Sénégal : Ousmane Sonko officialise la rupture avec le président Faye et acte l’absence du Pastef au gouvernement
La crise politique au sommet de l’État sénégalais s’est davantage clarifiée mardi avec la première prise de parole publique d’Ousmane Sonko depuis son départ de la Primature. Lors d’une conférence de presse tenue à Dakar, le nouveau président de l’Assemblée nationale a livré sa version des faits concernant son limogeage du 22 mai et confirmé que son parti, le Pastef, ne participera pas au gouvernement formé le 1er juin par le président Bassirou Diomaye Faye.

Face aux journalistes, Ousmane Sonko a affirmé que la rupture avec le chef de l’État n’avait fait l’objet d’aucune concertation préalable. Revenant sur les circonstances de son départ, il a indiqué avoir été reçu au Palais présidentiel le 22 mai en fin d’après-midi par Bassirou Diomaye Faye, qui lui aurait annoncé sa décision de mettre fin à leur collaboration.
Selon lui, il avait alors sollicité un délai de « 24 à 48 heures » afin d’organiser une transition ordonnée, refusant toutefois que cette séparation soit présentée comme une décision conjointe. Quelques heures plus tard, le décret mettant fin à ses fonctions était rendu public.
Le leader du Pastef a également révélé que le président lui avait proposé, lors d’un entretien tenu le 1er juin, une participation limitée au nouveau gouvernement.
« Nous ne commandons pas des postes ministériels », a déclaré M. Sonko, expliquant que son parti ne pouvait accepter une représentation réduite à quelques portefeuilles, sans responsabilités régaliennes, alors qu’il dispose de la majorité absolue à l’Assemblée nationale.
Le gouvernement dirigé par Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô compte trente membres. Toutefois, Ousmane Sonko estime qu’aucun d’eux ne représente officiellement le Pastef.
« Pastef a zéro ministre dans ce gouvernement. Ceux qui sont restés y sont pour leur propre compte », a-t-il affirmé en référence à certains responsables du parti ayant accepté de poursuivre leur mission gouvernementale.
Malgré cette rupture politique, le président de l’Assemblée nationale a assuré que son groupe parlementaire ne chercherait pas à renverser l’exécutif.
« Dans soixante-douze heures, ce gouvernement peut tomber. Mais nous ne le censurerons pas », a-t-il déclaré, soulignant sa volonté de préserver la stabilité institutionnelle et économique du Sénégal.
Au cours de son intervention, Ousmane Sonko a également exposé plusieurs divergences avec le président Faye, notamment sur la gestion de la dette publique, les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI), le pouvoir d’achat des populations, la renégociation des contrats stratégiques ainsi que la réforme de la justice.
S’adressant au nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, il l’a invité à demeurer dans un rôle strictement gouvernemental, tout en réitérant son souhait de voir s’instaurer un dialogue politique entre les différentes composantes du pouvoir.
Cette conférence de presse marque une nouvelle étape dans les relations entre les deux figures de l’alternance sénégalaise. Si la rupture semble désormais consommée sur le plan gouvernemental, Ousmane Sonko assure privilégier la voie du dialogue institutionnel, dans un contexte où le Pastef conserve une influence déterminante au sein de l’Assemblée nationale.
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