Politique
UEMOA – AES : L’union à l’épreuve de la rupture
La 2ᵉ session ordinaire du Conseil des ministres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), tenue ce 11 juillet à Lomé, a été marquée...
AkondaNews4 min de lecture
Partager :

La 2ᵉ session ordinaire du Conseil des ministres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), tenue ce 11 juillet à Lomé, a été marquée par un événement inattendu mais lourd de sens : le retrait des représentants des pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). En cause, l’absence de consensus autour de la désignation du Burkina Faso pour la présidence tournante du Conseil des ministres, pourtant prévue par l’article 11 du traité de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA).
Ce départ fracassant, plus qu’un simple désaccord de procédure, met à nu les tensions profondes qui travaillent la région ouest-africaine, entre aspiration à la souveraineté et résistance des structures d’intégration héritées de l’ère postcoloniale. Une présidence refusée, une crise révélée Selon les textes en vigueur, la présidence du Conseil des ministres de l’UEMOA revient, tous les deux ans et à tour de rôle, à un ministre des Finances d’un État membre. En 2025, le Burkina Faso, membre à part entière de l’Union, devait en assurer la charge. Le refus de respecter ce principe n’a pas été justifié officiellement, mais il s’inscrit dans un climat politique tendu depuis que le Burkina Faso, le Mali et le Niger – tous gouvernés par des régimes militaires de transition – ont officialisé leur sortie de la CEDEAO et renforcé leur collaboration au sein de l’AES. En clair, cette mise à l’écart du Burkina Faso apparaît comme un acte politique, traduisant la volonté de certains membres de l’Union d’exclure, de manière tacite, les États de l’AES des espaces décisionnels régionaux. Cette logique d’isolement, qu’elle soit volontaire ou subie, va à contre-courant des principes d’inclusivité et de solidarité pourtant affirmés par l’UEMOA. AES-UEMOA : deux visions, deux trajectoires L’AES, créée en réponse aux défis sécuritaires, sociaux et économiques du Sahel, entend redéfinir les contours de la coopération régionale. Pour ses membres, il s’agit de rompre avec une architecture intégrative perçue comme déséquilibrée et dépendante d’influences extérieures. À l’inverse, l’UEMOA poursuit une vision d’intégration classique, fondée sur des critères de stabilité macroéconomique, de convergence budgétaire et de continuité institutionnelle. Cette divergence de trajectoires complique le dialogue. D’un côté, les pays de l’AES revendiquent un traitement équitable en tant que membres de plein droit ; de l’autre, certains acteurs institutionnels peinent à concevoir une cohabitation avec des régimes qui remettent en cause les paradigmes dominants de gouvernance régionale. La fracture est donc aussi idéologique. Une fracture aux conséquences durables En quittant la table, les ministres de l’AES ne se sont pas contentés de protester : ils ont posé un acte de rupture. Ce geste, s’il n’est pas rattrapé par un sursaut diplomatique, pourrait accélérer un processus de désintégration institutionnelle au sein de l’espace UEMOA. Car derrière le symbole, se cache une réalité concrète : la perte de trois membres stratégiques – tant pour leur position géographique que pour leur rôle dans la lutte contre l’insécurité régionale – affaiblirait durablement l’Union. Il ne s’agit pas d’un simple conflit de personnes, mais d’un conflit de modèles. Et l’absence de réponse politique claire à cette crise laisserait le champ libre à une reconfiguration profonde de l’architecture sous-régionale, avec de nouveaux pôles de coopération, de nouvelles alliances, et possiblement, de nouvelles monnaies. L’urgence d’un dialogue repensé L’heure n’est pas à la stigmatisation, mais à la lucidité. Le refus de la présidence tournante n’a pas seulement relégué les pays de l’AES au second plan : il a questionné la légitimité de l’UEMOA à se présenter comme une union équitable. Les institutions sous-régionales, si elles veulent rester pertinentes, doivent évoluer avec leurs membres, reconnaître la diversité des trajectoires politiques, et intégrer les réalités nouvelles. Il ne s’agit pas de cautionner les ruptures brutales ni de légitimer les transitions à durée indéterminée. Il s’agit de reconnaître que l’exclusion, même silencieuse, est contre-productive. Et que la stabilité régionale passe, non par la fermeture, mais par une intégration fondée sur le respect mutuel et l’écoute des dynamiques internes. La décision prise à Lomé, ce 11 juillet 2025, pourrait bien rester dans les annales comme un point de bascule. À moins que les responsables politiques n’y voient l’opportunité de repenser les fondements d’une union véritablement solidaire, à la hauteur des défis communs. Khalifa Gningue Journaliste, analyste des dynamiques régionales africaines AkondaNews – 12 juillet 2025 info@akondanews.netTags :Politique
Commentaires (0)
Articles liés

International
L’Union européenne engage 90 milliards d’euros pour l’Ukraine et renforce la pression sur Moscou

International
Pretoria hausse le ton : l’Afrique du Sud refuse la diplomatie des sommets imposés

Economie
Air Tanzania ouvre la ligne Dar es Salaam–Moscou : un nouveau signal stratégique entre l’Afrique et la Russie

Politique