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RDC-RWANDA : KAGAME TIENT L'EST DU CONGO, LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE REGARDE

Goma et Bukavu sous contrôle du M23 soutenu par Kigali, 1,77 million de déplacés au Nord-Kivu — le conflit le plus meurtrier d'Afrique n'a toujours pas de solution

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RDC-RWANDA : KAGAME TIENT L'EST DU CONGO, LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE REGARDE

Il n'y a pas eu de déclaration de guerre. Pas d'annexion officielle. Juste une progression silencieuse, méthodique, soutenue par des milliers de soldats rwandais que Kigali continue de nier avoir déployés. Depuis la chute de Goma en janvier 2025, le mouvement rebelle M23 — dont Washington a officiellement reconnu le soutien logistique, matériel et opérationnel par les Forces de défense du Rwanda — contrôle les deux capitales provinciales de l'est congolais : Goma au Nord-Kivu et Bukavu au Sud-Kivu. Deux villes stratégiques, deux portes d'entrée vers des richesses minières colossales en coltan, or et cassitérite. Paul Kagame n'a jamais formulé de revendication territoriale explicite. Mais pour les analystes qui suivent le dossier, l'intention est lisible : le Rwanda avance vers une mainmise durable sur les Kivu, formelle ou de facto.

Le prix humain de cette guerre sans nom est vertigineux. Au Nord-Kivu seul, 1,77 million de personnes ont été déplacées par les offensives du M23 — soit une hausse de 16 % par rapport au dernier rapport de l'ONU. La RDC compte au total 6,47 millions de déplacés internes, la plaçant au cinquième rang mondial des crises de déplacement, derrière le Soudan, la Syrie, l'Afghanistan et l'Ukraine. Depuis décembre 2025, une nouvelle offensive en Sud-Kivu a provoqué la fuite de plus de 500 000 personnes en l'espace d'une semaine. Human Rights Watch documente des blocages délibérés de l'aide humanitaire et des entraves à la fuite des civils dans les hautes terres du Sud-Kivu. Plus de 1 500 civils auraient été tués depuis la signature du cessez-le-feu de décembre 2025.

Car des accords existent, sur le papier. Les Accords de Washington, signés par la RDC et le Rwanda en décembre 2025, et le cadre de Doha de novembre 2025 ont établi des mécanismes de surveillance du cessez-le-feu. Une réunion tripartite RDC-Rwanda-États-Unis s'est tenue en mars 2026 à Washington, aboutissant à un calendrier prévoyant un retrait progressif des forces rwandaises et des opérations contre les FDLR — les rebelles hutus rwandais réfugiés en RDC que Kigali invoque pour justifier sa présence. Mais sur le terrain, les combats se poursuivent. Rwanda et M23 accusent l'armée congolaise et le Burundi de violations du cessez-le-feu. Kinshasa dénonce l'inverse. Les États-Unis ont exprimé leur « profonde déception » face à la reprise des violences. L'Union africaine tient des sessions ministérielles. Le Conseil de sécurité de l'ONU se réunit en consultations fermées. Et pendant ce temps, l'est du Congo brûle.

Ce silence complice de la communauté internationale s'explique en partie par le capital diplomatique considérable accumulé par Paul Kagame. Le Rwanda bénéficie d'une image internationale soigneusement construite autour de la reconstruction post-génocide, d'une gouvernance perçue comme efficace et d'une économie jugée exemplaire. Des pays occidentaux qui financent Kigali à hauteur de centaines de millions de dollars d'aide annuelle rechignent à condamner publiquement un allié stratégique en Afrique centrale. L'histoire retiendra que pendant que le monde regardait ailleurs, un pays de 14 millions d'habitants étendait son emprise sur un territoire grand comme la France, riche d'un sous-sol qui fait tourner les téléphones de la planète entière. La RDC attend encore que ses partenaires joignent les actes à leurs déclarations.

R.Loumoo Akondanews.net — Kinshasa

Tags :InternationalGéopolitique

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