structures étatiques, « grâce » aux dispositifs règlementaires et législatifs cohérents pris par l’Etat afin d’améliorer la gestion des affaires publiques. Mais dans le même temps comme une souris qui mord et qui souffle sur la blessure de sa victime Ouattara dit « déplorer » des insuffisances dans la gestion et le management de certaines entités publiques.

Lesquelles, comme on le sait désormais, portent sur les irrégularités constatées par les auditeurs et liées aux passations de marchés, le coût élevé et l’inopportunité du recours à certains emprunts, les comptes bancaires ne figurant pas dans la comptabilité des entreprises, les insuffisances au niveau du contrôle interne, les dépenses injustifiées, le montant élevé de dons, commissions et honoraires et plus généralement, la non maîtrise des charges au niveau de certaines entreprises.

Or tout le monde sait dans ce pays que ces « irrégularités » ne datent pas d’aujourd’hui. Mais c’est depuis la prise du pouvoir à l’issue de « l’option militaire » qu’il a prônée en avril 2011.

Depuis cette époque le partage du butin a été érigé en mode de gestion, les partisans du pouvoir d’Abidjan se servent dans les caisses de l’Etat et « ça ne va pas quelque part » comme on dit de façon triviale en Côte d’Ivoire. Ouattara lui-même se serait alloué un fonds souverain dont le montant reste à ce jour un mystère.

Pour avoir révélé que le chef de l’État ivoirien «bénéficiait d’un fonds souverain de 342,6 milliards de francs en 2017…en hausse de 20 milliards par rapport à 2015», le journaliste de l’ancienne Lettre du continent devenue depuis quelques temps «Africa Intelligence » avait été traduit en justice pour un procès en diffamation par Ouattara. Le peuple de Côte d’Ivoire ne sait toujours pas à combien s’élève le budget de souveraineté de son président. Et comme toujours … « ça ne vas pas quelque part »

Conseil des ministres du 26 janvier 2022

Comme dans une comédie de mauvais goût, Ouattara a demandé aux participants du conseil des ministres de « promouvoir davantage la culture de la bonne gouvernance et la transparence dans la gestion des affaires publiques, pour le bien-être de nos compatriotes ; tout en insistant sur la nécessité de promouvoir le concept de l’Ivoirien nouveau : intègre, sérieux et travailleur », selon un compte rendu fait par les scribes de la Présidence.

A quoi servent donc ces audits si aucun mis en cause n’est poursuivi devant la justice pour rendre compte ? Assurément le président du Rhdp rechigne à tenir à bout de gaffe certains sinon tous les directeurs des entreprises publiques qui sont passés champions de la prévarication. Les exemples foisonnent.

Sur le site Le club de Médiapart, un article de Dr Franklin Nyamsi publié le 5 août 2019, révèle l’ampleur des scandales financiers, sur le titre : « Côte d’Ivoire : Marchés publics de gré à gré, les rouages d’un système bien huilé. » « (…) un extrait du Bulletin Officiel des Marchés Publics de Côte d’Ivoire no 1521 du 16 juillet 2019. Dans cet extrait, on découvre que des marchés publics de gré à gré urgents ou sous forme de monopole ont été octroyés à la Société d’importation Diverses de Côte d’Ivoire (SIMD-CI) par le Ministère de l’Éducation nationale, l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle à hauteur de 187.63 milliards de FCFA (286.46 millions d’euros) et par le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique pour un montant de 34.03 milliards de FCFA (51.95 millions d’euros).

L’essentiel de ces marchés d’une valeur totale de 221.66 milliards de FCFA (338.41 millions d’euros) concernent :La « fourniture et la pose de 200 000 tables-bancs semi-métalliques du Primaire et du Secondaire » pour un montant de 17.6 milliards de FCFA (26.87 millions d’euros), soit 88 004 FCFA l’unité ; Une « demande de gré à gré » sans aucune précision pour un montant de 17.01 milliards de FCFA (25.98 millions d’euros); Une autre « demande d’autorisation de passer un marché de gré à gré » sans aucune précision non plus pour un montant de 17.01 milliards de FCFA (25.98 millions d’euros), exactement le même montant que le marché précédent ; Des « travaux d’achèvement de 114 établissements secondaires dans 28 régions de Côte d’Ivoire » pour un montant de 170.03 milliards de FCFA (259.59 millions d’euros), soit 149.15 millions de FCFA par établissement. »

Le mercredi 15 mai 2013 le journal Le Temps consacre un dossier entier sur les détournements de deniers publics sous le régime Ouattara. Le  journal passait donc en revue tous les secteurs d’activité où les sociétés d’Etat sont gérées de façon opaque. « Filière cajou: des milliards disparus. (…) dans les colonnes du confrère de Le Nouveau Courrier, du mardi 14 mai 2013, plusieurs milliards (pour une production entre 400 et 500 mille tonnes) qui sont engrangés à travers des prélèvements sur la commercialisation de l’anacarde mais qui ne sont pas reversés à l’Interprofession dont le rôle consiste à gérer la filière au niveau de l’encadrement des producteurs, de la commercialisation interne, et externe de la noix brute. Une information qui en dit long sur la gestion du régime actuel obnubilé par la traque des pro-Gbagbo. » Ecrit Le Temps.

« Les 110 milliards engloutis dans du gazon à l’université (…) Quand l’université Félix Houphouët-Boigny de Cocody, rouvre à nouveau ses portes, le 3 septembre 2012, on annonce que 110 milliards de Fcfa ont été dépensés. Mais à quoi a servi cette somme si en fait de réhabilitation, l’on n’a fait que repeindre des bâtiments qui existaient déjà et planter du gazon ? Que sont devenus les 110 milliards de la réhabilitation de l’Université ? » S’interrogions-nous.

« Le scandale des 700 millions Fcfa des religieux. (…) Les malversations financières ont gagné la direction générale des Cultes. L’affaire porterait sur la somme de plus de 700 millions de FCFA. L’argent des hommes de Dieu aurait été détourné par l’ex-Dg, Diaby Aminata Dao, promue aujourd’hui préfet d’Alépé. La lumière n’a jamais été faite sur cette affaire. Mieux, Mme Dao Aminata, « l’intouchable », a été bombardée, en mars 2013, préfet d’Alépé par le régime. Une prime à la malversation. Qui est censé tirer pour le moment le rideau sur les 700 millions de FCFA. A l’instar des sulfureux marchés passés au mépris des règles de l’art dans le cadre du ramassage des ordures, sous Anne-Ouloto. Et l’affaire Celpaid. Des scandales qui se succèdent. » Lit-on dans cet article qui date du mercredi 15 mai 2013. Huit (08) années après ces scandales, ces articles sont passés sous silence comme tout était normal dans le pays. Quant à Alassane Ouattara, il  en est toujours à ses promesses sans lendemain.

 « On le sait, et ce n’est un secret pour presque personne, la liste de ces cadres du RHDP épinglés pour mauvaise gestion ou malversation est longue. Le dernier en date est celui du directeur général du Fonds d’entretien routier (FER), Diaby Lanciné, limogé pour mauvaise gestion. Une affaire qui a fait grand bruit sur la blogosphère ivoirienne, mettant même en scène l’Ex-DG Diaby Lanciné et un journaliste d’investigation Saïd Penda, décidé de montrer que l’ancien patron du FER est responsable de détournement. Dernièrement, le site LSI Africa a révélé un autre scandale dans le bois en Côte d’Ivoire. Un trafic illégal du bois dans lequel le chef de la Brigade spéciale de surveillance et d’intervention (BSSI), le Lieutenant-colonel des Eaux et forêts, Wilfried Kader Coulibaly, sont suspectés d’être trempés dans cette affaire. Ils auraient été mis aux arrêts. » Ecrit Opéra News en décembre 2021.

Diaby Lanciné, ex DG du FER

Un autre article publié le 18 septembre 2018, par le site d’informations Afriquematin.Net, est intitulé « Côte d’Ivoire/ Scandales financiers dans les ministères ; les Daaf décident de publier la liste des ministres corrompus. »

C’est un communiqué de presse transmis par le collectif des directeurs administratifs et des affaires financières des ministères. Un communiqué qui confirme la corruption qui gangrène au plus haut point, le sommet de l’Etat et ternie encore plus l’image d’Alassane Ouattara, « chantre » de la « bonne gouvernance ». On lit ceci : « En effet, Abdoulaye Koné et ses camarades écrivent : Nous collectif des Daaf de Côte d’Ivoire, apprenons que pour des raisons politiques, le Président Alassane Ouattara a décidé de nous traduire devant les tribunaux « aux ordres » ; nous tenons à informer l’opinion nationale et internationale que nous ne sommes que le maillon faible d’une chaine de corruption dont l’origine est la présidence de la république ».

Et le communiqué de presse poursuit « Nous Daaf, refusons d’être les moutons du sacrifice si tant est que la corruption a triplé sous le Président Alassane Ouattara et n’a nulle comparaison ». Le communiqué va plus loin et précise « Ceci est notre première déclaration ; dans la deuxième, nous donnerons les noms des ministres qui ne cessent de nous harceler et nous contraindre aux détournements des deniers publics. Certains ministres ont clairement prétendu que l’argent ainsi détourné servirait à financer les activités du chef de l’Etat et de sa famille, les activités du Rdr et enfin, la charité bien ordonnée commençant par soit même, ils estimaient légitimes de se servir eux-mêmes ». Et le collectif conclut : « Nous les dénoncerons un à un ».

Jusqu’ici aucun mis en cause dans ces scandales financiers n’a été interpellé. Ils ont juste été limogés de leurs fonctions. Certaines ont même été réaffecté à d’autres fonctions à l’abri des regards comme ça été le cas de l’ex-Dg, Diaby Aminata Dao promue préfet d’Alépé.

Alors, quand Alassane « relève les irrégularités importantes en conseil des ministres » on a bien envi de poser la question de savoir c’est pour quand les poursuites judiciaires ? Ou bien alors, il s’agit juste pour lui de « maintenir la pression dans la lutte contre la corruption » comme l’a écrit le journal L’Expression proche de son régime ? Pendant que le journal Le Jour plus annonce «  des sanctions (qui) vont toucher les PCA et le ministre en plus des DG ».

Toujours des effets d’annonces et des promesses. Mais de qui se moque-t-on ?

Denzel Bereby

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