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Mutineries au Niger : Quand les bottes craquent et que le silence du pouvoir inquiète

Dans l’ombre des déclarations triomphantes et des discours sécuritaires martelés depuis les salons climatisés de Niamey, une réalité brutale s’impose...
AkondaNews5 min de lecture
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Mutineries au Niger : Quand les bottes craquent et que le silence du pouvoir inquiète

Dans l’ombre des déclarations triomphantes et des discours sécuritaires martelés depuis les salons climatisés de Niamey, une réalité brutale s’impose sur le terrain : celle d’une armée nigérienne épuisée, oubliée, désillusionnée. Dans les casernes de Termit, Tahoua, Tillia, Filingué, Téra, les murmures se transforment en grogne. Et la grogne en mutineries. Un effet boule de neige qui menace non seulement la hiérarchie militaire, mais aussi la stabilité même du pays.

Casernes en détresse : une poudrière silencieuse Privés de munitions, dépourvus de logistique, souvent sans rations de survie ni couverture aérienne, les soldats nigériens envoyés en mission sont confrontés à un dilemme tragique : exécuter des ordres absurdes ou mourir sans sens, sacrifiés pour un honneur qu’ils ne reconnaissent plus. Loin de l’image officielle d’une armée homogène et mobilisée, les réalités de terrain révèlent des divisions profondes, une désorganisation systémique et une frustration croissante face à l’absence de moyens. Dans certaines zones sensibles, les troupes n’ont pas touché de solde depuis des mois. Les primes de risque sont devenues de vagues promesses. Et le renseignement, pilier fondamental de toute action militaire, est quasi inexistant. Le constat est accablant : on demande à ces hommes de mourir pour la patrie, alors même que la patrie semble les avoir oubliés. CNSP vs Armée Républicaine : la fracture Dans les débats, une distinction essentielle émerge : celle entre le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), organe militaire au pouvoir depuis le coup d’État de juillet 2023, et ce que beaucoup appellent encore l’Armée Républicaine, c’est-à-dire les soldats du front, ceux qui ne goûtent ni aux privilèges, ni aux galons distribués au gré des fidélités politiques. Il serait naïf de croire que tous les militaires soutiennent le CNSP. Car si tous les membres du CNSP sont militaires, tous les militaires ne sont pas membres du CNSP, ni même partisans de sa gestion du pouvoir. Le CNSP concentre entre ses mains le pouvoir exécutif, la gestion des finances, les marchés publics attribués de gré à gré et même, désormais, la hiérarchisation de la chaîne de commandement. Une centralisation qui génère ressentiment et suspicion au sein même des rangs. Soutien à l’Armée Républicaine : une cause panafricaine Face à cette dérive autoritaire, de nombreuses voix s’élèvent au sein de la société civile nigérienne et panafricaine pour affirmer un soutien sans faille à l’Armée Républicaine, celle qui lutte véritablement sur le terrain contre les groupes terroristes et pour l’intégrité du territoire. Ce soutien est un appel à la dignité, à la justice et à la vérité. Il exige que les hommes de terrain soient écoutés, protégés, équipés et respectés. Sans cela, aucune réforme sécuritaire ne saurait être crédible. La Russie attend, la jeunesse s’impatiente Un autre sujet d’incompréhension secoue les réseaux sociaux et les cercles panafricains : le retard du Niger à s’engager pleinement dans une coopération militaire franche avec la Russie, à l’instar du Mali ou du Burkina Faso. Alors que le discours souverainiste est brandi à chaque sortie médiatique du CNSP, beaucoup s’étonnent que cette souveraineté ne s’accompagne pas d’actes concrets de rupture stratégique. À Bamako et Ouagadougou, les liens avec Moscou se sont traduits par l’arrivée de formateurs, de drones, d’équipements de surveillance, voire de systèmes de défense aérienne. À Niamey, en revanche, la posture reste prudente, voire ambiguë. Le général Tiani a-t-il vraiment les mains libres ? Ou bien des forces internes — ou externes — freinent-elles l’alignement du Niger sur l’axe anti-occidental en construction au Sahel ? L’ombre d’Issoufou : l’ex-président toujours présent ? Les spéculations vont bon train sur l’influence supposée de Mahamadou Issoufou, ancien président du Niger, dans la gestion actuelle du régime militaire. Issoufou, que certains décrivent comme le parrain de la transition post-coup d’État, conserve des réseaux puissants dans les milieux diplomatiques, sécuritaires et économiques du pays. Des rumeurs persistantes l’accusent d’orchestrer en coulisses des compromis diplomatiques, notamment avec la CEDEAO et certains partenaires occidentaux, afin d’éviter un isolement total du Niger. Si cela est avéré, cela expliquerait peut-être la lenteur du rapprochement avec la Russie, ou du moins la prudence stratégique affichée par Niamey. Mais cela soulève aussi une question de légitimité : si les militaires ont pris le pouvoir au nom de la rupture avec l’ancien régime, comment justifier la continuité tacite de certains réseaux et pratiques hérités du pouvoir civil déchu ? Un silence qui trahit la peur En ne répondant pas clairement à ces interrogations légitimes, le pouvoir militaire s’expose à un doute croissant au sein de l’opinion publique. Les jeunes qui, au lendemain du coup d’État, descendaient dans les rues pour applaudir une révolution patriotique, se retrouvent aujourd’hui confrontés à un mur de silence, à une communication verrouillée, et à des réalités qui ne changent pas, ou trop lentement. La tentation de rejeter la faute sur les puissances étrangères ou sur la CEDEAO ne suffit plus. Le peuple nigérien veut des réponses claires, des actes concrets, des réformes profondes. Il veut que les soldats qui meurent pour lui soient traités avec honneur, justice et équité. Une contagion à haut risque La multiplication des cas de mutinerie — qu’elles soient ouvertes ou contenues — traduit une contagion dangereuse, non seulement militaire mais aussi politique. Car lorsque ceux qui détiennent les armes doutent de ceux qui donnent les ordres, la chaîne de commandement se fissure. Et dans une région aussi volatile que le Sahel, une armée désunie est une armée vulnérable. Niamey doit entendre ce cri venu du front. Sans une remise en question rapide, lucide et honnête de la gestion actuelle de la transition, le CNSP risque de devenir ce qu’il prétendait combattre : un pouvoir déconnecté, impopulaire et contesté jusque dans ses propres rangs. À suivre. La rédaction, Akondanews.net
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