Sénégal : Ousmane Sonko justifie sa rupture avec Diomaye Faye par des divergences sur la gouvernance et l’éthique du pouvoir
Le président de l’Assemblée nationale sénégalaise, Ousmane Sonko, a livré mardi 26 mai sa version des faits concernant sa séparation politique avec le président Bassirou Diomaye Faye, quelques jours seulement après son limogeage de la Primature.

S’exprimant depuis le perchoir de l’Assemblée nationale à l’occasion de son discours inaugural, l’ancien chef du gouvernement a présenté cette rupture comme la conséquence de désaccords profonds portant sur la gouvernance, la transparence des fonds politiques et la conception même de l’exercice du pouvoir.
Cette crise politique a connu un tournant le 22 mai dernier, lors d’une séance de questions d’actualité au Parlement. Devant les députés, Sonko avait critiqué la position du chef de l’État sur les fonds politiques. « Le Président a fait une erreur concernant les fonds politiques et j’ai espoir qu’il revienne à la raison. Je ne suis pas d’accord avec lui sur cette question », avait-il affirmé.
L’ancien Premier ministre avait insisté sur la nécessité de rendre transparents ces fonds spéciaux. « Depuis 2019, nous avions posé ce débat sur les fonds politiques. Personne ne nous l’a imposé, nous avons jugé que tous les fonds doivent être transparents », avait-il expliqué, tout en précisant qu’il ne demandait pas leur suppression mais un meilleur encadrement.
Au cours de cette même intervention, il avait également marqué sa différence vis-à-vis du président Faye en déclarant : « Je ne suis pas un Premier ministre qui obéit aveuglément et qui acquiesce à tout. »
Quelques heures après cette sortie, le décret présidentiel mettant fin à ses fonctions était rendu public à la télévision nationale.
Mais pour Ousmane Sonko, le différend dépasse la simple question des fonds politiques. Dans son discours d’installation au perchoir, il a soutenu que « ce qui est en jeu dépasse des individus » et touche au lien entre « la morale et la politique ».
S’appuyant sur la pensée du philosophe grec Aristote ainsi que sur l’héritage politique de Mamadou Dia, il a dénoncé une « fatigue morale » des institutions lorsque celles-ci cessent d’être au service des citoyens pour devenir des instruments d’intérêts personnels.
Les tensions entre les deux anciens alliés étaient perceptibles depuis plusieurs mois. Début mars 2026, Sonko avait déjà évoqué l’idée d’une « cohabitation douce ». De son côté, le président Faye avait publiquement défendu le maintien des fonds politiques, estimant que certaines dépenses de souveraineté ne pouvaient être exposées au grand public.
L’annonce anticipée par Sonko de sa candidature à la présidentielle de 2029 avait également contribué à installer une rivalité politique au sein du camp présidentiel, alors que Bassirou Diomaye Faye consolidait parallèlement sa propre coalition politique.
Plusieurs analystes sénégalais établissent désormais un parallèle entre la crise actuelle et les tensions historiques ayant opposé Léopold Sédar Senghor à Mamadou Dia au lendemain de l’indépendance du Sénégal.
Fort de la majorité parlementaire détenue par le Pastef, Ousmane Sonko conserve une influence majeure sur l’échiquier politique sénégalais. Son accession au perchoir ouvre désormais une nouvelle séquence politique dont les répercussions pourraient peser durablement sur l’avenir du pouvoir sénégalais.
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