Politique
Namibie : le 28 mai devient journée officielle de commémoration du génocide colonial allemand
Windhoek, 18 mai 2025 –Pour la première fois de son histoire, la Namibie inscrit dans son calendrier une journée de deuil national et de mémoire : le...
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Windhoek, 18 mai 2025 –Pour la première fois de son histoire, la Namibie inscrit dans son calendrier une journée de deuil national et de mémoire : le 28 mai devient la Journée de commémoration du génocide perpétré par l’Allemagne coloniale contre les peuples Herero et Nama. Cette reconnaissance officielle, longtemps attendue par les descendants des victimes, constitue une étape majeure dans le processus de réappropriation historique, de justice mémorielle et de réparation.
Un devoir de mémoire national Entre 1904 et 1908, l’Allemagne impériale, alors puissance coloniale de la Namibie (anciennement Afrique du Sud-Ouest allemande), a mené une guerre d’extermination contre les peuples Herero et Nama qui s’étaient soulevés contre l’oppression coloniale, les spoliations de terres, les violences sexuelles et les travaux forcés. Les ordres génocidaires donnés par le général Lothar von Trotha ont entraîné la mort de près de 80 % des Herero et de 50 % des Nama. Ce crime, reconnu aujourd’hui comme l’un des premiers génocides du XXe siècle, fut longtemps ignoré ou minimisé dans les récits historiques dominants. Avec l’institution de cette journée du souvenir, le gouvernement namibien entend redonner une place centrale aux victimes dans la conscience nationale. Des cérémonies seront organisées dans tout le pays pour honorer les disparus, raconter l’histoire effacée, et transmettre la mémoire aux nouvelles générations. Cette commémoration vise également à mobiliser l’opinion internationale sur l’exigence de réparation. Un débat toujours brûlant sur les réparations En 2021, après plus de cinq ans de négociations, l’Allemagne avait présenté des excuses officielles pour les atrocités commises et proposé une enveloppe de 1,1 milliard de dollars américains sous forme d’aide au développement sur 30 ans. Mais cette offre avait suscité l’indignation de nombreuses familles de victimes et d’organisations traditionnelles, qui estimaient qu’elle ne reflétait ni la gravité des crimes ni leur impact multigénérationnel. Le Parlement namibien a récemment rejeté cette proposition, la jugeant largement insuffisante. Le gouvernement a annoncé l’ouverture de nouvelles négociations pour obtenir une indemnisation plus juste et directe, qui reconnaît pleinement les faits comme un génocide et engage l’État allemand à une responsabilité concrète, au-delà des mots. Le principe de « nothing about us without us » (« rien à notre sujet sans nous ») guide cette démarche, en insistant sur la participation des communautés concernées. Un signal fort pour le continent africain Cette initiative de la Namibie est saluée bien au-delà de ses frontières. De nombreux intellectuels et militants panafricains y voient un exemple à suivre pour d’autres pays africains encore silencieux face aux atrocités coloniales. L’hommage rendu aux martyrs Herero et Nama est aussi une interpellation adressée aux anciennes puissances coloniales qui, à ce jour, continuent d’éluder leur responsabilité dans les traumatismes historiques qu’elles ont causés. « Bravo Mama Africa », scandent des messages sur les réseaux sociaux, saluant le courage politique de Windhoek. Car en effet, au-delà d’un geste symbolique, cette journée de commémoration ouvre un chantier profond : celui de la justice historique, de la dignité restaurée et du refus de l’oubli. Elle oblige également l’Allemagne à affronter son passé colonial avec la même exigence que celle dont elle fait preuve pour d’autres pages sombres de son histoire. Une mémoire à reconstruire, une justice à bâtir La lutte pour la reconnaissance et la réparation des crimes coloniaux n’est pas simplement un exercice moral ou une revendication identitaire. C’est une exigence de justice qui conditionne la possibilité d’un avenir commun entre les peuples, libéré des hiérarchies héritées de la colonisation. Le 28 mai ne sera pas seulement une journée pour se souvenir, mais aussi pour revendiquer. Il appartient désormais aux dirigeants africains, aux diasporas, aux historiens et aux citoyens, de se saisir de cet élan pour réclamer partout où cela est nécessaire : la vérité, les excuses, et des réparations dignes de ce nom. L’histoire ne doit pas être ensevelie sous les cendres du silence : elle doit éclairer le présent pour rendre possible une Afrique debout, consciente de ses blessures, mais aussi de sa puissance. Par la rédaction d’AkondaNews Akondanews.netTags :Politique
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