Burkina Faso : Mariam Sankara désavoue Blaise Compaoré

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La veuve de Thomas Sankara a dans une interview accordé à « Jeune Afrique », rejeté le pardon de Blaise Compaoré recemment adressé à la famille de l’ex leader de la révolution burkinabè ,Thomas Isidore Sankara , tué le 15 octobre 1987 par la conspiration de Blaise Compaoré condamné à perpétuité  par contumace et une sbire de militaires dont le général Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando, condamnés à l’emprisonnement à vie.

Exilé en Côte d’Ivoire depuis la chute de son « régime » en 2014, l’ex Président du Burkina Faso, Blaise Compaoré a dans une adresse le mardi 26 juillet  dernier demandé pardon au peuple burkinabé pour tous ses manquements durant son magistère et dans le même élan, présenté ses excuses à la famille de Thomas Isidore Sankara son ancien compagnon d’arme.

« Je demande pardon au peuple burkinabé pour les actes que j’ai pu commettre durant mon magistère, plus particulièrement à la famille de mon ami et frère Thomas Isidore Noël Sankara. J’assume et déplore, du fond du cœur, toutes les souffrances et drames vécus par toutes les victimes durant mes mandats à la tête du pays et demande à leurs familles de m’accorder leur pardon », a déclaré la lettre lue par Lionel Bilgo, porte-parole du gouvernement burkinabé en présence d’Aly Coulibaly, conseiller du président ivoirien Alassane Ouattara, et Djamila Compaoré, la fille de Blaise Compaoré au palais présidentiel de Kosyam.

Interrogé par « Jeune Afrique », la veuve du « Che Guevara burkinabé », Mariam Sankara a laissé entendre que « le pardon ne se décrète pas. Quand on a commis un acte et qu’il a été jugé, si on le reconnaît, on se rend à la justice. À ce moment, peut être que le pardon aurait pu être accepté par les victimes. En reconnaissant ses actes et en acceptant la justice, il aurait vraiment montré qu’il se repent. Mais demander pardon comme ça, alors qu’on ne sait même pas si c’est vraiment lui qui demande. » Mais avant, Mariam Sankara a émis des doutes sur l’authenticité de l’auteur de la lettre.

« Sincèrement, je me demande si cette lettre vient de Blaise lui-même. Depuis 1987, il a eu l’occasion de demander pardon à maintes reprises. Mais il est resté impassible. Il aurait pu venir au procès reconnaître sa responsabilité et demander pardon mais il n’a rien fait. Lors de son dernier séjour à Ouagadougou, début juillet, il aurait pu s’adresser aux Burkinabè mais non, il n’a rien fait » a-t-elle clairement laissé entendre.

Plus loin, s’insurgeant davantage contre la  forme de « repentance » de Blaise Compaoré, reconnu par la justice du pays, comme le principal auteur de l’assassinat de Thomas Isidore Sankara , veuve Mariam Sankara a affirmé qu’ « il avait l’occasion depuis longtemps de demander pardon. Et c’est aujourd’hui, où il ne semble pas être lui-même, qu’il fait cette demande ? Si on veut vraiment le pardon et la réconciliation, il y a des formes à respecter. Là, c’est une manière assez inédite. »

Perçu dans la conscience populaire comme un bourreau et un anti-démocrate, Blaise Compaoré a dirigé d’une main de fer le Burkina Faso pendant 27 années avant d’être chassé par un soulèvement populaire et son message de « pardon » reste diversement apprécié au sein de la population.

Pour Mamadou Abdel Kader Traoré, coordonnateur du Mouvement pour le retour de Blaise Compaoré « ce message entre dans le cadre du processus de réconciliation nationale lancé par le président Damiba » tandis que Serge Bayala, membre du Comité international mémorial Thomas Sankara, « C’est inadmissible que le pardon de monsieur Blaise Compaoré ne se fasse pas avec les valeurs de la sincérité, d’un homme qui s’assume et publiquement et qui par respect pour le peuple Burkinabè dont il a été le bourreau pendant 27 ans.»

Il faut rappeler que le pardon de Blaise Compaoré intervient suite à l’appel à la réconciliation et à la lutte contre la violence djiadistes lancé depuis peu par le Lieutenant-Colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba qui recevait déjà le 8 juillet dernier les anciens chefs d’Etat du pays, notamment Blaise Compaoré et Jean-Baptiste Ouédraogo.

 Akondanews.net

Adingra OSSEI, Correspondant

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