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La Confédération des États du Sahel (AES) a franchi une étape structurante de son projet politique et économique avec l’inauguration officielle de la Banque Confédérale pour l’Investissement et le Développement (BCID-AES). La cérémonie s’est tenue à Bamako en présence des trois chefs d’État de l’espace confédéral : le capitaine Ibrahim Traoré, président du Burkina Faso, le général d’armée Abdourahamane Tiani, président de la République du Niger, et le général d’armée Assimi Goïta, président de la Transition du Mali et président de la Confédération des États du Sahel.
Au-delà de l’acte symbolique, la création de la BCID-AES consacre l’aboutissement d’un processus politique engagé depuis plusieurs années, dans un contexte de rupture avec les mécanismes traditionnels d’intégration régionale et de financement du développement en Afrique de l’Ouest.
Une initiative née d’un contexte de rupture régionale
La genèse de la BCID-AES est indissociable de la trajectoire politique récente du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Entre 2020 et 2023, ces trois États ont connu des changements de régime fondés sur des transitions militaires, sur fond de crises sécuritaires persistantes, de défiance envers les institutions régionales classiques et de remise en cause des modèles de coopération hérités de l’après-indépendance.
La création de l’Alliance des États du Sahel, devenue par la suite Confédération des États du Sahel, s’est accompagnée d’une volonté affichée de reprendre le contrôle des leviers stratégiques : défense, diplomatie, ressources naturelles, mais aussi financement du développement. Le retrait progressif de la CEDEAO et la suspension de certains mécanismes financiers régionaux ont accéléré la réflexion sur la nécessité de disposer d’outils financiers propres.
De l’idée politique à l’institution financière
Dès 2024, les autorités de l’AES ont engagé des travaux techniques sur la mise en place d’une institution bancaire confédérale. L’objectif était clair : créer une banque capable de financer des projets structurants sans dépendre exclusivement des institutions financières internationales ou des bailleurs traditionnels.
En 2025, plusieurs réunions ministérielles, notamment celles des ministres des Finances et de l’Économie des États membres, ont permis de préciser les contours juridiques, institutionnels et financiers du projet. La décision de créer la Banque Confédérale pour l’Investissement et le Développement a été actée lors d’une session de haut niveau à Bamako, suivie de l’adoption de ses statuts et de son cadre de gouvernance.
La BCID-AES a été dotée d’un capital initial estimé à 500 milliards de francs CFA, destiné à financer des projets à fort impact économique et social dans l’espace confédéral.
Une banque au cœur du projet de souveraineté économique
La BCID-AES se positionne comme un instrument stratégique au service de la souveraineté économique des États du Sahel. Sa mission première est de mobiliser des ressources internes et partenaires pour financer des secteurs jugés prioritaires : infrastructures de transport, énergie, agriculture, hydraulique, industrialisation locale et interconnexion régionale.
Contrairement aux banques multilatérales classiques, la BCID-AES revendique une approche fondée sur les priorités définies par les États eux-mêmes, avec une logique de financement alignée sur les réalités économiques, sociales et sécuritaires du Sahel.
La banque ambitionne également de soutenir le secteur privé local et régional, souvent confronté à des difficultés d’accès au crédit à long terme, et de favoriser l’émergence d’un tissu économique confédéral capable de porter la croissance.
Une portée politique et géo-économique assumée
L’inauguration de la BCID-AES dépasse le simple cadre bancaire. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de reconfiguration des rapports économiques entre les États sahéliens et leurs partenaires. En dotant la Confédération d’un outil financier autonome, les dirigeants de l’AES envoient un signal clair : celui d’une volonté de maîtriser les instruments de financement du développement et de réduire la dépendance structurelle vis-à-vis des circuits extérieurs.
Cette initiative place la BCID-AES au cœur des débats sur l’avenir de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest et sur la capacité des États sahéliens à construire des alternatives crédibles aux modèles existants.
Entre ambitions et défis structurels
Si la création de la BCID-AES constitue une avancée majeure, les défis restent considérables. La crédibilité de la banque dépendra de sa gouvernance, de la transparence de ses mécanismes de décision, de sa capacité à mobiliser des ressources additionnelles et à gérer les risques dans un environnement marqué par l’instabilité sécuritaire.
La réussite de la BCID-AES sera également conditionnée par sa capacité à produire des résultats tangibles à court et moyen termes, notamment à travers le financement effectif de projets structurants visibles pour les populations.
La rédaction
Akondanews.net